Jérôme Enez-Vriad revendique l’héritage d’une gauche israélienne pionnière, patriote et attachée à la sécurité. À ses yeux, celle qui lui a succédé s’est perdue dans Oslo, les concessions territoriales et le regard de l’étranger. Un pamphlet — et une voix pleinement assumée.
J’aime Israël. Mais aussi l’idée d’Israël. J’y suis chez moi dès que je pose le pied à Ben-Gourion. Pas seulement l’Israël des start-up de Tel-Aviv ou des plages d’Eilat. J’aime l’Israël des pionniers : celui des kibboutznikim en sandales qui ont asséché les marais, les soldats en treillis qui ont lutté jusqu’à la mort, les paysans du Néguev qui font pousser des tomates dans la pierre.
Israël fut pendant trente ans une terre de gauche. Mais une gauche qui aimait son pays. Celle de Ben Gourion, de Dayan, d’Allon, de Golda Meir : socialiste, laïque, patriote et guerrière. Elle croyait en la Terre, en l’armée, aux frontières, a bâti l’État et gagné les guerres. Puis sont venus les intellectuels des années 1990 : l’université de Tel-Aviv et les ONG du boulevard Rothschild financées par Bruxelles. On a expliqué aux Israéliens que leur identité était ringarde. Être Israélien, ce n’était plus être juif et pionnier, mais être ouvert à l’autre, y compris à l’ennemi.
Le rêve confisqué
Dès lors, les élites progressistes ont eu honte d’elles-mêmes, au point de s’excuser d’aimer la Judée et de revendiquer la Samarie. Elles ont brandi le Rainbow flag aussi haut que l’étoile bleue de David, oubliant l’imparable force de la sécurité, la souveraineté, le bon sens. Vouloir faire la paix et y parvenir est devenu l’ultime déguisement de la bien-pensance. Si le Yetzer hara se cache dans l’ironie du sort, c’est bien ici qu’il apparaît : car le rêve d’un pays sûr et protecteur pour tous les Juifs était historiquement de gauche. C’était le plan Allon, travailliste, enraciné. Il défendait une Terre, une sécurité, une histoire. Son rêve a été confisqué par le camp des accords d’Oslo et du Meretz : la paix à deux États maintenant et à n’importe quel prix.
Plaider pour un Israël qui évacuerait la Judée-Samarie, raserait les implantations, planterait des panneaux « État de Palestine » à chaque carrefour et, de fait, s’excuserait d’être juif, ne peut suffire — alors même que le mot « juif » vient de Judée, berceau de David. « Deux États pour deux peuples. » C’est oublier que la Jordanie fut créée en 1946 sur 77% de la Palestine mandataire. Oublier les nombreux attentats en Cisjordanie. Oublier le 7 octobre. Oublier Gaza comme preuve indéfectible d’un échec idéologique. Ce bord de mer offert aux Palestiniens en 2005 sur un plateau d’argent, sans traité, sans même une poignée de main, a contraint le gouvernement Sharon de l’époque à évacuer vingt-et-une localités, exhumer les morts, abandonner les synagogues. Que sont devenus les milliards internationaux versés depuis ? Des milliers de roquettes et des kilomètres de tunnels. Le retrait n’a pas apporté la paix. Il a nourri la guerre.
Nulle leçon à recevoir
Alors oui ! Ras-la-kippa de ceux qui ont confisqué le drapeau bleu et blanc à la faveur d’alliances malsaines avec l’étranger, parfois même avec l’ennemi. Israël n’a que faire d’une paix bancale. Le pays n’a de leçons à recevoir de personne. Surtout pas d’une gauche invasive qui n’a plus la sagesse de ce qu’elle fut autrefois. Encore moins des influences nauséabondes soutenues par l’argent de Bruxelles et de Washington. On ne partage ni la montagne ni le désert avec ceux qui veulent nous pousser à la mer. Et si certains n’approuvent pas ce pamphlet, qu’ils aillent expliquer à une mère de Kfar Aza en quoi Gaza était une bonne idée.


