Pourquoi l’hostilité envers les Juifs traverse-t-elle les siècles, les religions et les transformations politiques ? Dans L’antisémitisme et le ressentiment, à paraître le 20 novembre aux éditions Intervalles, la sociologue Liah Greenfeld propose une interprétation radicale : l’antisémitisme ne serait pas seulement une succession de persécutions ou de préjugés, mais l’expression d’un ressentiment inscrit dans l’histoire des rapports entre les trois monothéismes. Une thèse exigeante, qui invite à reprendre la question à ses racines.
La sociologue Liah Greenfeld (1954-2026), professeure à l’université de Boston, est une spécialiste du nationalisme, du capitalisme comme forme culturelle, du rapport entre culture et société à la période moderne. Ses œuvres ont été publiées par University of Chicago Press, Harvard University Press et Cambridge University Press.
Son travail sur l’antisémitisme rompt avec les habitudes du jugement moral et de l’analyse politique. Elle le traite comme un phénomène relevant du temps long à un niveau civilisationnel. Constatant la permanence de l’hostilité antijuive, elle considère que les circonstances historiques particulières sont moins importantes que la continuité transhistorique des arguments antisémites.
Elle retourne donc aux sources du monothéisme pour étudier la naissance du christianisme, puis de l’islam, dans l’ordre de la jalousie civilisationnelle : de Marcion ou saint Paul au Coran, du verus Israel à l’accusation de mécréance pour n’avoir pas écouté Mahomet, les Juifs ont été le repoussoir fondateur des deux autres religions du Livre.
L’identité chrétienne comme l’identité islamique se pensent dans le ressentiment de la dette envers les Juifs, inventeurs du monothéisme.
Elle propose alors d’accepter l’antisémitisme comme caractéristique spécifique de la civilisation monothéiste et pose que seule la reconnaissance de ce socle de jalousie existentielle permettra de la dépasser.
Liah Greenfeld, L’antisémitisme et le ressentiment. Permanence d’un fondement civilisationnel
Éditions Intervalles — Collection « Le point sur les idées »
Avec le soutien du Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme (RRA).
Traduction française : Jérémie Szlamowicz (mention à confirmer).
Parution : 20 novembre 2026
144 pages — 15 €
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