Pour Michael Ayache, le 7 Octobre a clos une époque : Israël ne peut plus faire de son retrait de Judée-Samarie l’horizon obligé de toute solution politique. Sécurité, histoire, droit, géopolitique : il plaide ici pour l’application de la souveraineté israélienne. Une thèse qui en appelle aussitôt une autre question, immense : la souveraineté sur une terre, certes — mais avec quels habitants, quels droits, quel statut ? HaBayta ouvre le débat.
Mais une question demeure, immense : la souveraineté sur une terre — avec quels habitants, quels droits, quel statut ?
HaBayta ouvre la Disputatio. La linguiste Yana Grinshpun répondra à Michael Ayache dans nos colonnes.
La souveraineté sur la Judée-Samarie : une nécessité vitale pour Israël
Professeur Michael Ayache
Avec les Patriotes d’Israël
Il est des vérités que soixante ans de diplomatie n’ont pas réussi à effacer : la Judée et la Samarie ne sont pas un « territoire occupé » tombé du ciel en 1967, ce sont le berceau, la matrice et la colonne vertébrale de la nation juive. Hébron, Beth-El, Shilo, Sichem : ce ne sont pas des points sur une carte militaire, ce sont les noms mêmes de notre mémoire.
Appliquer la souveraineté israélienne sur ces collines n’est pas une provocation ; c’est, à mes yeux, la fin d’une anomalie politique et historique, et c’est aujourd’hui une exigence de sécurité, de stratégie, d’histoire et de lucidité géopolitique.
Une obligation sécuritaire
Regardons la carte sans idéologie. Depuis les hauteurs de Samarie, on domine la plaine côtière où vit et travaille la majorité des Israéliens. Onze à quinze kilomètres : c’est la largeur de l’État d’Israël entre Qalqilya et la mer. Aucun état-major sérieux au monde n’accepterait de céder à une entité hostile le glacis qui surplombe son aéroport international, ses centrales électriques et ses zones industrielles.
Le 7 octobre 2023 a, pour beaucoup d’Israéliens, réglé une part du débat de manière définitive. Ce jour-là, nous avons appris ce que peut produire un retrait territorial unilatéral : Gaza, évacuée en 2005 jusqu’au dernier soldat et jusqu’aux sépultures juives de Gush Katif, n’est pas devenue Singapour mais une base de lancement contre nos villages.
Reproduire cette expérience à quelques minutes de vol de Tel-Aviv, de Kfar Saba ou de Netanya ne serait pas de la générosité : ce serait, selon moi, une faute contre la vie des nôtres. La vallée du Jourdain demeure par ailleurs une frontière de sécurité orientale essentielle face à l’axe iranien, qui a déjà transformé le Liban, la Syrie, l’Irak et le Yémen en zones d’influence ou d’action.
Une obligation stratégique
L’ambiguïté juridique actuelle est devenue une arme entre les mains de nos adversaires. Tant qu’Israël administre la Judée-Samarie sous un régime militaire provisoire, il s’expose au procès permanent de « l’occupation », de « l’apartheid », de « l’illégalité » — un régime de suspicion qui alimente le BDS, les procédures internationales et les résolutions à répétition.
La souveraineté mettrait fin au provisoire : elle transformerait un statut contesté en réalité juridique israélienne, avec application du droit civil, de la planification, du droit foncier et de l’ordre public.
La Knesset a d’ailleurs commencé à traduire cette orientation politique. En juillet 2025, une motion appelant à l’application de la souveraineté israélienne sur la Judée, la Samarie et la vallée du Jourdain a été adoptée par 71 voix contre 13. En octobre 2025, un texte concernant l’application de la souveraineté dans les zones de peuplement de Judée-Samarie a franchi une lecture préliminaire.
Le signal politique est clair. Il reste à savoir si le courage gouvernemental suivra.
Une obligation historique et juridique
On nous répète que la présence juive en Judée-Samarie serait par nature « illégale ». L’histoire juridique du territoire est pourtant beaucoup plus complexe que ne le laisse entendre cette formule.
Le mandat confié à la Grande-Bretagne en 1922 par la Société des Nations reconnaissait explicitement « le lien historique du peuple juif avec la Palestine » et prévoyait de favoriser l’établissement des Juifs sur les terres concernées. L’article 80 de la Charte des Nations unies a par la suite préservé certains droits issus des instruments antérieurs.
Ces textes sont invoqués par de nombreux juristes et responsables israéliens pour contester la qualification d’illégalité appliquée globalement à la présence juive en Judée-Samarie. Cette interprétation est elle-même vivement contestée sur le plan international, notamment par les institutions de l’ONU et la Cour internationale de Justice.
L’occupation et l’annexion jordaniennes de la Cisjordanie entre 1948 et 1967 furent, elles, très peu reconnues internationalement. Elles s’accompagnèrent notamment de l’expulsion de la population juive de la Vieille Ville de Jérusalem et de la destruction ou de la profanation de nombreuses synagogues.
