Rabbi Amnon aurait payé de sa vie son refus d’abjurer. À l’approche de Kippour, Jacques Frojmovics revient sur cette histoire terrible pour en extraire une question qui, elle, traverse les siècles : jusqu’où faut-il aller pour rester soi ? Du « juif de cour » au juif tout court, la ritournelle n’a peut-être jamais cessé.
Alors, encore un petit billet,
orienté fêtes, dites austères,
avant le Grand Pardon.
Ensuite, je passe à un autre
registre.
Juré, craché.
Donc, ce rabbi Amnon,
dont la tradition rappelle l’histoire
lors de Kippour,
expire précisément
ce jour-là,
il y a de cela
bien longtemps,
après qu’on lui eut coupé
les bras et les jambes.
Son tort ?
Avoir refusé
d’abjurer sa foi.
À la demande insistante
de son protecteur,
et ami,
le grand ponte local,
qui n’avait pas apprécié,
mais alors pas du tout,
qu’il persiste
à vouloir rester
ce qu’il était.
Comme quoi,
l’amitié a parfois
des exigences surprenantes.
Terrible choix.
C’est un peu la même
ritournelle
qui revient sans arrêt :
oser rester soi.
À quel prix ?
Dur, dur d’être
un juif de cour.
Ou un juif,
tout court.
Jacques Frojmovics


