À travers les slogans des manifestations lycéennes, Gilles Falavigna interroge moins une agitation passagère qu’un climat intellectuel : celui d’une jeunesse que certaines idéologies persuadent d’incarner seule le Bien, au risque de réhabiliter la violence politique et de rompre avec l’idée même de transmission.
Louis XVI on t’a décapité. Macron, on peut recommencer
Si la présence en force des drapeaux palestiniens lors des manifestations lycéennes ne laisse aucun doute quant à la violence antisémite des revendications, la place de cet antisémitisme pose question :
Est-il téléguidé par des officines idéologiques qui gravitent autour de LFI ou la société et les enfants de la République sont-ils vraiment antisémites ?
Le slogan retenu de la journée du 14 octobre, Louis XVI on t’a décapité. Macron, on peut recommencer, est un symptôme qui révèle un diagnostic.
La première réaction en entendant ces slogans doit être de contextualiser la mort de Louis XVI et sur plusieurs points.
Ces « jeunes » sont prétentieux et ignorants. La fainéantise est le hasard de ne pas avoir nommé le roi croix V baton mais 16. Nous le savons. Mais il est toujours intéressant d’analyser les slogans. Ils sont révélateurs.
Premier point, ils ne sont pas au pouvoir pour en décider et ne le seront certainement pas. Ils auront peut-être le pouvoir de trouver un boulot. Bonne chance!
Le slogan pourrait sembler bon enfant. Il ne l’est pas.
L’effet de masse de la rue donne des ailes. Il ne faut pas pour autant mésestimer le phénomène et les revendications d’appartenance derrière l’exaltation.
Deuxième point sur le slogan et en référence historique, Le culte de l’Être suprême, sous la révolution, accompagne la Terreur. Il est élevé en réaction à l’athéisme du culte de la Raison instauré de 1793 à 1794 par Hébert. Les Hébertistes sont guillotinés. L’athéisme était alors jugé en attitude aristocratique et contre-révolutionnaire. Hébert, ce « monstre subalterne » de la révolution. Le parallèle historique semble intéressant avec l’évolution mélenchoniste.
On trouve toujours plus pur que le pur pour l’épurer. Surtout, la terreur est bien l’intention politique de la Gauche. Il est nécessaire de relire Kampf um Berlin de Goebbels et de bien analyser comment le socialiste Hitler est arrivé au pouvoir.
Retour sur le devenir de Louis XVI. Jupiter peut-il être vu en monarque?
Durant la première année de la République, le débat tourne autour du devenir du Roi. Le procès de Louis XVI a lieu devant l’Assemblée et non devant un tribunal.
La formule de Robespierre est symptomatique de la primauté d’une considération morale : « si le Roi n’est pas coupable, alors ce sont ceux qui l’ont déchu qui le sont. »
La Gauche actuelle puise son mythe chez Robespierre, le dictateur incorruptible qui peut tuer par conformisme aux règles établies.
La Gauche est religieuse et religion.
Une des nombreuses clés de compréhension de l’idéologie gauchiste se trouve à l’époque de la Révolution.
Robespierre fonde sa propre église et en est le grand prêtre. Le culte de l’Être suprême est à la fois un culte religieux et un culte civique.
Pour Condorcet, « Robespierre est un prêtre et ne sera jamais que cela . »
Le même habit va très bien à Mélenchon.
Le thème religieux de la “Fin des Temps” marque la fin des “temps historiques”, c’est-à-dire la fin du temps de l’Injustice, de la Violence, de la Douleur et de la Misère de l’existence humaine.
Les temps messianiques sont ceux de la disparition de la nécessité de la loi au bénéfice d’une justice universelle immanente.
La Gauche est profondément puritaine, au sens de pureté. La gauche est détentrice du bien et de la vérité. Le militant est en mission guerrière pour l’apocalypse, apo kalupsis. C’est la remontée, dévoilement, de cette immanence cachée.
Oui, le palestiniste Macron pourrait bien finir pendu par les pieds par les idiots utiles que sont les nouveaux sans-culottes porteurs de couches. Ce sera sans procès. Pour rappel également, le jeunisme est fondamentalement du gauchisme.
Il n’y a pas vraiment de hasard à ce que la Gauche utilise les lycéens.
A l’instar de Greta Thunberg, dans laquelle ils se reconnaissent, les adolescents prennent la parole. Sa visite à St Denis est dans l’ordre des choses.
A l’ère de la communication numérique, les anciens n’ont rien à enseigner ou à apporter aux plus jeunes.
Toutes les discriminations ne sont pas égales.
