Marjan Abadie raconte #LastBreath, cette mobilisation née pour arracher les condamnés iraniens à l’anonymat avant qu’il ne soit trop tard. En Iran, où la peine de mort est devenue un instrument de gouvernement et de terreur, il s’agit de dire leurs noms, montrer leurs visages, raconter leurs vies. Non pour préparer leur mémoire. Pour tenter, pendant qu’il en est encore temps, de les sauver.
#LASTBREATH : SE BATTRE POUR LA VIE TANT QU’ELLE EST LÀ
Sous la République islamique, en Iran, l’aube peut signifier l’exécution. Face à un régime qui fait de la peine de mort un instrument de terreur, #LastBreath porte les noms et les visages des personnes menacées, pour briser le silence et mobiliser avant qu’il ne soit trop tard.
Nous, Iraniens, nous nous réveillons désormais avec cette conscience : pendant que nous dormions, plusieurs personnes ont pu être exécutées à l’aube.
Et avec chacune d’elles, ce n’est pas seulement une vie que l’on détruit. C’est une partie de la promesse de l’Iran de demain. Parmi ceux qui ont été tués, emprisonnés ou condamnés se trouvent des étudiants, des sportifs, des artistes, des travailleurs, mais aussi des personnes engagées qui ont aidé les autres, secouru des blessés ou simplement refusé de détourner le regard.
C’est pour tenter d’empêcher les prochaines exécutions qu’est née #LastBreath : répéter leurs noms, raconter leurs histoires, briser le silence avant qu’il ne soit trop tard.
UNE EXÉCUTION PRESQUE TOUTES LES QUATRE HEURES
Les chiffres donnent la mesure de l’accélération. Selon Iran Human Rights, 267 personnes ont été exécutées en 2020, 333 en 2021, 582 en 2022, 834 en 2023, 975 en 2024 et au moins 1 639 en 2025. En cinq ans, le nombre d’exécutions recensées par cette organisation a été multiplié par plus de six.
Amnesty International, dont la méthodologie diffère, établit un bilan encore plus élevé pour 2025 : au moins 2 159 exécutions, le nombre le plus élevé qu’elle ait recensé en Iran depuis 1981.
Cela représente 5,9 exécutions par jour. Presque une toutes les quatre heures.
Un autre chiffre est tout aussi saisissant : selon Iran Human Rights, plus de 93 % des exécutions recensées en 2025 n’ont pas été annoncées officiellement par les autorités.
Une exécution presque toutes les quatre heures, dont plus de neuf sur dix ne sont pas annoncées : c’est contre cette mécanique de terreur et de silence que #LastBreath veut agir.
QUAND LA RUE IRANIENNE BRISE LE RÉCIT OFFICIEL DU RÉGIME
Depuis 1979, les Iraniens se soulèvent régulièrement contre la République islamique, avec une accélération ces dernières années : 2019, Femme, Vie, Liberté en 2022, puis décembre 2025 et janvier 2026.
À chaque fois se joue aussi une bataille du récit : que demandent réellement les Iraniens et qui les représente ?
Fin 2025, la mort de Khosrow Alikordi, avocat de Fatemeh Sepehri, provoque une nouvelle flambée de colère. Emprisonnée pour son opposition à la République islamique, Fatemeh Sepehri est une figure ouvertement engagée aux côtés du prince Reza Pahlavi. Alors que certains courants réformateurs et de gauche présentent la contestation comme essentiellement économique, les manifestants disent autre chose. À Abdanan, du riz est symboliquement jeté à terre : ils ne sont pas dans la rue pour du riz. Leurs slogans appellent au renversement du régime, et un nom revient avec insistance : Reza Pahlavi.
Début janvier 2026, le prince appelle à manifester massivement les 8 et 9 janvier. Des rassemblements considérables suivent dans de nombreuses villes. Les vidéos sorties d’Iran montrent des foules réclamant la fin de la République islamique et scandant fréquemment « Pahlavi ».
Ces images ne sont pas un sondage électoral. Mais il serait tout aussi trompeur d’en effacer ce que les manifestants choisissent eux-mêmes de crier. À ces deux questions, la rue apporte alors une réponse de plus en plus claire : la fin de la République islamique et un nom qui s’impose dans les slogans, Reza Pahlavi.
LES 8 ET 9 JANVIER : LE MASSACRE
Le régime coupe Internet. Sous ce blackout, avec l’appui de forces venues de pays voisins, commence une répression dont nous ne connaissons toujours pas l’ampleur exacte. Les témoignages et images décrivent l’usage d’armes de guerre contre des foules largement désarmées, des attaques à l’arme blanche, des blessés tués dans les structures de soins et des soignants torturés ou tués pour leur avoir porté secours.
