À Trappes, Emmanuel Macron dénonce un attentat terroriste raciste et parle d’une « première fois » dans l’histoire de notre pays. Mais le 19 mars 2012, à Toulouse, trois enfants et un enseignant étaient assassinés parce qu’ils étaient juifs. Le président de la République leur avait lui-même rendu hommage. Comment comprendre, dès lors, les mots prononcés ce soir ?
Ce vendredi 23 octobre, Emmanuel Macron s’est rendu à Trappes, où une attaque à caractère raciste a fait un mort et plusieurs blessés, dont une enfant.
Sa présence auprès des victimes, des familles et des habitants est légitime. Sa condamnation de la haine raciale est nécessaire.
Mais une phrase prononcée par le président de la République appelle une réponse.
Évoquant un « tournant », Emmanuel Macron a déclaré que c’était « la première fois » qu’un acte terroriste était planifié pour tuer des Français en raison de leur couleur de peau ou de leur religion supposée.
La première fois, Monsieur le Président ?
Le 19 mars 2012, devant l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse, Mohamed Merah assassinait Jonathan Sandler, ses deux fils Gabriel, trois ans, et Arié, cinq ans, ainsi que Myriam Monsonégo, huit ans.
Ils ont été assassinés parce qu’ils étaient juifs.
En janvier 2015, quatre autres Français étaient assassinés à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, parce qu’ils étaient juifs.
Ces attentats appartiennent à l’histoire de France.
Et cette histoire, Monsieur le Président, vous la connaissez.
Le 20 mars 2022, vous étiez à Toulouse, aux côtés du président israélien Isaac Herzog, pour commémorer les dix ans des attentats de Mohamed Merah.
Vous aviez nommé les victimes. Vous aviez évoqué les enfants, leurs âges, leur innocence, leur mort. Vous aviez rappelé la violence du fanatisme islamiste et de l’antisémitisme.
Vous aviez même déclaré :
« Nous n’avons pas baissé la tête. »
Ce soir, à Trappes, vous avez de nouveau appelé les Français à ne pas baisser la tête.
Ces mots ont une histoire. Vous l’avez vous-même portée.
Alors, comment comprendre cette « première fois » ?
Peut-être entendiez-vous désigner une forme particulière de terrorisme raciste, différente des attentats antisémites islamistes qui ont frappé notre pays. Si tel était le sens de vos paroles, il fallait le préciser.
Car, sans cette précision, la formule est historiquement inexacte.
Il ne s’agit pas d’opposer les victimes de Trappes à celles de Toulouse. Ni de comparer les douleurs, encore moins de contester la solidarité nationale due aux familles frappées aujourd’hui.
Il s’agit de rappeler une exigence élémentaire : la mémoire républicaine ne commence pas avec la dernière tragédie.
Le président de la République ne parle pas seulement au nom de l’émotion du moment. Il parle au nom d’une nation, de son histoire et de tous ses morts.
Les enfants de Toulouse appartiennent à cette histoire. Ceux de Trappes, frappés aujourd’hui par la violence raciste, y appartiennent aussi.
Il ne peut y avoir de concurrence entre eux. Il ne doit pas davantage y avoir d’oubli.
Monsieur le Président, Toulouse n’était pas une autre France. C’était déjà la nôtre.
Sarah Cattan
HaBayta — 23 octobre 2026
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