À la veille des élections israéliennes du 27 octobre, Joanne Sarah Ankri s’apprête à voter dans le pays où elle s’est installée il y a un an. Entre l’expérience du Likoud, l’attrait de nouveaux visages et les incertitudes des coalitions, elle s’interroge sur la portée réelle de son choix. Une chronique personnelle, où les hésitations d’une électrice éclairent les paradoxes du système parlementaire israélien.
Immigrante française de retour en Israël depuis un an, je m’intéresse à la vie politique, car il le faut bien !
Les élections approchent. Knesset 2026 : cela fait un bon moment qu’on en parle. Et voilà ! On y est. On compte sur ma voix : je ne vais pas me gêner.
Par contre, on ne va pas se le cacher : je ne sais pas pour qui voter. Mais je sais tout de même quelles grandes orientations je souhaite pour Israël. C’est un bon début.
Je lis les programmes. Je regarde les différentes personnalités. Je me plonge dans cette histoire retorse des coalitions.
Spontanément, j’aurais voté Likoud. Netanyahou connaît le pouvoir, la scène internationale, les rapports de force. Cette expérience me rassure. Mais certaines de ses décisions, notamment avant le 7 octobre, me posent question.
Alors je regarde ailleurs.
En Israël, on élit une liste. Puis les partis négocient pour former un gouvernement. L’objectif : réunir une majorité de soixante et un députés sur cent vingt. Quelques sièges peuvent donc peser lourd.
Je m’intéresse alors au petit parti Am’ha Israël, dirigé par Ofer Winter, ancien commandant de la brigade Givati.
Une société juive qui rassemble sans imposer la pratique religieuse : cette volonté affichée me parle. L’unité sans l’uniformité. Le partage du service militaire aussi, avec une place préservée pour les étudiants de yeshiva qui excellent dans l’étude. Et puis la sécurité, la vie chère, l’éducation, les petites entreprises.
Il y a aussi Yossef Haddad, numéro deux de la liste. Je suis fan de son engagement sans relâche pour défendre Israël depuis le 7 octobre.
Winter est controversé. Ses positions sur Gaza sont très dures. Je n’ai pas tout étudié. Mais j’ai envie de donner une chance à de nouveaux visages. Lama lo, pourquoi pas ?
Winter avait annoncé qu’il recommanderait uniquement Netanyahou. Le 21 octobre, il a reconnu qu’il avait peut-être eu tort d’annoncer si tôt ce soutien exclusif, tout en réaffirmant son appartenance à la droite. Les alliances ne sont pas clairement lisibles.
Autre obstacle : le seuil des 3,25 % des voix. En dessous, aucun député. Mon bulletin pourrait donc ne donner aucun siège. Mais si chacun renonce à un petit parti parce qu’il est petit, comment peut-il grandir ?
Autre question : que devient le programme une fois les négociations ouvertes ? Sur l’armée, par exemple, comment accorder ceux qui veulent faire contribuer chacun et ceux qui défendent les exemptions ? Qui cède ? Sur quoi ?
Je choisis un parti. Je ne choisis pas l’accord qu’il signera.
Entre les deux, quelque chose m’échappe. Ma voix pourra servir un compromis que je n’aurais pas approuvé. Certaines tractations ressemblent même à du marchandage : je te donne ceci, tu me concèdes cela, sinon je bloque.
Où passent les convictions ?
Alors je suis tentée de revenir au connu. Voter Netanyahou. Rien de nouveau sous le soleil. Pourtant, lui aussi négociera. Je n’y gagne aucune certitude. Je retrouve des contradictions plus familières.
Alors, revenir au connu ou donner une chance à de nouveaux visages ?
Dans les deux cas, il faudra faire avec les alliances, les compromis et les surprises. Garder mes convictions, choisir sans tout maîtriser.
Je ne sais pas jusqu’où ira ma voix.
Mais ce petit bulletin reste le mien.
Joanne Sarah Ankri
Écrivain
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