Il y a les insultes antisémites. Et puis il y a ces préjugés qui se croient aimables, ces « compliments » dont celui qui les prononce ne soupçonne même plus ce qu’ils charrient. Jacques Frojmovics raconte l’embarras du « vouzôtres » — jusqu’au jour où, dans une salle de classe, une question sur les Juifs et les diamants lui fait toucher du doigt tout ce qu’il reste à transmettre.
Nouzôtres
Bien sûr.
Des « vouzôtres »,
On me l’assène
Et pas nécessairement
Avec malveillance.
“Vouzôtres,
Qui excellez
En commerce.”
On pense faire
Un compliment.
Alors reste le choix
Entre faire
une dissertation
Expliquant les raisons
Historiques
Ou un regard gêné,
Regardant ailleurs,
Que sais-je ?
Mais franchement,
C’est embarrassant.
Moi qui me casse
Le cul à extirper
Ces préjugés
Des têtes blondes
— enfin, façon de parler —
Lors de mes ateliers
Dans les classes...
Le top du top,
J’y ai goûté
Lorsqu’une institutrice
A levé les yeux,
Paresseusement,
Entre deux corrections
De devoirs
Qu’elle effectuait
Durant mon intervention,
Pour me demander
L’explication,
D’initiée à initié,
Du lien entre
Les diamants
Et les Juifs.
Au secours.
Jacques Frojmovics
Jacques Frojmovics, quelques lignes et tout un monde
Il lui suffit de quelques lignes. Un mot yiddish, un souvenir familial, une indignation, une absurdité de notre temps, et Jacques Frojmovics en fait un billet.
Depuis longtemps, il écrit ainsi : court, léger souvent, grave parfois, drôle presque toujours jusque dans la gravité. Une écriture à pas comptés, qui semble ne pas y toucher et touche pourtant juste.
Fils de survivants de la Shoah, engagé aujourd’hui dans la transmission de leur histoire auprès des jeunes générations, il sait mieux que beaucoup ce que les mots peuvent porter de mémoire. Mais il sait aussi qu’une mémoire vivante ne se récite pas : elle observe le présent, s’en amuse, s’en inquiète, le rappelle parfois à l’ordre.
Chez lui, un krekhts peut raconter le peuple juif, un Kaddish sauver une vie, et quelques lignes sur les réseaux sociaux devenir une leçon de dignité.
Habayta garde précieusement cette voix-là.
Le billet de Jacques Frojmovics : quelques lignes, chaque jour ou presque, pour sourire, se souvenir, s’agacer — et penser.


