Jacques Attali décrit une France devenue « l’homme malade de l’Europe ». Et lorsqu’on lui demande qui pourrait être à la hauteur, il répond : François Hollande. Libre à lui. Mais une autre question nous intéresse : pourquoi, pour penser un monde qui change, les mêmes voix sont-elles toujours appelées au micro ? Et toutes les autres, où sont-elles ?
Jacques Attali, François Hollande et l’éternel retour des mêmes
La France serait « l’homme malade de l’Europe ». Elle foncerait dans le mur. Et lorsqu’on demande à Jacques Attali qui pourrait être à la hauteur de la situation, un nom surgit : François Hollande. Au-delà du choix — qu’il est parfaitement libre de faire — une question demeure : pourquoi les mêmes voix sont-elles toujours convoquées pour diagnostiquer un monde dont elles accompagnent la marche depuis quarante ans ? Et où sont les autres ?
Il y a quelque chose d’extravagant dans la séquence: Jacques Attali regarde la France et le diagnostic est terrible. La situation est « très, très, très mauvaise ». La France serait désormais « l’homme malade de l’Europe ». Le pays serait « en faillite ». Nous foncerions « dans le mur ».
Très bien.
On peut discuter chacun de ces termes, les confronter aux chiffres, trouver certaines formulations excessives. Mais acceptons un instant le diagnostic.
Arrive alors la question politique: Qui, dans cette France décrite au bord du précipice, serait capable d’être à la hauteur ?
Réponse de Jacques Attali : François Hollande.
Pas seulement un homme possible parmi d’autres.
« À l’heure où nous parlons, le seul homme politique qui me semble à la hauteur des événements internationaux et nationaux, je pense que c’est Hollande. »
Et c’est ici que quelque chose coince.
Le problème n’est pas François Hollande
Qu’on s’entende bien. François Hollande a été président de la République. Il possède une expérience internationale incontestable. On peut apprécier ou combattre son bilan, souhaiter ou non son retour : cela appartient au débat démocratique.
Et Jacques Attali est évidemment libre de croire en lui. Ce n’est donc pas François Hollande qui m’intéresse ici.
C’est l’éternel retour des mêmes.
Car enfin : Jacques Attali n’observe pas la vie publique française depuis une cabane au fond de l’Auvergne. Conseiller spécial de François Mitterrand pendant dix ans, président de commissions chargées de penser les réformes françaises, interlocuteur de Nicolas Sarkozy, soutien de François Hollande en 2012 puis d’Emmanuel Macron en 2017, il appartient lui-même, par son intelligence, son influence, ses réseaux et son exceptionnelle longévité publique, à l’histoire du système qu’il décrit aujourd’hui comme épuisé.
Ce n’est pas une accusation: c’est un fait. Et cela devrait au minimum susciter une question:
Qui donne encore la parole à ceux qui n’ont jamais eu la parole ?
C’est peut-être cela qui agace davantage que la déclaration elle-même. Allumez la télévision. Écoutez la radio. Ouvrez les pages « débats » des grands journaux. Depuis combien d’années retrouvons-nous les mêmes ? Les mêmes intellectuels consacrés. Les mêmes experts. Les mêmes anciens ministres. Les mêmes éditorialistes. Les mêmes prophètes. Les mêmes qui expliquaient hier ce qui allait arriver et qui viennent aujourd’hui expliquer pourquoi ce qui est arrivé est arrivé.
Je ne demande évidemment pas qu’on les fasse taire. Je demande qu’on fasse parler les autres.
Ce n’est pas la même chose.
Car il existe dans ce pays des chercheurs, des universitaires, des entrepreneurs, des enseignants, des écrivains, des médecins, des ingénieurs, des magistrats, des militaires, des gens de terrain, des intellectuels inclassables, des esprits libres. Des gens qui travaillent. Qui savent. Qui pensent. Qui parfois se trompent, eux aussi — heureusement.
Mais que l’on entend infiniment moins. Pourquoi ? À quel moment une démocratie décide-t-elle qu’une poignée d’individus possède, pour plusieurs décennies, un droit presque viager à commenter son destin ?
L’autorité médiatique
Voilà peut-être le vrai sujet: il existe une forme de pouvoir dont nous parlons assez peu : le pouvoir de désigner ceux qui ont le droit d’être entendus. Non pas juridiquement, bien sûr. Médiatiquement.
Personne n’interdit aux autres de parler. Simplement, on ne les invite pas. Ou peu. Et l’absence finit par fabriquer sa propre justification : puisqu’on ne les voit jamais, ils ne sont pas connus ; puisqu’ils ne sont pas connus, pourquoi les inviter ?
Pendant ce temps, la notoriété produit de la notoriété. On invite celui qui est invité parce qu’il est celui qu’on invite. Le cercle est parfait. Et le débat public rétrécit.
Le paradoxe Attali
C’est pourquoi la déclaration de Jacques Attali m’intéresse tellement: elle contient presque involontairement le paradoxe français. Un homme qui appartient depuis plus de quarante ans au cœur de notre vie intellectuelle et politique nous annonce que le système arrive au bord du mur. Et, pour éviter le mur, son regard se tourne vers un ancien président de la République qui appartient lui aussi à plusieurs décennies de cette histoire politique.
Peut-être Jacques Attali a-t-il raison sur François Hollande. Peut-être a-t-il tort. Ce n’est même plus la question.
La question est : où regardons-nous ? Et surtout : où ne regardons-nous jamais ? Car si la France est réellement devenue « l’homme malade de l’Europe », comme Jacques Attali vient de le dire, il serait pour le moins étrange de chercher indéfiniment le médecin dans le même carnet d’adresses.
Il faudrait peut-être ouvrir les fenêtres. Écouter ailleurs. Faire entrer dans le débat ceux qui n’ont pas déjà passé trente ans dans les studios. Accepter des pensées qui dérangent. Des diagnostics qui ne correspondent pas aux familles politiques habituelles. Des gens impossibles à ranger immédiatement dans une case. Et même — quelle audace — des gens dont personne ne connaît encore le nom.
HABAYTA est né aussi pour cela. Non pour remplacer une orthodoxie par une autre. Non pour fabriquer à notre tour notre petit monde de gens autorisés à parler. Mais pour ouvrir la porte.
Car la véritable maladie française n’est-elle pas aussi là: nous nous plaignons de manquer d’idées nouvelles. Mais combien de micros tendons-nous à ceux qui pourraient en avoir ?
La France manque-t-elle vraiment de voix nouvelles — ou manque-t-elle d’endroits où on leur permette de parler ?
Sarah Cattan





Quoi de mieux qu pyromane pour traiter une affaire de feu ? Hollande incarne parfaitement le mal français, c est un homme pondéré et intelligent qui aura gouverné en dépit de ses qualités.
L idéologie debile et le manque de courage autant qu une absence cruelle de vision ont constitué le fond désastreux du socialisme à la française.