HABAYTA הביתה. Le doute n’est pas la résignation
Longtemps convaincue que la solution à deux États était possible, Sarah Cattan a vu ses certitudes profondément ébranlées par le 7 octobre. Entre la barbarie, le pardon qu’elle aurait voulu entendre et la rencontre avec Samer Sinijlawi, une interrogation demeure : peut-on encore reconstruire la confiance ? À l’approche d’un entretien avec ce responsable politique palestinien, elle explore ce chemin fragile, entre fidélité à la mémoire et refus de la résignation.
Il fut un temps où je croyais à la solution à deux États. J’y croyais profondément. Non par naïveté, mais parce que je ne voyais pas d’autre issue raisonnable à ce conflit qui, depuis tant de générations, oppose deux peuples sur une même terre.
Je n’ignorais ni les obstacles ni les rendez-vous manqués. Je voulais croire qu’un avenir politique restait possible.
Et puis il y eut le 7 octobre.
Ce jour-là, quelque chose s’est brisé. Bien davantage qu’une conviction politique : une certaine idée de ce que les hommes pouvaient encore s’interdire de faire à d’autres hommes. Avec elle s’est effondrée ma confiance dans la possibilité d’une parole palestinienne capable de rejoindre notre douleur.
Y avait-il un Juste ?
J’ai écrit à deux reprises cette question terrible : « Y a-t-il un Juste, un seul Juste à Gaza ? »
Je l’ai répétée au micro de Lise Benkemoun sur Radio Judaica et dans un édito sur Radio Kol Aviv.
Je ne l’avais pas écrite à la légère: j’écoutais les témoignages d’otages. Dans ceux qui m’étaient parvenus, je cherchais la trace d’un geste, d’une parole, d’un regard. Quelque chose qui aurait signifié : je vois votre souffrance ; je sais ce qui vous a été fait ; je ne l’approuve pas.
Je n’en trouvais pas. Cette absence dans les récits que je connaissais me glaçait. Je sais qu’un témoignage ne peut tout raconter, qu’il existe peut-être des gestes demeurés inconnus. Mais alors, je n’y croyais plus. No future.
Qu’aurais-je appelé un Juste ?
Pas nécessairement quelqu’un qui aurait partagé mes convictions sur les frontières ou sur la solution à deux États. Pas quelqu’un qui aurait renoncé aux droits nationaux palestiniens.
J’aurais appelé Juste celui qui aurait dit, sans ambiguïté, que rien — pas même une lutte pour l’indépendance — ne pouvait justifier la nature barbare du 7 octobre : les massacres, les enlèvements, les violences sexuelles, la terreur infligée aux civils. Celui qui aurait reconnu sans réserve le droit d’Israël à exister, et rejeté son effacement comme projet politique.
Et j’aurais attendu davantage qu’une condamnation.
J’aurais voulu entendre un mot : Pardon.
Pardon devant cet appel d’un assaillant se vantant auprès de ses parents d’avoir tué des Juifs. Pardon devant les rires des bourreaux, les femmes victimes de violences sexuelles, les familles massacrées, les enfants assassinés. Pardon pour Ariel et Kfir Bibas. Pardon devant cette jubilation du meurtre qui, au-delà même de la violence, avait achevé de me bouleverser.
Mais entendons-nous bien. Je n’attendais pas qu’un Palestinien avoue une culpabilité qui n’était pas la sienne. Je n’ai jamais demandé une reconnaissance de culpabilité collective.
J’attendais un pardon symbolique, un pardon au nom de l’humanité : la parole libre d’un homme ou d’une femme qui aurait dit, en substance : « Ces crimes ne sont pas les miens. Je les condamne. Ceux qui les ont commis ont prétendu agir pour notre peuple ; je refuse qu’ils parlent en mon nom. Et je vous demande pardon pour cette barbarie. »
Une parole qui n’aurait pas effacé les crimes, qui n’aurait pas obligé les victimes à pardonner, mais qui aurait manifesté la rupture morale avec les auteurs des massacres.