Des proches cherchent les leurs parmi des centaines de sacs mortuaires, tandis que des corps sont transportés en nombre. Certains jeunes sont retrouvés morts après avoir pourtant appelé depuis leur lieu de détention. Des familles auraient même dû payer pour récupérer les dépouilles, jusqu’au prix des balles.
Un document présenté comme provenant de la médecine légale iranienne a circulé avec une estimation pouvant atteindre 100 000 morts en deux jours. L’ampleur réelle du massacre ne sera probablement connue qu’après la chute du régime. Mais les images suffisent déjà : des rues couvertes de sang et des morgues débordées.
Face à ces images, la République islamique construit son contre-récit, attribuant notamment les violences à une intervention étrangère, en particulier à Israël et au Mossad. Transformer une population qui se soulève en menace étrangère permet de justifier la violence exercée contre elle.
APRÈS LES BALLES, LES POTENCES
Le massacre de janvier ne s’est pas arrêté lorsque les rues se sont vidées. Il s’est déplacé derrière les murs des prisons.
Des milliers de jeunes ont été arrêtés. Aux tirs dans les rues succèdent les interrogatoires, la torture, les aveux forcés, les procès et les condamnations à mort pour « inamitié envers Dieu ».
Amnesty International constate que, depuis Femme, Vie, Liberté, les autorités iraniennes ont intensifié leur recours à la peine capitale comme instrument de terreur et de répression.
Dans la rue, il y avait des milliers de témoins et des téléphones pour filmer. Derrière les murs d’une prison, un condamné peut être pendu à l’aube presque sans images et sans témoins.
C’est là que commence #LastBreath
ILS ONT UN NOM. ET UN AVENIR.
À travers le monde, influenceurs, personnalités publiques, militants et citoyens se mobilisent sous ce hashtag pour faire connaître ceux qui sont condamnés à mort ou menacés d’exécution.
Car derrière les chiffres, il y a des individus. Des étudiants, des sportifs, des ouvriers, des artistes, des pères et des mères. Certains ont secouru des blessés ou aidé d’autres manifestants. Certains n’ont fait qu’exercer ce que nous considérons ici comme un droit élémentaire : protester.
Ils ont surtout un avenir.
Ils sont aussi les médecins, les sportifs, les artistes, les entrepreneurs et les citoyens engagés dont l’Iran de demain aura besoin. En les exécutant, la République islamique ne détruit pas seulement des vies. Elle frappe aussi ceux qui pourraient reconstruire le pays après elle.
Faire connaître leurs noms permet d’alerter journalistes, ONG, élus et gouvernements, encore trop souvent silencieux par ignorance, mais aussi parce que la République islamique a consacré des décennies à produire des contre-récits capables de relativiser ou de dissimuler la nature de sa répression.
UN HASHTAG PEUT-IL SAUVER UNE VIE ?
Pour celles et ceux qui ont vécu la douleur du 7 Octobre, pour ceux qui ont attendu le retour d’un otage, affiché son visage ou répété son nom pour empêcher qu’il ne soit oublié, #LastBreath résonne d’une manière particulière.
La République islamique connaît depuis longtemps le pouvoir de cette violence. Depuis la prise d’otages de l’ambassade américaine en 1979, elle a fait de la détention d’étrangers et de binationaux un instrument récurrent de pression dans ses relations avec les démocraties.
Mais il existe un autre otage, beaucoup plus vaste et trop souvent oublié : le peuple iranien lui-même. Depuis quarante-sept ans, des millions d’Iraniens vivent sous un régime qu’ils n’ont pas librement choisi, qui emprisonne, torture et exécute ceux qui le contestent et qui répond aux demandes de changement par la répression.
Il ne s’agit pas de comparer les histoires ni les souffrances. Mais ceux qui ont connu l’angoisse d’attendre un otage savent pourquoi un nom et un visage comptent. Nommer, c’est refuser que l’être humain disparaisse derrière un nombre.
C’est exactement ce que nous faisons avec #LastBreath : derrière chaque chiffre, montrer un visage, raconter une histoire et défendre une vie, agir pendant qu’il est encore temps.
Pas pour pouvoir nous souvenir d’eux demain. Pour qu’ils soient encore là demain. #LastBreath














































