La carpe est dans la baignoire
Cette phrase
Aurait pu faire partie
Des messages
Codés de Radio Londres.
Mais bien sûr que non.
Naguère,
Dans les baignoires,
Pour les rares chanceux
Qui en avaient une,
Ce poisson bien gras
Et dodu
Y nageait, sans le savoir,
Ses dernières
Brasses.
Aujourd’hui, les traiteurs
Chic et cacher
Ont remplacé
Ce folklore.
La carpe, c’est un peu
Le homard de l’An neuf
Du Juif ashkénaze.
Le Noble crustacé,
est balancé,
Tout frétillant,
Dans l’eau bouillante.
La carpe, elle,
Passe dans l’ ”eau’-delà
Par un coup de maillet
Sur sa caboche,
Avant que la farce
Ne lui passe dans
La panse.
Guten Appetit !
Jacques Frojmovics
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Jacques Frojmovics, quelques lignes et tout un monde
Il lui suffit de quelques lignes. Un mot yiddish, un souvenir familial, une indignation, une absurdité de notre temps, et Jacques Frojmovics en fait un billet.
Depuis longtemps, il écrit ainsi : court, léger souvent, grave parfois, drôle presque toujours jusque dans la gravité. Une écriture à pas comptés, qui semble ne pas y toucher et touche pourtant juste.
Fils de survivants de la Shoah, engagé aujourd’hui dans la transmission de leur histoire auprès des jeunes générations, il sait mieux que beaucoup ce que les mots peuvent porter de mémoire. Mais il sait aussi qu’une mémoire vivante ne se récite pas : elle observe le présent, s’en amuse, s’en inquiète, le rappelle parfois à l’ordre.
Chez lui, un krekhts peut raconter le peuple juif, un Kaddish sauver une vie, et quelques lignes sur les réseaux sociaux devenir une leçon de dignité.
Habayta garde précieusement cette voix-là.
Le billet de Jacques Frojmovics : quelques lignes, chaque jour ou presque, pour sourire, se souvenir, s’agacer — et penser.
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Bravo à nos frères aschkenazes pour cette fidélité à la carpe . Ce poisson de la nouvelle année, paraît il très intelligent d après ma femme ( aschkenaze elle aussi) doit certainement considérer roch achana…. Comme une mauvaise farce