Dans une école primaire belge de l’enseignement spécialisé, Jacques Frojmovics découvre une qualité d’écoute qu’il cherche parfois en vain ailleurs. Ces enfants, confrontés eux-mêmes à la différence et à la discrimination, accueillent son récit de la Shoah sans les habituelles réserves ni les « oui, mais ». Une question posée par un élève lui rappelle que la compassion n’est pas toujours là où l’on croit.
Loin des salons feutrés
Remplis de bien-pensants
Débattant des déclarations
Antisionistes à exiger
Des artistes juifs,
Avant les spectacles,
Afin de se voir délivrer
Un livret de bonne conduite.
Et en bonne suite logique,
Nouzôtres,
Quand on fait part,
Timidement,
De la montée de l’antisémitisme
En Belgique,
Suite à une guerre importée
Chez nous,
Il y a le fameux
« Oui, mais… »
Qui nous est servi.
Hier matin,
J’ai découvert
Une autre réalité,
Dans une école primaire
De l’enseignement spécial,
Où je me suis rendu
Pour la première fois,
Dans le cadre de nos ateliers
www.shorashim.be
Ici, le « spécial »,
C’est que ces enfants
Ne vont pas chercher midi
À quatorze heures.
La souffrance
Et la discrimination,
Dues à leur handicap,
Ils les vivent au jour le jour,
Dans leur cœur
Et dans leur corps.
Ils nous comprennent,
Sans devoir ajouter
Les « oui, mais ».
Un élève me demande
Comment je parvenais à écouter
Les horreurs des camps,
Que ma mère me racontait
Depuis ma tendre enfance.
Tout est dit
Dans cette question.
La compassion que je trouve
Chez ces élèves « spéciaux »,
Je la cherche encore souvent
Chez leurs aînés, dits
« normaux ».
Jacques Frojmovics
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