À Venise, vingt-cinq minutes d’ovation pour NAZA. Nidra Poller regarde moins le film que la salle qui l’acclame : ce moment où l’accusation d’Israël devient spectacle, où la dénonciation se fait communion, et où l’Israélien ne semble retrouver droit de cité qu’à condition d’accuser les siens. Face à cette scène, elle oppose une autre image : celle d’une synagogue presque vide, d’un peuple rassemblé autour d’un texte, et du shofar qui rappelle qu’il est toujours là.
Gli glitterati ont adoré
Nidra Poller
Paris le 13 septembre 2026 2 tishri 5787
Standing ovation de 25 minutes à la Mostra pour NAZA
En recueillant les fruits de son geste, Yuval Abraham, co-réalisateur du documentaire NAZA, a déclaré (solennellement, je l’imagine) : « Dans les 10 jours depuis le début du festival, Israël a tué au moins six enfants à Gaza ». En gros, c’est du blood libel. Et la foule a adoré.
J’ai mal dormi cette nuit. Au lieu d’entendre en rêve la beauté des chants de Rosh Hashana qui m’ont percé l’âme samedi matin à la synagogue de la rue Pavée, je passais en revue ce beau monde ravi d’entendre nommer, au 25e anniversaire de l’attentat jihadiste de 9/11, le mal du siècle : Israël génocidaire.
Depuis la vente de la yeshiva en face, la synagogue ashkenaze de mes racines se vide. « C’est un monde disparu », j’ai dit aux très chères à mes côtés … « qui existe toujours ». Et le chant du chazan et des hommes en talith se lève avec une force invincible. Liturgie d’une beauté absolue. Et les sefer torah qu’on dévoile, qu’on renferme et mon cœur qui se soulève. J’appartiens à un peuple qui adore un livre. Pas d’objets en or, pas d’idoles. Un texte. Un texte d’une profondeur telle, qu’on le lit et le relit du début à la fin, année après année, sans jamais en épuiser l’enseignement.
Alors que, dans la cité des doges, les voix frelatées qui accusent et condamnent Israël-criminel de « meurtre systémique, de tuerie de masse, de déshumanisation des Palestiniens » apportent au public une joie inouïe. Mais, si c’était vrai, s’ils y croyaient honnêtement, ils auraient été cloués à leurs sièges, paralysés de peur et incapables de dire un mot. Non ! Ils étaient debout, comme des tifosi dans un stade de foot, à applaudir à tout rompre. Quoi ?
Quel courage, non ? De trouver 24 anonymes sortis (ou pas) des rangs des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui risquent leur vie l’dor v’dor, de génération en génération, pour que notre peuple ne subisse plus jamais de génocide. Quel courage, dans l’écrin magnifique de Venezia, dans notre Europe où la jeunesse n’assume pas cette terrible responsabilité, où la pensée n’a même pas commencé à réfléchir sur le devoir de nous défendre militairement, où est le courage d’apprendre que des gens comme nous, des gens bien et bienveillants, des gens cultivés, évolués, éclairés, doivent tuer pour ne pas être exterminés ? Et que ce n’est pas beau et on n’aime pas le faire et, malgré tous les efforts héroïques, on ne peut pas toujours le faire sans faute. Si c’était pour apprendre cela à partir de témoignages éloquents, on ne se lèverait pas pour taper dans les mains comme des bébés qui découvrent le monde. On serait atterrés. Ce serait insupportable.
C’est cela, le courage ? D’être fier d’entendre--en contre-chant d’un film qui ose s’appeler NAZA et en prétexter une raison-- que rien n’impose cette action militaire qui déborde, quoi qu’on fasse, sur des civils et, plus encore qu’on ne le veuille, parce que l’ennemi utilise ses morts civils comme arme de destruction massive … des nôtres. Où est le courage de reconnaître en trois dimensions la menace qui frappe là et là et encore là et ici et maintenant et depuis longtemps et toujours ? Car la liberté est à ce prix.
Le Hollywood Reporter a bien compris : Le film inspire un dégoût profond pour le régime israélien en place. Le Hollywood Reporter ne se souvient pas, sans doute, du profond dégoût pour le « régime » d’Ariel Sharon qui osait défendre son peuple contre le jihad de l’an 2000. C’est lui qui a décidé, en 2005, du retrait total de Gaza. Léguant, on pourrait dire, le lot de dégoût profond à Benjamin Netanyahou.
Meuh, nous aussi, dégoût profond du régime actuel… « d’interdit aux Juifs et aux Israéliens ». Interdits au salon de ceci, à la foire de cela, aux concours, aux manifestations pour les droits de quiconque, aux facultés, aux quartiers, aux publicités, aux génériques et, surtout, à la scène. Pas le droit de chanter, de jouer, d’interpréter ou de présenter son œuvre sauf, sauf à connaître la clé magique, le coup de NAZA, alors là, toutes les portes te sont ouvertes.
Jusqu’à nouvel ordre.
Je vais aller écouter le shofar. Je vous laisse avec mon amico grandissimo Emmanuel Navon, ambassadeur d’Israël près du Japon. « You can cross out my photograph but you cannot erase my people


