Le 5 septembre 1972, onze membres de la délégation israélienne aux Jeux olympiques de Munich furent assassinés. Cinquante-quatre ans plus tard, leurs noms demeurent — et avec eux, le souvenir d’un monde qui reprit trop vite sa marche.
Cinquante-quatre ans après l’assassinat de onze membres de la délégation israélienne aux Jeux olympiques de Munich, il ne suffit pas de dire que nous nous souvenons. Il faut se rappeler aussi combien de temps il fallut au mouvement olympique pour leur accorder cette minute de silence que leurs familles réclamaient. Et comment, après trente-quatre heures à peine, les Jeux avaient repris.
À 4 h 30 du matin, le 5 septembre 1972, huit hommes armés franchissent la clôture du village olympique de Munich.
Ils appartiennent à Septembre noir, organisation terroriste palestinienne. Ils se dirigent vers le 31 Connollystraße, où loge la délégation israélienne.
Ils sont venus chercher des Israéliens. Pas sur un champ de bataille. Pas dans une caserne.
Aux Jeux olympiques.
Des hommes venus courir, lutter, soulever des poids, entraîner, arbitrer.
Moshe Weinberg, entraîneur de lutte, tente de résister. Il est abattu.
Yossef Romano, haltérophile, tente lui aussi de s’opposer aux assaillants. Il est tué.
Neuf autres membres de la délégation sont pris en otage.
Commencent alors des heures d’une tragédie suivie en direct par le monde entier. Les terroristes exigent notamment la libération de prisonniers détenus en Israël. Les négociations échouent. Les autorités allemandes organisent finalement un transfert vers la base aérienne de Fürstenfeldbruck, où elles pensent pouvoir libérer les otages.
L’opération est un désastre.
Dans la nuit du 5 au 6 septembre, les neuf otages israéliens sont tués. Un policier ouest-allemand, Anton Fliegerbauer, meurt également. Cinq des huit terroristes sont abattus.
À la fin, ils sont onze.
Onze membres d’une délégation olympique venus représenter Israël.
David Berger
Eliezer Halfin
Ze’ev Friedman
Yakov Springer
Amitzur Shapira
Kehat Schor
Mark Slavin
Andrei Spitzer
Moshe Weinberg
Yossef Romano
Yossef Gutfreund
Et les Jeux reprirent
C’est peut-être cela aussi qu’il faut raconter, cinquante-quatre ans plus tard. Les Jeux avaient d’abord continué pendant la prise d’otages. Ils furent finalement suspendus. Une cérémonie à la mémoire des victimes eut lieu dans le stade olympique.
Puis le Comité international olympique décida de reprendre les compétitions.
Trente-quatre heures d’interruption seulement.
Le président du CIO, Avery Brundage, prononça alors les mots restés dans l’histoire :
« The Games must go on. » Les Jeux doivent continuer.
On peut entendre ce choix comme le refus de laisser le terrorisme vaincre. On peut aussi, cinquante-quatre ans après, entendre tout ce qu’il eut de glacial.
Onze hommes venaient d’être assassinés parce qu’ils étaient membres de la délégation d’Israël. Et la grande fête du sport mondial recommençait.
Quarante-neuf ans pour une minute de silence
Il y eut ensuite une autre histoire: celle des familles. Pendant des décennies, elles demandèrent qu’une minute de silence soit observée pendant une cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques en mémoire des onze de Munich. Pendant des décennies, cette demande ne fut pas satisfaite. Il fallut attendre Tokyo, le 23 juillet 2021, quarante-neuf ans après le massacre, pour que les onze Israéliens soient enfin explicitement évoqués au cours d’une cérémonie d’ouverture et qu’un moment de silence leur soit consacré.
Quarante-neuf ans. Il faut laisser ce chiffre exister.
Onze noms
Cinquante-quatre ans ont passé. Le visage du terrorisme a changé. Ses organisations ont changé de nom. Ses théâtres d’opération ont changé. Mais certaines scènes traversent le temps. Des Juifs et des Israéliens assassinés. Puis la tentation, autour d’eux, de retourner très vite à l’ordre du monde.
Voilà pourquoi, à HaBayta, nous ne voulions pas simplement écrire : « Nous ne les oublions pas. »
Nous voulions redire leurs noms.
Parce qu’ils avaient des noms avant de devenir « les onze de Munich ».
David Berger.
Eliezer Halfin.
Ze’ev Friedman.
Yakov Springer.
Amitzur Shapira.
Kehat Schor.
Mark Slavin.
Andrei Spitzer.
Moshe Weinberg.
Yossef Romano.
Yossef Gutfreund.
Le 5 septembre 1972, ils étaient aux Jeux olympiques.
Le lendemain, ils étaient morts.
Zakhor.




Wainberg été un ami de mon père