Il y a des langues qui racontent le monde jusque dans leurs racines. Jacques Frojmovics en déterre une, en hébreu : mourkav, « compliqué ». Et découvre, au fond même de la difficulté, quelque chose qui avance et qui porte. De quoi, malgré tout, choisir l’optimisme.
Mourkav
Ce qui me fait plaisir
En lisant l’hébreu
C’est la multitude
Des sens qu’on peut
Trouver dans les mots
En se retenant littéralement
À leurs racines
Un exemple
Qui m’interpelle
Particulièrement
Est le mot
“Compliqué”
Qui se dit
“ Mourkav”
En hébreu
Ces dernières années
Nouzôtres, dans le sens
Large du terme
On a passé
Des temps difficiles
Ce qui est un
Understatement
Comme disent les
Grands bretons
En bien, en hébreu
dans la presse
Des difficultés, voire
Des catastrophes
sont souvent
exprimées en terme
De “mourkav”
Alors, Yankele
Accouche
Où veux-tu en venir ?
En déterrant la racine
Du mot
On découvre
“ Rekhev”
C’est à dire,
Une voiture,
Un engin
Qui avance
Et qui porte.
Comment ne pas être
Optimiste
Dans cette ambiance
Verbale ?
Jacques Frojmovics
Jacques Frojmovics, quelques lignes et tout un monde
Il lui suffit de quelques lignes. Un mot yiddish, un souvenir familial, une indignation, une absurdité de notre temps, et Jacques Frojmovics en fait un billet.
Depuis longtemps, il écrit ainsi : court, léger souvent, grave parfois, drôle presque toujours jusque dans la gravité. Une écriture à pas comptés, qui semble ne pas y toucher et touche pourtant juste.
Fils de survivants de la Shoah, engagé aujourd’hui dans la transmission de leur histoire auprès des jeunes générations, il sait mieux que beaucoup ce que les mots peuvent porter de mémoire. Mais il sait aussi qu’une mémoire vivante ne se récite pas : elle observe le présent, s’en amuse, s’en inquiète, le rappelle parfois à l’ordre.
Chez lui, un krekhts peut raconter le peuple juif, un Kaddish sauver une vie, et quelques lignes sur les réseaux sociaux devenir une leçon de dignité.
Habayta garde précieusement cette voix-là.
Le billet de Jacques Frojmovics : quelques lignes, chaque jour ou presque, pour sourire, se souvenir, s’agacer — et penser.


