Il y a la colère des jeunes. Et il y a ceux qui prétendent parler en leur nom. Marc Hellebroeck leur adresse cette lettre, beaucoup plus âpre qu’à son habitude. Un texte sur la responsabilité des adultes, l’instrumentalisation politique et cette limite qui devrait demeurer infranchissable : la vie d’un enfant ne peut être le matériau d’aucune stratégie. Publié initialement par Rupture, il est repris ici, avec l’accord de son auteur, dans son intégralité.
Tu représentes l’avenir de ce pays et tu es écœuré(e) par le manque de moyens de ton établissement scolaire.
Tu as raison.
Ton indignation est justifiée.
Je comprends ta colère.
Ce manque de moyens est d’autant plus insupportable que ceux qui nous gouvernent dépensent des milliards et des milliards pour une guerre qui ne te concerne pas.
Cela ne te consolera pas, mais tu n’es pas seul(e) à souffrir.
Nos anciens souffrent aussi et meurent dans des EHPAD sans climatisation.
Nos malades agonisent sur des brancards au milieu d’un couloir, dans des services d’urgences surchargés où médecins et infirmières sont poussés aux limites de la résistance humaine.
Quant à nos frères Français d’Outre-Mer, ils sont abandonnés : ainsi, presque deux ans après le cyclone qui a ravagé Mayotte, de nombreux Mahorais survivent toujours sans eau courante…
Ma chère fille, mon cher fils…
Je te dois cependant la vérité, car mentir à ses enfants, c’est les mépriser et les juger trop bêtes pour comprendre le réel.
Je dois donc te dire avant tout que ceux qui t’encouragent à dégrader ton lycée ou ton université et à manquer des cours pour participer à des émeutes ne veulent pas ton bien.
Ils souhaitent, au contraire, que tu demeures le plus proche possible de l’illettrisme. En effet, un illettré est bien plus facile à manipuler politiquement qu’un individu doué d’esprit critique qui a bénéficié d’une instruction solide et ininterrompue.
Incendier une poubelle et danser autour du feu en compagnie d’un élu qui, lui, possède de sérieux diplômes universitaires, ne te donnera pas le Bac.
Oui, tu es manipulé.
À l’approche de l’élection présidentielle, tu es manipulé pour servir l’agenda politique de l’extrême gauche, qui a besoin du chaos pour s’emparer du pouvoir par la force.
Je vais te dire ce qui va se passer, ce qui se produit déjà.
Des syndicats, associations ou groupuscules satellites de LFI vont t’inciter à toujours plus de blocages d’établissements, à toujours plus de dégradations et à des affrontements de plus en plus violents avec les forces de l’ordre.
Et si tu te contentes de manifester pacifiquement, les paramilitaires miliciens ultraviolents appelés « antifas » provoqueront la police et les CRS jusqu’à ce qu’il y ait une riposte.
Cette riposte, c’est toi qui la prendras de plein fouet, car les « antifas » seront alors partis.
Comme d’habitude.
Ma chère fille, mon cher fils…
Ce qui est recherché, ce qui est espéré, ce qui risque d’arriver, c’est une victime.
Une victime défigurée, énuclée ou mutilée par un LBD.
Peut-être même tuée.
Cette victime, je ne veux pas que ce soit toi.
Après ta mort, ce sera l’embrasement et la justification pour toutes les violences.
En ton nom.
Tu ne veux pas que cela se termine ainsi, j’en suis sûr.
Tu es souvent de gauche ou d’extrême gauche. Les injustices te révoltent. C’est bien.
Cela prouve que, dans ce monde du néolibéralisme triomphant et malgré ta fascination pour le dernier iPhone, tu as quand même su garder du cœur et de l’empathie.
Mais la gauche d’aujourd’hui n’est plus la gauche de Jaurès et, si Blum vivait encore en 2026, l’extrême gauche le traiterait de « sioniste »…
L’extrême gauche d’autrefois dénonçait le capitalisme qui exploitait la vie des prolétaires.
L’extrême gauche d’aujourd’hui cherche juste à exploiter politiquement ta mort.
Ma chère fille, mon cher fils…
Les mouvements totalitaires ont besoin d’un sacrifice humain pour s’imposer au pouvoir. L’extrême gauche veut sacrifier un lycéen ou un étudiant pour en faire un martyr de sa cause. Ce sacrifice, l’extrême centre au pouvoir peut le lui offrir.
Alors, je t’en supplie.
Ne donne pas à un chef de l’État, qui a déjà fait verser le sang des adultes pendant la légitime révolte des Gilets Jaunes, le prétexte d’exercer de nouveau sa cruauté, cette fois sur tes copains et toi.
Ne permets pas non plus à un vieillard haineux et millionnaire, allié idéologique de l’extrême droite islamiste, de se servir de ton corps martyrisé comme marchepied pour accéder au trône et établir sa tyrannie.
Ton intégrité physique et ta vie valent infiniment plus que l’ambition de sordides et cyniques politicards.
Ton papa qui t’aime.
M. H.
Texte publié initialement dans Rupture. Reproduit sur Habayta avec l’aimable autorisation de Marc Hellebroeck.



