À Venise, l’ovation faite à certains cinéastes israéliens a provoqué l’indignation. Meir Ben-Hayoun renverse la question : pourquoi s’étonner aujourd’hui de discours qui, selon lui, se fabriquent depuis longtemps en Israël avant de revenir, amplifiés, de l’étranger ? Une charge contre nos aveuglements — et contre ce réveil qui arrive toujours trop tard.
Il aura donc fallu Venise.
Il aura fallu voir des réalisateurs israéliens ovationnés pendant de longues minutes pour que certains découvrent, soudain horrifiés, qu’une partie de la mise en accusation d’Israël dans le monde est produite en Israël même.
Mais enfin : on n’avait pas vu venir ?
Depuis des années, une véritable industrie de la diabolisation d’Israël prospère ici. Écrivains, cinéastes, universitaires, médias : certains de ses acteurs sont reconnus, récompensés, parfois financés par des fonds publics israéliens. Nous contribuons ainsi nous-mêmes à financer des œuvres dont le discours revient ensuite de l’étranger pour instruire le procès de l’État juif.
David Grossman, Nadav Lapid, Eyal Sivan, Amos Gitai ; Haaretz, formidable grossiste international du réquisitoire contre Israël ; certains secteurs du monde universitaire : rien de tout cela n’était caché.
Et l’on s’offusque seulement aujourd’hui ?
On n’avait pas vu venir ?
Cette phrase devrait pourtant nous être devenue insupportable depuis le 7 octobre.
Pendant des années, le Hamas a annoncé la couleur. Il a commis des attentats, glorifié les terroristes, creusé ses tunnels, accumulé les armes et proclamé sa volonté de détruire Israël.
Puis vint le 7 octobre.
Et nous avons été surpris.
Évidemment, je ne compare pas des cinéastes ou des journalistes israéliens au Hamas. Je parle d’autre chose : de notre extraordinaire capacité à ne pas vouloir entendre ce qui est dit devant nous. Nous attendons que ce qui était visible devienne catastrophe ou scandale pour consentir enfin à le regarder.
Le réveil est toujours tardif. Cette fois, il devient désespérément tardif.
Meir Ben-Hayoun



N’est-il pas grossièrement réducteur de ramener la critique de la politique de Netanyahu à celle d’Israel ? Les prophètes hébreux qui fustigeaient les rois hébreux étaient antisémites ? Vous savez pourtant que la technologie actuelle rend possible bien la falsification démesurée du réel - en quoi il faut redoubler de prudence à l’égard de toutes les propagandes guerrières. Quand au messianisme politique qui semble caractériser le gouvernement de Netanyahu il s’adosser au principe que la fin justifie tous les moyens. Mais cela vous ne voulez pas l’entendre. Israël ne peut à la fois prétendre au rôle de lumière des nations et s’exonérer de tout scrupule en matière d’auto-critique.