Croyant, agnostique ou athée : pourquoi Kippour continue-t-il de saisir tant de Juifs qui se sont parfois éloignés de la pratique ? Michèle Chabelski y voit le retour à une ossature intime, faite d’ancêtres, de mémoire, d’appartenance et de cette Alliance dont les braises ne s’éteignent jamais tout à fait.
Un très bon jeûne de Kippour pour ceux qui pratiquent…
C’est-à-dire beaucoup de Juifs, en fait. Même les agnostiques et les athées.
C’est l’Alliance avec D… mais aussi avec sa communauté, avec ses racines, avec ses ancêtres.
Demander pardon à Dieu et aux hommes, c’est une tentative de réparation, une possibilité de se laver de ses fautes, d’apparaître l’âme briquée et prête à une année de vie fidèle aux principes de la Torah, ou de la morale qui codifie la vie sociale et familiale.
C’est un espace de sacrifice qui concentre la pensée sur le bien et le mal infligés ou subis.
C’est une introspection propre à dépoussiérer les vieilles culpabilités et les anciennes rancœurs qu’on a tous, à des degrés divers, cachées sous le tapis.
Ces franges salies du lien aux autres, inconsidérément piétinées par le refus des préceptes religieux, la lâcheté, l’égoïsme ou même, simplement, la paresse.
La frontière entre le bien et le mal est parfois poreuse, et l’on a vite fait de sculpter des justifications à des comportements, des décisions, des réactions low cost qui n’exigent pas beaucoup d’efforts ou de renoncements.
Ce jeûne de purification de l’âme et du cœur vient nous rappeler un peu à l’ordre, en chatouillant cet ordre moral dont on s’est facilement absous durant l’année précédente, mais qui reste néanmoins gravé dans le souvenir d’une enfance où s’est bâtie une ossature juive.
C’est une connexion à un judaïsme rayonnant d’une ferveur planétaire, parfois dilué dans les tentations d’une assimilation impérative en Diaspora, et dont Kippour ravive les braises moribondes.
C’est peut-être le jour de l’unité juive, la parenthèse momentanément amnésique du mal qui rôde et menace, l’incarnation d’une appartenance qui n’est pas nécessairement soumise à la loi religieuse, mais qui signe la prééminence d’une filiation et d’un patrimoine qui tutoieraient l’éternité.
Bon jeûne, donc, à mes amis juifs, croyants ou non croyants.
Que cette journée signe l’Alliance qui nous relie à notre communauté.
Je vous embrasse.
Michèle Chabelski


