À la tribune de l’ONU, Benjamin Netanyahou n’a pas seulement dressé le bilan de trois années de guerre. De 1967 au 7-Octobre, de Yoni Netanyahou à l’Iran, de Gaza à la bataille mondiale des récits, il a construit son discours autour d’une phrase prononcée par son frère près de soixante ans plus tôt : « Nous allons gagner. Nous n’avons pas d’autre choix. » HaBayta a choisi de raconter ce discours plutôt que d’en publier les trente-sept minutes in extenso.
La salle se vide.
Benjamin Netanyahou n’a pas encore commencé son discours que des dizaines de délégués quittent l’Assemblée générale des Nations unies.
Il les regarde partir.
Et ses premiers mots sont pour eux :
« S’il reste encore dans cette salle des lâches moraux qui n’en sont pas sortis, faites-le maintenant. »
Le ton est donné.
Mais ce jeudi 24 septembre, à New York, le Premier ministre israélien ne commence véritablement son discours ni par Gaza, ni par le 7-Octobre, ni même par ceux qui viennent de lui tourner le dos.
Il commence par l’Iran.
La ligne rouge
Quatorze ans plus tôt, rappelle-t-il, il se tenait à cette même tribune et dessinait devant le monde une ligne rouge censée figurer le seuil à ne pas laisser franchir au programme nucléaire iranien.
En 2026, Netanyahou revient dire à l’ONU que cette ligne, Israël l’a tenue.
Détruire les installations nucléaires iraniennes, affirme-t-il, fut extrêmement difficile militairement mais constitua pour lui « l’une des décisions les plus faciles » qu’il ait eu à prendre comme Premier ministre.
Puis vient la première accusation d’hypocrisie adressée à la salle : certains des pays dont les représentants viennent de quitter l’Assemblée, assure-t-il, remercient Israël en privé pour ce qu’il a fait contre l’Iran.
Mais ce n’est encore que le prélude.
Car Netanyahou remonte soudain près de soixante ans en arrière.
Dans les orangeraies de Ramle
Juin 1967.
Israël attend la guerre.
Netanyahou raconte qu’il est alors lycéen à Philadelphie. Cinq jours avant le déclenchement de la guerre des Six Jours, il rentre en Israël.
Le pays vit dans le black-out. Des fosses sont préparées dans la perspective de milliers de morts.
Son frère Jonathan — Yoni — a 21 ans. Officier parachutiste, il est mobilisé avec son unité dans les orangeraies des environs de Ramle.
Benjamin part à sa recherche.
Au bout d’une rangée d’arbres, il l’aperçoit.
Les deux frères s’embrassent. Autour d’un café militaire improvisé, Benjamin pose à Yoni la question que, selon son récit, tout le pays se pose :
Que va-t-il se passer ?
Yoni marque une pause.
Puis répond :
« Nous allons gagner. Nous n’avons pas d’autre choix. »
C’est la phrase autour de laquelle tout le discours va désormais s’organiser.
Neuf ans plus tard, Yoni Netanyahou commande l’unité d’assaut envoyée à Entebbe pour délivrer les passagers d’un avion détourné. Les otages sont ramenés en Israël. Yoni est le seul soldat israélien tué au cours de l’assaut.
À New York, son frère revient à ses mots :
« Nous allons gagner. Nous n’avons pas d’autre choix. »
Puis vient le 7-Octobre
Le récit change d’époque.
7 octobre 2023.
Netanyahou rappelle les quelque 1 200 personnes tuées lors de l’attaque du Hamas et décrit les massacres, les enlèvements et les violences commises ce jour-là.
Il insiste sur un point qui structure depuis longtemps son argument politique : Israël s’était retiré de Gaza ; aucun soldat ni civil israélien ne s’y trouvait lorsque le Hamas a franchi la frontière.
Puis il élargit la focale.
Trois années de guerre.
Sept fronts, énumère-t-il : Hamas, Hezbollah, Houthis, Iran, milices en Irak, milices en Syrie et groupes armés palestiniens en Judée-Samarie.
À ceux qui avaient parié sur l’effondrement d’Israël après le 7-Octobre, il oppose le bilan militaire qu’il revendique : le Hamas durement frappé, l’arsenal du Hezbollah largement détruit, ses dirigeants éliminés, l’Iran frappé avec les États-Unis.
Et une formule, encore :
« Nous ne nous sommes pas effondrés. »
« Je dis cela à Emmanuel Macron »
Puis Netanyahou quitte les grandes cartes stratégiques pour nommer deux hommes.
Le premier est Netanel Shukrun, Français et Israélien, père de six enfants, tué quelques jours auparavant en Judée-Samarie alors qu’il se trouvait près d’une source avec son fils de 16 ans.
Netanyahou rapporte ses derniers mots à son fils :
« Fuis. Sauve-toi. »
Et il précise :
« Je dis cela à Emmanuel Macron. »
L’allusion est directe. Netanyahou reproche aux dirigeants occidentaux de concentrer leur attention sur les violences commises par des extrémistes israéliens en Judée-Samarie tout en accordant, selon lui, beaucoup moins de place aux attentats palestiniens.
Il évoque ensuite Neria Leiter, réserviste israélien, père de quatre enfants et fils de l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis Yechiel Leiter, grièvement blessé dans un attentat.
