De Ségolène Royal à Jean-Luc Mélenchon, des socialistes aux écologistes, Patrice Gree regarde la gauche française se déchirer à l’approche de 2027. Il en tire un billet rageur, inquiet et drôle — jusqu’au remède de la bande à Marcel : une blague juive.
Bien joué !
Entre Royal qui, gratos, dézingue Glucksmann à la télé et Mélenchon qui solde Roussel à la Fête de l’Huma, ce qu’on appelait autrefois, avec une pointe de romantisme musclé et ému à la fois, le « peuple de gauche », hier, plus réaliste, « la gauche plurielle », et qui demain, à cette allure, deviendra comme en Italie « la gauche plus rien », on hésite entre le ricanement détaché et la dépression politique.
Égo-lène Royal !
Royal en roue libre. Pourquoi tire-t-elle sur son camp ?
Royal en sous-marin de LFI navigue dans les eaux troubles et sales de l’amertume et de la revanche. Dézinguer Glucksmann plutôt que de proposer un projet concret et novateur qui sorte des généralités sans goût est un choix stratégique au service de sa personne, qui déstabilise encore plus sa famille politique, déjà largement paumée…
Le prix à payer de cette candidature, c’est un surplus de ridicule à gauche.
Cela tombe bien, c’est ce qui nous manquait le plus.
Royal n’a, à mes yeux, aucune chance. Comment peut-elle s’imaginer le contraire ? A-t-elle entendu des voix célestes venues des vertes prairies du Poitou ?
Mais elle a une parade aux critiques saines et normales des politiques : la misogynie !
Imparable… pour bloquer toute discussion contradictoire !
Je la vois bien faire 4,2 %, après avoir introduit le doute et foutu le bordel.
Royal et Merci !
Entre les stratégies électorales cyniques, les égos bouchés, les programmes sans souffle, les projets qui t’effraient et ceux qui veulent te faire rêver d’une transition écologique — dont tu n’ignores, pas moins con et pas plus qu’eux, l’urgence absolue — tout en faisant dans ton dos un doigt d’honneur à l’Europe, sans qui rien, absolument rien, ne sera possible ni n’aura d’impact sur le changement climatique… tu as effectivement largement de quoi déprimer.
En traitant stupidement Glucksmann de « stagiaire », elle fait le jeu de LFI, dont l’insulte est le sport médiatique préféré, et fait de l’homme du « non » à Poutine une cible pour ceux qui préfèrent choyer les dictateurs plutôt que de retaper une social-démocratie en piètre état.
Entre celui qui dit non à Poutine et celui qui lui dit oui, parce que je suis de gauche, mon choix est fait !
Mélenchon… c’est la vieille gauche, contrairement à ce que croient les jeunes sans culture et les vieux sans mémoire.
Entre les Verts dans les choux, divisés sur des alliances antinomiques, le PC cloué au sol par le poids de son nom, le PS totalement vide d’un programme identifiable et un poil enthousiasmant, porté par un leader qui te donnerait envie de l’écouter plus de 32 secondes, et LFI qui tire à vue, divise, tout en demandant à ceux sur qui ils crachent abondamment une infaillible union… tu as le matos pour ta dose de Lexomil avant de te coucher.
La gauche, LFI inclus, pèse aujourd’hui, à tout casser, autour d’un tiers des électeurs. Pour gagner une présidentielle, il faudra aller chercher les autres — et ils ne viendront pas tout seuls.
Sans eux, sans ceux qui ne sont pas labellisés « gauche pure », le RN peut arriver au pouvoir.
Qui peut nous soutenir, sans rire et droit dans les yeux, que c’est Mélenchon qui ira les cueillir ?
Alors, on préfère quoi ?
Laisser passer le RN pour pouvoir se regarder dans le miroir politique et se trouver vachement beau en gauche chimiquement pure ?
Céder au narcissisme de la gauche intègre qui se dit antiraciste, c’est, à mes yeux, livrer en pâture les immigrés, noirs, arabes, avec ou sans papiers, les pauvres de plus en plus nombreux à l’extrême droite ; c’est piétiner l’écologie, détruire la culture, privatiser les chaînes publiques qui transformeront, en les abrutissant quotidiennement, les spectateurs en électeurs à leurs bottes, sans parler de tout le reste…
Ou bien… casser le miroir et inclure ce fameux centre-gauche-centre-droit.
Repiquer le centre à Macron pour épargner le RN à ce pays !
Parce qu’à ce stade, à mes yeux, le danger est là.
Bon, dans la bande à Marcel, le toubib a toujours, en cas d’urgence, un petit cacheton d’antidépresseurs dans sa grosse poche.
Généralement, le cacheton a la gueule d’une blague juive.
C’est l’histoire de Simon qui veut présenter sa fiancée à sa mère. Facétieux, voulant tester l’instinct de celle-ci, il lui présente trois jeunes femmes amies, souriantes et très jolies : Raquel, Sarah et Déborah !
— Maman, devine qui je vais épouser ?
Après quelques secondes d’observation réfléchie :
— Déborah, répond la mère.
— Mais comment t’as deviné, M’man ?
— Je la déteste déjà !
Ça m’a fait marrer !


