Marine Le Pen veut sanctionner le port du voile dans l’espace public. Raphaël Glucksmann lui répond par le racisme, la discrimination « au faciès » et « l’obsession anti-musulmane ». Entre ces deux blocs, il reste pourtant une question qu’une démocratie devrait pouvoir poser sans trembler : de quoi parle-t-on lorsque l’on parle du voile ? Il reste aussi un étonnement glaçant: “Mais quelle est cette violence chez Raphaël Glucksmann?”
« Marine Le Pen ose encore dire qu’elle n’est pas raciste ? » Raphaël Glucksmann n’y va pas par quatre chemins: on ne sait ce qu’il lui prend: il y a, dans ces quelques secondes, quelque chose de presque inquiétant : la colère ne se lit plus seulement dans les mots, elle envahit le visage. Regardez plutôt:
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La proposition portée par Marine Le Pen de pénaliser le port du voile islamique dans l’espace public ne pourrait, affirme-t-il, être mise en œuvre qu’en discriminant les femmes « au faciès ». Puis vient la sentence : « La laïcité, ce n’est pas la police du vêtement. » Et enfin le verdict politique : « l’obsession anti-musulmane et raciste du RN ».
Trois phrases. Trois questions pourtant très différentes, fondues en une seule.
Car il faut commencer par ce qui est incontestable.
Interdire généralement le voile dans la rue serait une rupture considérable avec l’état actuel du droit français.
La laïcité impose d’abord une obligation de neutralité à l’État et à ses agents. Elle ne commande pas aux citoyens de dissimuler dans l’espace public leur appartenance religieuse. La liberté de manifester sa religion est protégée, sous réserve des restrictions prévues par la loi et nécessaires dans une société démocratique.
Marine Le Pen ne propose donc pas une simple extension technique de la législation existante.
Le Rassemblement national a confirmé ces derniers jours son intention de sanctionner le port du voile dans l’espace public. Jean-Philippe Tanguy l’a formulé sans détour : si le voile est interdit et que des femmes le portent, « elles auront une amende ». Marine Le Pen envisage de soumettre la question à référendum. Au sein même du RN, Jordan Bardella apparaît sensiblement plus réservé sur la portée de la mesure.
Les obstacles juridiques seraient majeurs. Une interdiction visant spécifiquement le voile heurterait notamment la liberté religieuse et le principe d’égalité ; même le recours au référendum n’effacerait pas magiquement les difficultés constitutionnelles soulevées.
Voilà pour le droit.
Mais le droit épuise-t-il le sujet ?
Non.
Et c’est ici que la réponse de Raphaël Glucksmann devient à son tour discutable.
Qualifier d’emblée de « raciste » l’interrogation sur le voile produit un étrange court-circuit intellectuel.
Un voile n’est pas un faciès.
C’est un signe visible, choisi dans certains cas, imposé dans d’autres ; religieux pour certaines femmes, identitaire pour d’autres ; parfois culturel, parfois militant ; parfois simplement vécu comme allant de soi.
Il existe des femmes musulmanes qui le revendiquent comme une liberté.
Il existe aussi des femmes musulmanes qui se battent, parfois au prix de leur liberté ou de leur vie, pour avoir le droit de l’enlever.
Ces deux réalités existent simultanément.
C’est précisément pour cela qu’une démocratie devrait être capable de tenir deux propositions à la fois : l’État n’a pas vocation à traquer dans la rue une femme portant un foulard ; et personne n’est obligé, au nom de la lutte contre le racisme, de considérer le voile comme un vêtement politiquement neutre en toutes circonstances.
C’est là que le débat français se dérègle.
Marine Le Pen dit en substance : derrière le voile, il y a une idéologie, donc interdisons le voile.
Raphaël Glucksmann répond : interdire le voile, c’est poursuivre des musulmanes, donc le questionnement relève du racisme.
Les deux raisonnements sautent une étape.
Le premier transforme un symbole polysémique en preuve générale d’adhésion idéologique.
Le second risque de transformer toute réflexion sur ce symbole en suspicion illégitime envers les musulmans.
Entre les deux disparaît exactement ce dont nous avons besoin : la complexité.
On peut combattre l’islamisme sans considérer chaque femme voilée comme une islamiste.
On peut défendre le droit d’une femme à porter le voile sans soutenir l’idéologie de ceux qui veulent l’imposer.
On peut rappeler que certaines Iraniennes l’arrachent au péril de leur vie sans sommer pour autant une Française voilée de l’enlever dans une rue de Paris.
On peut même — luxe devenu presque extravagant — penser simultanément tout cela.
Le mot « laïcité » mérite lui aussi mieux que le rôle de projectile qu’on lui assigne.
Elle n’est ni l’effacement autoritaire du religieux dans la rue, ni l’obligation de déclarer insignifiant tout signe religieux.
Elle organise d’abord un espace commun dans lequel l’État ne choisit pas les consciences.
Et voici peut-être le véritable enjeu politique de cette polémique: à quelques mois de la présidentielle de 2027, Marine Le Pen remet sur la table l’un des marqueurs les plus puissants de son histoire politique. Le sujet divise d’ailleurs son propre camp : le RN a débattu de l’opportunité et de la faisabilité de l’interdiction, tandis que Jordan Bardella a publiquement privilégié une approche plus circonscrite.
Ses adversaires ont alors un choix.
Ils peuvent répondre sur le droit, les libertés publiques, la faisabilité, les limites de l’action de l’État. Ou ils peuvent faire de tout électeur inquiet de l’islamisme, de la place du religieux ou de l’évolution des normes sociales un suspect potentiel de racisme.
La seconde voie est plus facile. Elle est aussi politiquement périlleuse. Car le meilleur cadeau que l’on puisse faire au Rassemblement national serait peut-être de lui abandonner certaines questions sous prétexte que les poser serait déjà coupable.
Une démocratie adulte ne reconnaît ni questions interdites ni réponses dispensées de preuve.
Le voile n’échappe pas à cette règle.
Marine Le Pen doit répondre à une question très concrète : jusqu’où un État libéral peut-il intervenir dans la manière dont s’habillent ses citoyens ?
Raphaël Glucksmann devrait en accepter une autre : depuis quand interroger la dimension politique possible d’un signe religieux suffit-il à caractériser le racisme ?
Entre « police du vêtement » et « poubelles de l’Histoire », il existe encore un endroit: cela s’appelle le débat.




Dans certains états des E-U, il est contre la loi de se masquer, avec quelques exceptions pour raisons médicales ou pour des fêtes (comme Halloween). La loi s’applique à tous ceux qui couvre leur visage afin de caché son identité. Donc, ces lois ne stigmatise personne en particulier. C’est à dire quelles sont neutres.