À partir de NAZA, récompensé à la Mostra de Venise, Shmuel Trigano développe une réflexion sur l’accusation de génocide portée contre Israël par deux cinéastes israéliens. Il y voit un mécanisme de haine de soi dont il redoute les effets sur la condition des Juifs.
L’AUTO-GÉNOCIDE
Shmuel Trigano
Professeur des Universités
Le film israélien, primé à la Biennale de Venise, « Naza »[1], qui prétend dénoncer (sans preuves ni justificatifs vérifiables) le génocide qu’Israel perpètrerait sur les Palestiniens marque un tournant dans l’effervescence antisémite qui frappe aujourd’hui les populations arabo-musulmanes d’Occident et les milieux occidentaux[2] gagnés à l’islamogauchisme[3].
Et ce qui s’annonce est au plus haut point inquiétant : les deux prétendus « cinéastes » israéliens viennent de déclarer que leur film sera distribué gratuitement dans 52 pays (!) – et déjà à New York – et mis sur internet, ce qui ouvre la voie à une globalisation mondiale, inédite en son genre, de l’attaque contre les Juifs.
Sur un plan moral, c’est un permis de tuer que ce film donne objectivement aux antisémites. Le climat général qui voit se produire toutes sortes d’agressions erratiques contre les Juifs, dans différents pays occidentaux, atteste de la potentialité prochaine d’attaques physiques et pas seulement verbales des Juifs.
Le concept d’autogénocide forgé par le regretté Raphael Draï dans son livre Identité juive, identité humaine[4] peut nous aider à comprendre comment la stigmatisation des Juifs par l’environnement se retrouve intégrée, engagée dans l’identification des Juifs eux-mêmes.
Ce sont en effet deux Juifs, de surcroît israéliens, qui justifient et confirment urbi et orbi l’usage du concept de « génocide » pour condamner devant l’ensemble des nations l’inhumanité universelle d’un seul pays, Israël – le leur – qui pratiquerait l’extermination d’un peuple et donc reproduirait sur un autre « peuple », les Palestiniens, le même génocide que l’Allemagne nazie avait perpétrée sur les Juifs, ce qui revient à récuser implicitement l’idée que l’Etat d’Israël tirerait sa (seule) légitimité d’exister de la Shoah[5]. Ces deux « justes » appelleraient ainsi à l’aide les nations du monde pour sauver la moralité du peuple criminel dont ils sont les membres et donc pour les sauver eux-mêmes parce qu’alors il n’y a plus de distinction entre le génocide des Juifs par les Nazis[6] et celui des… Palestiniens par les Juifs.
Le « génocide » des Palestiniens engloutit ainsi le génocide passé des Juifs et conduit au génocide des Israéliens[7]. Quelle dose de haine de soi a-t-il fallu à ce couple infernal pour concevoir pareille manigance, en plus de la haine de leur peuple ! En vouant leur peuple à une haine mondiale, ils se libèrent ainsi du poids de leur propre identité.
Face à l’accusation de génocide, il est des Juifs qui se libèrent du poids de cette accusation en se joignant es qualités (comme juifs supposés victimes) à celle-ci, soit pour périr en juifs coupables ou bien en champions de la morale (« juive »), s’excluant cependant objectivement comme membres de ce peuple.
L’essentialisation des catégories de pensée concernées impliquées par cette opération rhétorique conduit nécessairement à l’universalisation des enjeux. L’appel à « punir » cet Etat, décrit comme criminel et inhumain, écarte dans l’échelle des valeurs les demi-mesures : l’éradication de l’Etat d’Israël implique l’éradication des Juifs, y compris des dénonciateurs dans un deuxième temps, dont on peut penser qu’ils souffrent d’être Juifs et Israéliens, membres de ce peuple qui « pratique « un génocide et qui est universellement stigmatisé (les Juifs). Ils ne supportent plus d’être des Juifs…
Cette essentialisation du Juif au regard de son identité a un impact considérable dans l’économie symbolique de la condition humaine : le Juif comme « ennemi du genre humain » avançait déjà l’historien romain Tacite. Le « genre humain » qu’aujourd’hui on décline dans les traits du « Palestinien » est aussi inscrit dans sa construction identitaire. Au point de la rendre invivable, pesante en fonction de l’idéologie dominante de l’époque qui pousse les Juifs à se fuir, à se cacher, à rejeter la cause de leur essentialisation, à intérioriser la cause de leurs ennemis et à tenter de les rejoindre d’une façon ou d’aune autre.
Ce phénomène est connu comme la haine de soi des Juifs. Le Juif intériorise le regard de ses ennemis pour se sentir exister et échapper à la pression qu’ils exercent sur lui. Plus celle-ci est grande, plus elle s’épaissit. A son sommet le plus haut, elle enjoint l’éradication totale des Juifs, « du Juif » qui porte le(s) juif(s) à se haïr au point de ne plus souhaiter vivre et de se démarquer du peuple juif pourchassé à mort.
Post scriptum
Un apparentement terrible est historiquement à l’œuvre dans l’histoire de la Biennale de Venise : un antécédent compromettant, comme l’analyse excellement Richard C. Abitbol[8].
« Le 5 septembre 1940, à la Mostra de Venise, Le Juif Süss de Veit Harlan est présenté devant un public enthousiaste. La projection vénitienne fut saluée par de longs applaudissements…. La diffusion sera gigantesque : plus de vingt millions de spectateurs… dont environ un million en France occupée. Quatre-vingt-six ans plus tard, le 12 septembre 2026, la 83e Mostra remet son Prix spécial du jury à NAZA, de Yuval Abraham et Rachel Szor. Vingt-cinq minutes de standing ovation à la première… »
[1] Abréviation en hébreu pour désigner les « dommages collatéraux ».
[2] L’affaire (l’antisémitisme) est déjà entendue depuis longtemps en Orient…
[3] Qu’il n’y ait plus de Juifs dans les Etats arabo-musulmans est déjà un signe. C’est à leurs descendants en Occident que s’en prennent aujourd’hui les Arabo-musulmans de l’immigration dont les pères et grand-pères ont spolié et chassé du monde arabe dans les années 1950, 950 00 Juifs dont 550 000 trouvèrent asile dans l’Etat d’Israël, celui qu’on accuse d’avoir chassé alors 500 000 Palestiniens devenus les mythiques « réfugiés ». qui compteraient aujourd’hui 5 millions de personnes.
[4] Armand Colin, 1995.
[5] En fait, c’est plus complexe quand on sait que l’Etat d’Israël, à la différence de ce que font les armées du monde entier met en œuvre des procédures aussi bien militaires que juridiques qui ont pour but de ne pas cibler des innocents dans la guerre que ses ennemis lui imposent. Ce n’est pas le cas des pays qui le condamnent. Parce qu’il révèle leur « nudité » et leur mensonge, sous ce jour-là. En condamnant Israël, ils exorcisent leur mauvaise conscience. C’est ce qui explique (psychanalytiquement et idéologiquement) les 25 mn d’ovation à Venise.
[6] On remarquera que le titre du film, l’abréviation hébraïque pour « dommages collatéraux », évoque pour qui ne parle pas l’hébreu le terme de Nazi.
[7] Ce qui se dit dans les milieux arabes distingués (en l’occurrence le professeur Edward Saïd) : les Palestiniens sont les « victimes de victimes », version victimaire compassionnelle qui pourtant fait subrepticement des Juifs les nouveaux tortionnaires…
[8] In Terre promise du 22 septembre 2026.