Je pense, toutes différences historiques et politiques gardées, au travail de reconnaissance accompli par l’Allemagne démocratique après la Shoah. Je pense au geste de Willy Brandt s’agenouillant à Varsovie. Il ne s’agissait pas pour lui de revendiquer les crimes comme les siens, mais d’assumer publiquement une responsabilité morale et historique. Les situations ne sont pas assimilables ; le besoin humain d’une parole reconnaissant l’inexcusable peut, lui, être mis en regard.
Ce pardon, je l’aurais voulu sans « Mais » immédiatement accolé. Non pour interdire toute réflexion sur l’histoire, sur les souffrances palestiniennes ou sur les responsabilités israéliennes. Mais parce que la condamnation d’un massacre de civils n’a pas à attendre que soient réglées toutes les autres questions.
Je n’attendais pas qu’on me promette la paix: J’attendais qu’on reconnaisse l’horreur, et qu’on tende la main.
Une rencontre qui ne doit pas tout au hasard
C’est Richard Abitbol qui a attiré mon attention sur Samer Sinijlawi. Il avait discerné chez cet homme quelque chose qu’il jugeait digne d’être entendu. J’ai écouté Richard. Puis Samer est venu vers moi.
J’ai découvert un Palestinien dont le parcours ne ressemblait pas à celui d’un pacifiste de convention : la première Intifada, la prison israélienne, la confrontation, puis la conviction que les Palestiniens devaient démontrer aux Israéliens qu’ils pouvaient trouver de leur côté des partenaires pour la paix.
Mon intérêt pour lui, comme celui que notre média a porté à sa démarche, ne date pas de sa candidature. Il lui est bien antérieur. Cela importe aujourd’hui, alors que Samer conduit Masar Jadid, mouvement engagé dans la vie politique palestinienne, et que le report des élections nous conduit à suivre ses prises de position avec attention.
Mais ce n’est pas d’abord le candidat qui m’intéresse.
C’est l’homme qui affirme que les inquiétudes des Israéliens pour leur sécurité doivent être prises au sérieux, au même titre que la liberté, la dignité et la sécurité des Palestiniens. Celui qui ne traite pas la confiance comme une formule diplomatique, mais comme une tâche difficile.
Samer n’est pas originaire de Gaza. Il ne saurait constituer, à lui seul, la réponse à la question que j’ai posée sur les « Justes » à Gaza. Et je n’ai pas l’intention de lui demander de prononcer en lieu et place d’autrui le pardon que j’attendais.
Je veux en revanche comprendre la place qu’il donne, dans son projet, à la reconnaissance morale du 7 octobre et au refus de la barbarie. Je veux savoir ce qu’un engagement à reconstruire la confiance signifie concrètement.
Que reste-t-il lorsqu’on ne croit plus ?
Dans l’un de nos échanges récents, j’ai écrit cette phrase : « Le doute ne doit pas nécessairement devenir résignation. »
Samer m’a répondu qu’elle exprimait quelque chose d’essentiel à ses yeux. Il m’a dit ne demander à personne de mettre de côté ses peurs ou ses doutes ; que la confiance doit se gagner par la constance des paroles, les choix difficiles et les actes.
Cela ne fait pas disparaître mon scepticisme. Je ne suis pas redevenue cette femme qui croyait presque naturellement à la solution à deux États. Le 7 octobre ne s’efface pas. Les otages, les familles anéanties, la terreur, ne s’effacent pas.
Je n’ignore pas davantage les souffrances immenses des civils palestiniens, ni la dévastation de Gaza, ni les responsabilités qui doivent être discutées et établies de part et d’autre.
Mais je refuse que la lucidité devienne une obligation de désespérer.
J’écouterai Samer, et je le questionnerai. Je n’attends pas des phrases destinées à rassurer. J’attends des raisons, des choix, des engagements susceptibles d’être confrontés aux faits.