Un peuple qui revient sur une terre au cœur de son histoire ne se perçoit pas lui-même comme un colonisateur. Il se perçoit comme rentrant chez lui. Et une nation qui accepterait que le berceau de son identité soit décrété interdit aux Juifs signerait, à mes yeux, une atteinte profonde à sa propre légitimité historique.
Une obligation géopolitique
L’argument selon lequel la souveraineté ruinerait nécessairement la paix régionale a déjà été mis à l’épreuve par les faits. Les accords d’Abraham et les normalisations avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc se sont construites sans règlement préalable du conflit israélo-palestinien.
Au Proche-Orient, la force et la stabilité comptent dans les rapports entre États. Quant à l’Autorité palestinienne, elle continue de verser des allocations aux détenus palestiniens condamnés pour terrorisme ou à leurs familles et n’a organisé aucune élection présidentielle depuis 2005. Lui confier demain un État souverain sans garanties majeures reviendrait à prendre le risque de voir le Hamas ou une autre organisation hostile s’en emparer, comme à Gaza en 2007.
La dérive de la gauche américaine
Longtemps, le soutien à Israël fut l’un des grands consensus bipartisans de Washington. Ce temps est en train de s’éroder.
L’administration Biden avait ouvert une brèche en suspendant, en mai 2024, une livraison comprenant notamment des bombes de 2 000 livres, dans le contexte de l’offensive prévue à Rafah. Le signal fut largement interprété en Israël comme la démonstration qu’un soutien américain pouvait devenir conditionnel.
Depuis, l’évolution du Parti démocrate s’est accentuée. En avril 2026, quarante sénateurs ont soutenu au moins l’une des résolutions visant à bloquer certaines ventes d’armes à Israël ; seuls sept démocrates se sont opposés au premier texte. En 2024, ils n’étaient que dix-neuf à avoir soutenu une initiative comparable.
Ce basculement n’est pas anodin. Il traduit la progression, au sein d’un grand parti de gouvernement, d’une lecture d’Israël de plus en plus critique, parfois issue de milieux universitaires et militants où l’État juif est décrit comme puissance coloniale ou oppressive.
Israël doit en tirer les conséquences : ne jamais dépendre d’une majorité électorale étrangère pour sa survie. C’est encore un argument pour la souveraineté, c’est-à-dire pour l’autonomie de décision.
La folie macroniste
Mais c’est de Paris qu’est venue, à mes yeux, l’une des fautes diplomatiques les plus lourdes.
Le 22 septembre 2025, à la tribune des Nations unies, Emmanuel Macron a officialisé la reconnaissance par la France d’un État de Palestine. La France n’était toutefois pas le premier membre du G7 à procéder à cette reconnaissance, le Royaume-Uni et le Canada l’ayant fait la veille.
Moins de deux ans après le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah, la France a ainsi accordé cette reconnaissance sans conditionner préalablement son geste à la libération de tous les otages, au désarmement du Hamas ou à une réforme politique palestinienne profonde.
Quel message envoie-t-on ? À mes yeux, celui que le massacre peut produire un bénéfice politique.
La tension entre Paris et Jérusalem s’est ensuite aggravée. Le 9 juin 2026, la France a interdit son territoire au ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich et participé, avec l’Australie, le Canada, la Norvège et le Royaume-Uni, à un dispositif coordonné de sanctions.
Mais il faut ici respecter la chronologie : Israël avait déjà annoncé, dès le 31 mars 2026, l’interruption de ses achats et échanges de défense avec la France. Cette rupture ne peut donc être présentée comme une conséquence directe des sanctions du 9 juin.
La relation franco-israélienne s’est néanmoins profondément dégradée. À mes yeux, Paris y a perdu une part de son influence au Levant et du crédit dont il disposait encore à Jérusalem.
Et pendant ce temps, en France, les Juifs comptent les synagogues protégées par la police, les écoles sous surveillance et les départs vers Israël. Le lien entre politique étrangère et antisémitisme intérieur ne saurait être établi mécaniquement ; mais il serait tout aussi léger d’interdire toute réflexion sur le climat politique et symbolique dans lequel ces phénomènes prospèrent.
Mon avis
Nous devons décider par nous-mêmes.
Israël n’a pas à quémander le droit d’exister sur la terre de ses pères. Les nations amies ont toute leur place à nos côtés ; aucune n’a vocation à dessiner nos frontières depuis un pupitre new-yorkais ou un salon de l’Élysée.
La souveraineté sur la Judée-Samarie, appliquée avec méthode, avec droit et avec le sens de la responsabilité qui doit caractériser notre État, n’est pas pour moi la fin de la paix.
C’est la fin de l’illusion qu’un peuple peut acheter sa sécurité en morcelant sa patrie.
Professeur Michael Ayache
Avec les Patriotes d’Israël



