Le tribunal correctionnel d’Avignon a condamné, le 23 octobre 2026, l’homme qui avait proféré des propos antisémites et menacé de mort une touriste juive dans un hypermarché du Pontet. Partie civile, l’association C.H.A.R. dénonce une peine insuffisante au regard des faits et des messages racistes découverts pendant l’enquête.
Quelques minutes dans un rayon de supermarché
Le 11 août 2026, vers midi, un couple de touristes australiens fait ses courses au rayon fruits et légumes de l’hypermarché Auchan du Pontet, près d’Avignon. Un homme les aborde, aimable, et se présente comme « Paddy, d’Irlande ». La conversation porte d’abord sur le football, puis sur la politique irlandaise à l’égard d’Israël.
Dès qu’il comprend que ses interlocuteurs sont juifs, le ton change. « Je regrette qu’Hitler n’ait pas fini le travail », leur lance-t-il. Filmé, il ne se rétracte pas : il répète deux fois « Ramenez Hitler », puis menace l’épouse de lui « mettre une putain de balle dans la tête ». Le couple fuit le magasin en abandonnant ses courses.
La vidéo, publiée sur le réseau X, a dépassé dix millions de vues et a été reprise par la presse internationale. Saisi par un signalement du préfet de Vaucluse, le parquet d’Avignon a ouvert une enquête. L’auteur, Patrick O’B., un ressortissant irlandais de 60 ans installé à Avignon, a été identifié puis placé en garde à vue le 26 août.
La décision : six mois avec sursis
Poursuivi pour apologie de crimes contre l’humanité et pour menaces de mort aggravées par leur caractère antisémite, le prévenu a été reconnu coupable. Le tribunal l’a condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis.
Selon les éléments communiqués par C.H.A.R., le tribunal a également ordonné la confiscation des scellés. Le ministère public avait requis six mois avec sursis, une privation des droits civiques et une interdiction du territoire français de trois ans. Ces deux dernières mesures n’ont pas été retenues.
Sur les intérêts civils, chacune des deux victimes obtient 500 euros en réparation de son préjudice moral, plus 200 euros pour ses frais de procédure. L’association C.H.A.R. et l’association B’nai B’rith, également parties civiles, obtiennent chacune 300 euros de dommages-intérêts et 200 euros au titre de leurs frais.
Une peine que C.H.A.R. juge insuffisante
Six mois avec sursis : aucune peine de prison ferme pour un homme qui a souhaité, en public et face à des Juifs, l’achèvement de l’extermination de six millions de personnes, puis menacé de tuer l’une de ses interlocutrices.
Pour C.H.A.R., la peine paraît d’autant plus légère que l’enquête ne s’est pas arrêtée à ces quelques minutes. Selon les éléments de procédure rapportés par l’association, l’exploitation du téléphone du prévenu a révélé des messages antérieurs aux faits, où il écrivait notamment :
« Nous avons maintenant beaucoup trop de déchets et de merde du tiers monde. Bref trop d’ordures en Europe. Nous devons nous débarrasser des ordures avant que la situation ne s’aggrave. »
D’autres messages visaient « les Arabes » et « les Noirs », et décrivaient une France « envahie ».
Ces mots ne relèvent pas d’un simple coup de colère. Ils expriment une même logique de déshumanisation : des êtres humains assimilés à des « ordures » dont il faudrait « se débarrasser ». Pour l’association, les propos du 11 août s’inscrivent ainsi dans le prolongement d’une pensée déjà formulée en privé.
« Un grand humaniste »
À l’audience, le prévenu s’est décrit comme un grand humaniste, qui a beaucoup voyagé et travaillé avec des personnes de toutes cultures. Il a invoqué une rupture de son traitement psychiatrique pour expliquer ses propos.
Selon C.H.A.R., aucune pièce médicale n’a été produite pour étayer cette explication ou établir une altération de son discernement.
En garde à vue, il se souvenait des faits avec précision. Il reconnaissait avoir voulu « blesser » ses interlocuteurs et situait lui-même le moment où sa colère avait éclaté : quand il s’était « rendu compte » que l’homme en face de lui « était juif ».
Quant à l’humanisme revendiqué, il se concilie mal avec les messages retrouvés dans son téléphone.
Cinq cents euros pour réparer le préjudice moral
Les victimes n’étaient pas présentes à l’audience : elles sont rentrées en Australie, et l’épouse a dit craindre d’être identifiée. Son père, rescapé de la Shoah, avait perdu à Auschwitz son propre père, ses frères et sœurs et leurs enfants. Le « travail » dont le prévenu regrettait l’inachèvement, c’était cela.
Face à ce que ces mots ont réveillé, une indemnisation de 500 euros paraît dérisoire aux yeux de C.H.A.R. Celle des associations, qui portent l’intérêt collectif atteint par l’apologie des crimes contre l’humanité, l’est tout autant.
Ces indemnisations réparent un préjudice ; elles ne se confondent pas avec la sanction pénale. Mais, pour l’association, leur faiblesse, ajoutée à celle de la peine prononcée, risque d’envoyer un message de banalisation plutôt que de dissuasion.
Et maintenant ?
L’association C.H.A.R. et les victimes prennent acte de la décision. C.H.A.R. réaffirme sa détermination à continuer de se constituer partie civile partout où l’apologie des crimes nazis et la haine antisémite s’expriment, pour que la réponse de la justice soit à la mesure de la menace.
La victime raconte qu’elle rassurait son père, qui gardait toujours de quoi fuir : les temps avaient changé, cela ne reviendrait pas.
Après les faits, elle a confié : « Je dois des excuses à mon père. »
Maître Annie Cohen
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