Un média juif. Une voix palestinienne.
Habayta est un média juif. Nous ne dissimulons ni notre attachement à Israël ni notre refus de relativiser le 7 octobre.
Et pourtant, depuis bien avant les échéances électorales, nous avons suivi avec intérêt et sympathie la démarche de Samer Sinijlawi. Une démarche, pas un homme providentiel ; une possibilité à interroger, pas une victoire à annoncer.
Cette rencontre a pour moi une signification particulière. Nombre d’Israéliens et de Juifs de diaspora qui défendaient autrefois la solution à deux États sont devenus extrêmement sceptiques. Je suis de ceux-là. Samer ne s’adresse donc pas à des convaincus auxquels il suffirait de répéter le mot « paix ».
Il doit aussi convaincre les Palestiniens eux-mêmes. Quelle implantation réelle pour Masar Jadid ? Quelle indépendance à l’égard des réseaux politiques existants ? Quel programme pour Gaza et les institutions ? Quelle place pour la sécurité d’Israël, pour la liberté palestinienne, pour le rejet de la violence ?
Toutes ces questions seront posées. Parce que l’intérêt, même ancien, ne dispense jamais de l’examen critique. Parce qu’accorder une place à une voix n’est pas lui céder notre jugement.
Et si quelque chose recommençait ?
Je ne suis pas la Perrette de La Fontaine et je ne porte aucun pot au lait: je n’annoncerai ni réconciliation imminente, ni sauveur, ni renaissance miraculeuse d’une solution politique que l’histoire a si souvent malmenée.
Mais les rencontres ne doivent pas nécessairement tout au hasard. Sur le plan philosophique, politique, peut-être stratégique, il arrive qu’une initiative ouvre une possibilité que l’on croyait fermée. Encore faut-il qu’elle résiste à l’épreuve des faits, qu’elle trouve des interlocuteurs de part et d’autre et qu’elle ne confonde jamais la parole et l’action.
Nous avons proposé à Samer Sinijlawi un entretien approfondi. Nous lui avons adressé des questions difficiles sur son parcours, le Hamas, le 7 octobre, les exigences de sécurité israéliennes, les aspirations palestiniennes, son mouvement et ses perspectives réelles.
Une question supplémentaire lui sera posée : peut-on reconstruire une confiance politique sans reconnaître d’abord, moralement et sans équivoque, ce qui a été commis ? Et cette reconnaissance peut-elle parfois aller jusqu’à un pardon symbolique pour des crimes dont on n’est pas soi-même l’auteur ?
Je ne lui demande pas de porter la faute des autres. Je lui demande ce qu’il pense de ce geste moral, de sa portée et de ses limites.
Je ne sais pas ce que cet entretien nous apprendra. Je sais seulement pourquoi je souhaite qu’il ait lieu.
J’ai longtemps attendu qu’une voix palestinienne dise simplement « Pardon » — non pour se déclarer coupable, mais pour témoigner que l’humanité ne se résigne pas à la barbarie commise en son nom.
Je ne sais pas si Samer emploiera ce mot. Je ne veux pas lui imposer ma réponse avant de lui avoir posé la question.
Mais cet homme est venu me parler alors que je ne croyais presque plus à la possibilité d’une telle conversation. Il ne m’a pas demandé d’oublier mes peurs. Il m’a invitée à les regarder en face, tout en affirmant que les siennes, et celles de son peuple, devaient elles aussi être entendues.
Ce n’est pas une conversion. Ce n’est pas encore le retour de la confiance. C’est la possibilité de parler sans trahir les siens, et d’écouter sans renoncer à soi.
Le doute n’est pas la résignation.
Sarah Cattan — Habayta
HABAYTA הביתה
EDITORIAL • 14 OCTOBER 2026 • ENGLISH VERSION
Doubt Is Not Resignation
On an encounter, an apology I have long awaited, and a forthcoming interview with Samer Sinijlawi.
