Rencontre
À Auschwitz
Dans la boue,
La puanteur des cadavres.
Plus tard, dans
Les camps de travail,
Seize heures d’esclavage,
Suivies de
Huit heures,
De repos
Jour
Et nuit.
Elle s’écroulait
Sur sa paillasse
Et dormait
La tête posée
sur sa
Croûte de pain
De peur des vols
Et de manger encore
Moins le lendemain
Elle pensait
Très souvent
À son fiancé.
Ils s’étaient promis
De se retrouver à Budapest
Après la guerre.
Bien sûr,
Comment espérer
Retrouver qui que ce soit,
Après avoir vu
Des générations entières,
Passer
Par les cheminées
De Birkenau
Et pourtant
Au détour d’une ruelle
De cette grande ville,
Persuadée d’être
Seule au monde,
Elle a retrouvé
Son fiancé.
Mon père.
Jacques Frojmovics
Jacques Frojmovics, quelques lignes et tout un monde
Il lui suffit de quelques lignes. Un mot yiddish, un souvenir familial, une indignation, une absurdité de notre temps, et Jacques Frojmovics en fait un billet.
Depuis longtemps, il écrit ainsi : court, léger souvent, grave parfois, drôle presque toujours jusque dans la gravité. Une écriture à pas comptés, qui semble ne pas y toucher et touche pourtant juste.
Fils de survivants de la Shoah, engagé aujourd’hui dans la transmission de leur histoire auprès des jeunes générations, il sait mieux que beaucoup ce que les mots peuvent porter de mémoire. Mais il sait aussi qu’une mémoire vivante ne se récite pas : elle observe le présent, s’en amuse, s’en inquiète, le rappelle parfois à l’ordre.
Chez lui, un krekhts peut raconter le peuple juif, un Kaddish sauver une vie, et quelques lignes sur les réseaux sociaux devenir une leçon de dignité.
Habayta garde précieusement cette voix-là.
Le billet de Jacques Frojmovics : quelques lignes, chaque jour ou presque, pour sourire, se souvenir, s’agacer — et penser.




La force du destin.
Tres emouvant