Une poupée. Une maison. Un téléphone. Puis le 7 octobre. Dans une vidéo devenue virale, l’artiste qui signe « Mo » choisit la fiction et l’enfance pour répondre à un mot : « résistance ». Son film ne prétend pas raconter l’histoire d’une victime particulière. Il construit un récit symbolique et adresse sa réponse à ceux qui, depuis le massacre, ont voulu inscrire le 7-Octobre dans une histoire de la « résistance » palestinienne.
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Elle n’a pas de nom.
Et c’est précisément pourquoi il ne faut pas lui en donner un.
La poupée imaginée par Mo n’est ni une victime retrouvée dans un kibboutz, ni l’objet ayant appartenu à une enfant dont nous pourrions raconter l’histoire. Elle est une fiction.
Au commencement, elle est simplement là. Assise dans une maison. À côté d’un téléphone. Dans ce monde minuscule et familier où une poupée signifie encore ce qu’elle devrait toujours signifier : l’enfance.
Puis vient le 7 octobre.
Le décor bascule. La poupée se retrouve dans une voiture, abandonnée, blessée, ensanglantée. Des hommes armés traversent l’image.
Et soudain la métaphore devient parfaitement lisible. Mo ne documente pas le massacre. Il ne prétend pas apporter une nouvelle archive du 7-Octobre. Il répond par une œuvre à un vocabulaire.
Celui de la « résistance ».
Le mot n’est pas inventé pour les besoins de la polémique.
En mars 2024, lors d’une réunion publique à Pantin, la philosophe américaine Judith Butler qualifia les massacres du 7-Octobre d’« acte de résistance armée », tout en précisant qu’un acte de résistance pouvait être condamnable. Annie Ernaux déclara ensuite partager son analyse, ajoutant toutefois qu’il ne lui semblait « pas le moment de parler de résistance ».
La nuance importe. HaBayta ne fera dire à personne ce qu’il n’a pas dit.
Adèle Haenel, également visée par la légende accompagnant la vidéo de Mo, n’a pas, à notre connaissance, qualifié les massacres du 7-Octobre d’acte de résistance. Elle avait même cosigné, quelques jours après l’attaque, un texte se disant horrifié par les massacres, condamnant les crimes de guerre du Hamas et demandant la libération des otages.
Ses engagements ultérieurs en faveur de la Palestine sont publics. En septembre 2026, dans La Grande Librairie, elle a notamment accusé Israël de commettre un génocide et la France d’en être complice.
Mais la vidéo de Mo n’est pas un fact-checking d’Adèle Haenel ou d’Annie Ernaux. Elle pose une autre question: que reste-t-il d’un mot politique lorsqu’on le confronte à ceux sur lesquels la violence s’est abattue ?
Mo répond avec une poupée. Pas avec une carte du Proche-Orient. Pas avec soixante-quinze ans d’histoire. Pas avec une dissertation sur la colonisation, l’occupation ou la géopolitique. Une poupée.
Parce qu’avant de savoir comment chacun interprète le conflit israélo-palestinien, il existe des faits que le vocabulaire ne devrait pas rendre méconnaissables.
Le 7 octobre 2023, des civils ont été tués dans leurs maisons et sur les routes, des participants au festival Nova massacrés, des personnes enlevées et emmenées à Gaza.
La poupée de Mo ne démontre rien de cela. Elle nous oblige simplement à le regarder. Et peut-être est-ce précisément ce que peut encore l’art lorsque les mots sont devenus des camps.