L’âgisme n’est pas une mode. Si la tradition place l’aîné en situation d’être protégé, culture patriarcale, le rejet du patriarcat n’est pas le seul fait du progressisme. Le fascisme authentique, celui de Benito Mussolini était guidé par son hymne officiel : giovinezza !
Le patriarcat représente la protection. La jeunesse se voit invincible.
Pour l’historien et spécialiste du fascisme, Michel Ostenc, le fascisme repose sur une mystique de la jeunesse plus encore que sur celle du chef, le duce. Le mythe du duce est construit sur celui de la jeunesse. La violence est celle des jeunes. Elle est la vie. Les « Avant-garde » sont les organisateurs de la marche sur Rome.
Sur les cent cinquante mille adhérents du Parti National Fasciste, en 1921, quarante mille n’ont pas l’âge de voter et donc encore moins d’être élus.
L’attachement de Mussolini à la Jeunesse, véritable complicité entre le chef et les forces vives, construit la mystique fasciste.
Le culte de la jeunesse et de la force confèrent aux jeunes un statut de demi-dieux. Jamais le concept d’eugénisme n’a eu plus de sens.
Ces jeunes sont exaltés. Ils cultivent les valeurs de force et d’audace. « Ils haïssent la bourgeoisie qui usurpe la jouissance qui reviendrait de droit à la jeunesse » rapporte Michel Ostenc à partir de témoignages d’époque. D’autres témoignages expliquent que la supériorité fasciste provient de l’idéal des faisceaux, idéal que ne peuvent avoir leurs adversaires sous emprise des anciens.
On croirait lire une chronique de cette semaine!
Ils désirent l’affrontement comme un jeu. Ils ont l’insolence de leur âge qui a vocation à s’opposer à la médiocrité des anciens.
L’idée fasciste est simple : l’avenir est en péril et la nation ne peut compter sur des faibles anciens pour sauver le pays du désastre.
C’est exactement le discours gauchiste écologiste actuel. La nation s’est seulement transformée en planète.
Le rejet de ce qui vieillit est partie intégrante de l’eugénisme et du transhumanisme.
En premier lieu, l’âgisme se fonde sur l’extériorité, une laideur apparente. La vie se définit par la reproduction. Les personnes âgés ne sont ni dominantes, ni séduisantes. Elle sont déjà mortes.
Hayé Sarah ! La paracha nous enseigne qu’il n’y a de vie sans mort et réciproquement, d’une part.
Elle nous enseigne que le patriarcat commence avec le respect des morts pour cette raison.
Valoriser la personne âgée, lui reconnaître du pouvoir, c’est valoriser le patriarcat.
Le jeunisme est diamétralement opposé au patriarcat. Quelle est la référence de celui-ci? Elle est à Hébron, au tombeau des patriarches sans qu’il soit utile de développer davantage ou sinon d’établir un lien direct avec les drapeaux palestiniens.
Faire de l’âgisme, c’est également marginaliser les anciens par l’immigration, renforcer les actifs. Le comble de l’ironie est de trouver comme prétexte que cela permet de payer leur retraite. C’est aux vieux de culpabiliser puisque, par préjugé, la dialectique du progrès postule que les anciens sont réactionnaires et les jeunes sont révolutionnaires.
Agnès Echène, chercheuse en anthropologie culturelle à l’Université de Toulouse , parle de haine de la vieillesse.
Une dernière ironie du sort pour conclure le souhait des gamins de décapiter Macron est que Macron était sensé les représenter. Il était le jeune, si jeune que son épouse est une vieille enseignante, rappel d’un fantasme de collégien.
Les mots choisis pour décrire une situation auront souvent, pour conforter une sensation, traits aux sens avec en premier lieu ce qui est nauséabond. L’odeur est l’antithèse d’un Gauchisme qui se veut esthétique.
Si le Bien s’oppose au Mal, le laid marquerait le mauvais goût. Il n’est pas trop celui de cette jeunesse gauchiste alors le beau s’opposera au malodorant car il ne se voit pas. Le laid appartient à l’abstrait. La laideur est une disgrâce sociale. Elle est dans les apparences.
Pour s’opposer à des valeurs qui semblent attractives, leur description doit dévoiler ce qui est souterrain.
La pensée gauchiste épouse le mythe de Thersite le démagogue pour qualifier ses adversaires. C’est un beau parleur mais il est lâche. Il est laid. Il représente également la démesure, celle qui doit être punie.
Thersite a tout de vieux et il en a l’odeur, rapporte la littérature grecque antique. Mais c’est par tous les sens que se décrit la laideur.
Les plateaux télé invitent les jeunes à s’exprimer. Il y a cette jeune Louise, membre du RN. Les commentaires ne parlent que de sa laideur.
Le slogan de couper la tête de Macron est un concentré de l’idéologie gauchiste.