There was a time when I believed in the two-state solution.
I believed in it deeply. Not out of naivety, I think, but because I could see no other reasonable way out of a conflict that has set two peoples against each other on the same land for generations.
I knew the obstacles and the missed opportunities. I wanted to believe that a political future remained possible.
And then came October 7.
That day, something broke. Much more than a political conviction: a certain idea of what human beings might still refrain from doing to other human beings. With it collapsed my confidence that a Palestinian voice could reach across to acknowledge our pain.
Was There Even One Righteous Person?
Twice, I have written this terrible question: “Is there a Righteous Person, a single Righteous Person, in Gaza?” I repeated it when speaking with Lise Benkemoun on Radio Judaica and in an editorial on Radio Kol Aviv.
I listened to the hostages’ testimonies. In the accounts I had heard, I searched for a gesture, a word, even a glance. Something that might have said: I see your suffering; I know what was done to you; I do not approve of it.
I could find none. That absence, in the accounts known to me, left me cold. I know that no testimony can tell everything, that acts of humanity may have remained unknown. But at the time I no longer believed in them. No future.
Whom would I have called righteous?
Not necessarily someone who shared my views on borders or the two-state solution. Not someone who had abandoned Palestinian national rights.
I would have called righteous the person who said, without equivocation, that nothing—not even a struggle for independence—could justify the barbarity of October 7: the massacres, the abductions, the sexual violence, the terror inflicted on civilians. Someone who unequivocally recognized Israel’s right to exist and rejected its elimination as a political objective.
And I would have hoped for more than condemnation.
I wanted to hear one word: sorry.
Sorry in the face of that phone call from an attacker boasting to his parents that he had killed Jews. Sorry for the laughter of the killers, for the women subjected to sexual violence, for the families massacred, for the children murdered. Sorry for Ariel and Kfir Bibas. Sorry in the face of that exultation in killing which, beyond the violence itself, had shaken me to the core.
But let me be absolutely clear. I was not asking a Palestinian to confess to guilt that was not his or hers. I never asked for an admission of collective guilt.
I was waiting for a symbolic apology, an apology offered in the name of our shared humanity: the free voice of a man or woman willing to say, in substance, “These crimes are not mine. I condemn them. Those who committed them claimed to act for our people; I refuse to let them speak in my name. And I am sorry for the barbarity inflicted upon you.”
Such words would not erase the crimes or oblige the victims to forgive. They would mark a moral rupture with those responsible for the massacres.
I think, while fully recognizing the profound historical and political differences, of the work of acknowledgment undertaken by democratic Germany after the Holocaust. I think of Willy Brandt kneeling in Warsaw. He was not claiming personal authorship of the crimes; he was publicly assuming a moral and historical responsibility. The situations are not equivalent, but the human need for a voice that acknowledges the inexcusable can be considered across different histories.
I wanted that apology without an immediate “but.” Not to forbid reflection on history, Palestinian suffering, or Israeli responsibilities, but because condemning the massacre of civilians should not have to wait until every other question has been settled.
I was not asking anyone to promise me peace.
I was waiting for someone to recognize the horror and extend a hand.
An Encounter That Owes Little to Chance
It was Richard Abitbol who first drew my attention to Samer Sinijlawi. He had recognized something in this man that he felt deserved to be heard. I listened to Richard. Then Samer reached out to me.
I discovered a Palestinian whose journey was hardly that of a conventional peace activist: the First Intifada, an Israeli prison, confrontation, and then the conviction that Palestinians must show Israelis that they can find partners for peace on the Palestinian side.
My interest in him, and the attention our publication has paid to his approach, long predates his candidacy. That matters today, as Samer leads Masar Jadid, a movement engaged in Palestinian political life, and as the postponement of the elections prompts us to follow his public positions closely.
But it is not primarily the candidate who interests me.