Trois ans auparavant, un autre fils de Yechiel Leiter, Moshe, père de six enfants, avait été tué à Gaza.
Netanyahou raconte avoir rencontré la famille avant de prendre l’avion pour New York.
Et il reprend une phrase écrite par Neria avant l’attentat :
« Nous n’avons pas d’autre pays. C’est un privilège de le défendre. »
Le motif revient.
Toujours le même.
Le huitième front
Après les sept fronts militaires, Netanyahou en ouvre un huitième.
Celui-ci n’a pas de frontières.
« C’est la guerre pour la vérité. »
Elle se livre, dit-il, dans les médias et plus encore sur les réseaux sociaux.
C’est probablement le passage le plus politique du discours.
Le Premier ministre accuse le Qatar d’avoir investi depuis des années des sommes considérables dans les universités américaines et les médias afin d’influencer les opinions occidentales. Il s’en prend ensuite à la Turquie et à Recep Tayyip Erdoğan, qu’il qualifie de « tyran », avant de lui répondre sur Jérusalem :
« Non, Monsieur. Vous ne serez pas le dirigeant de Jérusalem. C’est notre pays, notre ville, notre capitale éternelle. »
Derrière les guerres militaires, Netanyahou décrit donc une autre guerre : celle qui consiste à déterminer quel récit du conflit s’imposera.
Et c’est à cet endroit qu’il aborde Gaza.
Gaza et l’accusation de génocide
Netanyahou récuse frontalement l’accusation de génocide portée contre Israël.
Il rappelle les avertissements adressés par Tsahal aux populations civiles — appels téléphoniques, SMS, tracts — ainsi que l’entrée de nourriture et de vaccins contre la poliomyélite dans Gaza.
Puis il pose sa question :
« Quel régime génocidaire donne un million de vaccins contre la polio à la population ennemie ? »
Et conclut :
« Accuser Israël de génocide est le plus grand mensonge du siècle. »
C’est la thèse de Netanyahou. Elle est au cœur de son discours et au cœur de la bataille internationale qui entoure aujourd’hui la conduite de la guerre à Gaza. Les accusations de génocide sont contestées par Israël et font parallèlement l’objet de procédures et de débats juridiques internationaux.
Pour défendre la conduite de Tsahal, Netanyahou cite notamment John Spencer, spécialiste américain de la guerre urbaine, dont il reprend l’affirmation selon laquelle Israël aurait pris des mesures exceptionnelles pour limiter les pertes civiles.
Puis le ton change encore.
« Monsieur Mamdani »
Nous sommes à New York.
Netanyahou interpelle directement le maire de la ville, Zohran Mamdani.
Il l’accuse d’avoir contribué à créer un climat dans lequel des Juifs new-yorkais ne se sentent plus en sécurité, lui reproche ses positions sur Israël et Gaza et revient sur ses fréquentations et celles de son entourage.
Puis :
« Monsieur Mamdani, vous avez essayé de m’empêcher de venir ici, vous avez essayé de me faire taire. Vous ne pouvez pas me faire taire. »
L’affrontement dépasse alors les deux hommes.
Netanyahou relie les accusations portées contre Israël à la progression de l’antisémitisme et évoque les agressions et assassinats de Juifs dans plusieurs villes du monde.
Son message s’adresse cette fois directement aux Juifs de la diaspora :
« Levez la tête. Soyez fiers. Soyez confiants. Ne vous laissez pas intimider. »
Un Starlink à la tribune de l’ONU
Puis Netanyahou sort un objet.
Un terminal Starlink.
Il le montre à l’Assemblée.
Le régime iranien, explique-t-il, redoute moins Israël que son propre peuple et sa capacité à accéder librement à l’information.
Il propose alors de laisser l’appareil au président de l’Assemblée générale afin qu’il le transmette à la délégation iranienne — pour le jour, ironise-t-il, où ses membres feront défection.
Mais derrière la provocation vient un message beaucoup plus solennel aux Iraniens :
« Un jour, et ce jour n’est peut-être pas loin, le peuple iranien sera libre. »
Netanyahou annonce la chute future du régime.
Ce n’est plus seulement un bilan de guerre. C’est une profession de foi politique.
Et finalement, 3 000 ans
Le discours pourrait s’arrêter là.
Il retourne pourtant beaucoup plus loin.
Non plus en 2023.
Non plus en 1967.
Mais trois millénaires en arrière.
Netanyahou parle du peuple juif, de sa langue, de sa terre, de David, Salomon, Isaïe et Jérémie.
Il cite Mark Twain et son texte sur la permanence du peuple juif à travers les empires disparus.
Puis vient la formule biblique :
« Netzah Israël lo yeshaker. »
L’éternité d’Israël ne mentira pas.
Et tout à coup, la longue boucle commencée dans les orangeraies de Ramle se referme.
Car après l’Iran, le 7-Octobre, les sept fronts, Gaza, l’ONU, le Qatar, Erdoğan, Mamdani, les manifestants, l’antisémitisme, Starlink et trois mille ans d’histoire juive, Netanyahou revient aux quelques mots d’un jeune officier parachutiste de 21 ans prononcés devant son frère à la veille d’une guerre, en 1967.
« Nous allons gagner. Nous n’avons pas d’autre choix. »
Près de soixante ans plus tard, c’est encore par eux que Benjamin Netanyahou choisit de définir Israël.
Texte intégral du discours en français — Times of Israel


