Chez Jacques Frojmovics, même les poissons ont une généalogie. Une sole devient le « Moïshe Rabeynou Fisch », une carpe règne chez le poissonnier Lazarovic et un merlu se promène sous un nom venu du flamand. Souvenirs d’enfance, yiddish, légendes des Carpates et gourmandise : aujourd’hui, le billet nage en eaux très ashkénazes.
Moïshe Rabeynou
Fisch.
J’adorais cette appellation
dont ma mère affublait
la sole
qui nous était servie
avec parcimonie
lorsque nous étions
Gott bahitt,
que Dieu nous protège,
malades.
Car ce poisson était
réputé délicat
et donc approprié
aux cas de grande faiblesse.
Un peu comme la poule
qu’on sert lorsque
le patient,
ou l’animal,
est malade.
Bref,
le nom juif de ce poisson
remontait aux légendes
des communautés juives
des Carpates :
Moïse,
en scindant
la mer Rouge,
aurait en même temps
tranché certains poissons
au passage.
Mais l’article le plus vendu
par notre voisin,
le poissonnier Lazarovic,
était bien entendu
la carpe.
Mais aussi ce poisson
au nom fleurant le péché :
le Moïemaïden,
variante yiddishisée
de mooie meiden,
« jolies filles »
en flamand.
Qui, en fait,
n’est qu’un merlu.