It is the man who says that Israelis’ security concerns must be taken as seriously as Palestinian freedom, dignity, and safety. The man who treats trust not as a diplomatic formula but as difficult work.
Samer is not from Gaza. He cannot, on his own, provide an answer to the question I once asked about the “righteous” in Gaza. Nor do I intend to ask him to pronounce, on behalf of others, the apology I have long hoped to hear.
I do want to understand the place he gives, within his political vision, to the moral acknowledgment of October 7 and the rejection of barbarity. I want to know what a commitment to rebuilding trust means in practice.
What Remains When Belief Has Been Shattered?
In one of our recent exchanges, I wrote: “Doubt does not have to become resignation.”
Samer replied that those words captured something essential for him. He told me he did not expect anyone to set aside their fears or doubts; that trust had to be earned through consistent words, difficult choices, and actions.
That does not make my skepticism disappear. I have not become again the woman who almost instinctively believed in the two-state solution. October 7 cannot be erased. Neither can the hostages, the shattered families, or the terror.
Nor do I ignore the immense suffering of Palestinian civilians, the devastation of Gaza, or the responsibilities that must be examined and established on all sides.
But I refuse to believe that lucidity must lead inevitably to despair.
I will listen to Samer, and I will question him. I am not looking for comforting phrases. I am looking for reasons, decisions, and commitments that can be tested against facts.
A Jewish Publication. A Palestinian Voice.
HaBayta is a Jewish publication. We make no secret of our attachment to Israel, or of our refusal to relativize October 7.
And yet, long before the electoral calendar came into focus, we followed Samer Sinijlawi’s approach with interest and sympathy. An approach, not a providential savior; a possibility to be examined, not a victory to be proclaimed.
This encounter has special meaning for me. Many Israelis and Jews in the diaspora who once supported a two-state solution have become profoundly skeptical. I am one of them. Samer is not addressing people who are already convinced and need only to hear the word “peace” repeated.
He must also convince Palestinians themselves. How much support does Masar Jadid really enjoy? How independent is it from established political networks? What is its program for Gaza and for Palestinian institutions? How will it address Israeli security, Palestinian freedom, and the rejection of violence?
All these questions will be asked. Because interest, however longstanding, never removes the duty of critical scrutiny. Giving space to a voice does not mean surrendering our judgment to it.
What If Something Could Begin Again?
I am no Perrette, carrying her milk pail in La Fontaine’s fable.
I will not announce an imminent reconciliation, a savior, or the miraculous return of a political solution that history has so often undermined.
But encounters do not necessarily happen by chance alone. Philosophically, politically, perhaps strategically, an individual initiative can sometimes open a possibility we believed closed. It must still withstand the test of reality, find interlocutors on both sides, and never confuse words with action.
We have invited Samer Sinijlawi to take part in an in-depth interview. We have sent him difficult questions about his journey, Hamas, October 7, Israeli security needs, Palestinian aspirations, his movement, and its actual prospects.
One further question will be put to him: can political trust be rebuilt without first unequivocally acknowledging, on a moral level, what was done? And can such acknowledgment sometimes extend to a symbolic apology for crimes one did not personally commit?
I am not asking him to bear someone else’s guilt. I am asking what he thinks of this moral gesture, of its significance and its limits.
I do not know what this interview will teach us. I know only why I want it to take place.
For a long time I waited for a Palestinian voice simply to say “sorry”—not to confess personal guilt, but to affirm that humanity cannot resign itself to barbarity committed in its name.
I do not know whether Samer will use that word. I have no wish to impose my answer before asking him the question.
But this man reached out to me when I had almost ceased to believe such a conversation was possible. He did not ask me to forget my fears. He invited me to face them, while insisting that his own fears, and those of his people, must also be heard.
This is not a conversion. It is not yet the return of trust. It is the possibility of speaking without betraying one’s own people, and listening without renouncing oneself.
Doubt is not resignation.




