« Ne nous trahis pas. » Rom Braslavski interpelle directement Gadi Eisenkot et lui demande de refuser une alliance avec ceux qu’il qualifie de soutiens du terrorisme et auxquels il reproche de ne pas condamner le Hamas. En invoquant les survivants de la captivité, les familles endeuillées et les électeurs, l’ancien otage pose une limite aux compromis politiques : « Pas à n’importe quel prix. »
Le 7-Octobre ne s’arrête pas au retour des otages
« Ne nous trahis pas. » L’appel de Rom Braslavski à Gadi Eisenkot dépasse les négociations politiques israéliennes. Il nous interroge aussi, en France et en Europe : quelle place accordons-nous à la parole des survivants lorsqu’elle vient déranger nos alliances, nos discours et notre désir de tourner la page ?
Par Sarah Cattan
« Eisenkot, je te le demande. Pour moi. »
Ainsi commence le message de Rom Braslavski. Quelques mots adressés à un responsable politique. Puis viennent les autres : les survivants de la captivité, les familles endeuillées, ceux qui ont voté. Et cette demande : « Ne nous trahis pas. »
Enlevé à dix-neuf ans au festival Nova le 7 octobre 2023, libéré le 13 octobre 2025 après 738 jours de captivité, Rom Braslavski parle depuis une expérience dont nous pouvons recueillir le récit sans prétendre en mesurer l’étendue. www.timesofisrael.com Dans le texte hébreu de son message, il demande à Gadi Eisenkot de ne pas s’allier à ceux qu’il accuse de soutenir le terrorisme et de ne pas condamner le Hamas. Il termine : « La politique — pas à n’importe quel prix. »
On peut discuter sa formulation. On doit distinguer les partis, leurs dirigeants et leurs déclarations. On ne saurait attribuer à l’ensemble des citoyens arabes d’Israël une responsabilité collective dans les crimes du Hamas et l’égalité politique des citoyens ne dépend pas de leur origine.
Mais ces exigences de précision ne dispensent pas de répondre à la question posée. Après le 7-Octobre, qu’est-ce qui engage encore ?
Écouter les survivants jusqu’au bout
Nous avons demandé que les otages reviennent. Nous avons porté leurs visages, prononcé leurs noms, compté les jours. Leur libération devait les rendre aux leurs et leur rendre leur liberté.
Cette liberté comprend celle de parler. De témoigner, bien sûr. Mais aussi de juger, de contester, de se tromper éventuellement, de prendre part à la vie politique. Un ancien otage ne nous doit ni le silence ni une parole conforme à nos attentes.
Il existe une manière commode d’accueillir les survivants : les écouter lorsqu’ils racontent leur souffrance, puis leur demander implicitement de s’effacer lorsqu’ils en tirent des conclusions. Leur expérience serait recevable dans une cérémonie, moins bienvenue dans une discussion sur les responsabilités ou les alliances.
Ce partage mérite d’être interrogé. La souffrance ne confère aucune infaillibilité politique. Rom Braslavski ne parle pas au nom de tous les survivants, dont les convictions peuvent différer profondément. Mais sa parole ne peut pas davantage être réduite à une émotion que les gens raisonnables attendraient de voir passer.
Lorsqu’il dit « pas à n’importe quel prix », il formule une exigence politique. Elle appelle une réponse politique.
Que signifie condamner le 7-Octobre ?
La question dépasse Israël. En France comme ailleurs en Europe, nous devons pouvoir demander ce que recouvre une condamnation du 7-Octobre. Quels actes condamne-t-on ? À qui en attribue-t-on la responsabilité ? Quelle appréciation porte-t-on sur l’organisation qui les a préparés et perpétrés ?
Ces questions ne sont pas interchangeables. On peut condamner le meurtre des civils tout en refusant de nommer les responsables. On peut reconnaître une atrocité puis la présenter comme une conséquence presque mécanique des événements qui l’ont précédée. On peut prononcer les mots attendus et continuer à ménager politiquement ceux qui justifient la violence.
À l’inverse, la rigueur oblige à reconnaître les condamnations effectivement exprimées. Mansour Abbas, dirigeant de Raam, a publiquement condamné les massacres du 7 octobre. Il serait faux de l’effacer du débat. Cela laisse entière la possibilité d’examiner ses autres déclarations et ses positions sur le Hamas. www.timesofisrael.com
C’est précisément cette rigueur qu’il faut réclamer partout : des paroles identifiables, des responsabilités nommées, des engagements examinés. Elle permet de sortir des accusations collectives comme des brevets de respectabilité distribués sur la foi d’une phrase.
La France est concernée
Nous ne sommes pas les spectateurs lointains d’un débat israélien. Le 7-Octobre nous oblige à examiner nos propres critères. Ceux des partis lorsqu’ils concluent des accords. Ceux des associations lorsqu’elles choisissent leurs partenaires. Ceux des universités et des institutions culturelles lorsqu’elles décident quelles paroles elles accueillent et quelles intimidations elles tolèrent.
La défense des civils palestiniens est légitime. La critique du gouvernement israélien l’est aussi. Elles n’exigent aucune indulgence envers les auteurs du massacre ni envers la prise d’otages.
Il devrait être possible de soutenir les droits des Palestiniens et de reconnaître pleinement ce qui a été fait aux Israéliens le 7 octobre. Il devrait être possible de débattre de la guerre sans transformer les victimes du massacre en accusés sommés de répondre de toutes les décisions de leur gouvernement.
Lorsque cette possibilité disparaît, quelque chose de grave se produit dans le débat public : l’identité des victimes détermine les conditions auxquelles leur souffrance sera reconnue.
Nous devons refuser cette sélection.
Une mémoire qui oblige
Commémorer engage peu si la commémoration reste sans conséquence sur nos jugements. On peut honorer les morts une fois par an et esquiver, le reste du temps, les discours qui légitiment leur assassinat. On peut réclamer le retour des captifs et devenir impatient dès qu’ils prennent la parole. On peut célébrer leur courage et leur reprocher de troubler les arrangements des vivants.
L’appel de Rom Braslavski vient heurter cette facilité. Il ne dicte pas à lui seul une coalition. Il ne tranche pas toutes les questions de la démocratie israélienne. Il rappelle cependant qu’une majorité se juge aussi aux engagements sur lesquels elle se construit et aux concessions qu’elle accepte.
Cette question vaut pour Israël. Elle vaut pour nous. Quels propos considérons-nous comme rédhibitoires ? Quelles justifications de la violence acceptons-nous de laisser passer pour préserver un accord, une mobilisation, une proximité politique ? Et pourquoi les exigences que nous affirmons avec force deviennent-elles parfois négociables lorsque les victimes sont juives ?
Ce sont des questions auxquelles une société démocratique doit pouvoir répondre clairement. Le retour d’un otage clôt sa captivité. Il n’efface pas ce qu’il a subi. Il ne met pas fin à notre responsabilité d’entendre ce qu’il en dit.
« Pour moi », écrit Rom Braslavski. Nous pouvons commencer par là : reconnaître un homme qui nous parle, écouter ses mots avec précision et accepter qu’ils aient une place dans le débat. Puis examiner ce qu’ils nous demandent.
Après le 7-Octobre, quelles limites sommes-nous encore capables de tenir ?



Eisencot a reussi un parcours remaquable depuis un ans , mais le voila dans la nasse .
Pactiser avec les barbares qui ont tué son fils ou .......m