Une fillette de dix ans pose une question simple : pourquoi portaient-ils l’étoile jaune ? Jacques Frojmovics part de cette interrogation sur un signe qui, lui, fut imposé aux Juifs par les autorités nazies, pour réfléchir à autre chose : ces moments où l’on croit choisir alors qu’on cherche surtout à éviter ce que l’on redoute davantage. Puis il ramène la question, toutes proportions gardées, à nos choix politiques contemporains.
Étoile jaune
Pourquoi la portaient-ils
Volontairement
Me demande la fillette
De 10 ans
Lors d’un de nos ateliers
www.shorashim.be
Témoignages Shoah
Excellente question.
Un non-choix
En somme.
Réflexe du moindre mal ?
Obéir
Pour échapper
Au pire ?
Quand le choix
N’en est plus vraiment un
Mais qu’il faut pourtant
Continuer à choisir.
Toute proportion gardée,
Bien sûr,
Cela me fait penser
À notre époque.
Entre le marteau
Et l’enclume.
Les « progressistes »
Clament leur soutien
Aux « Linke »
Aux « Verts »
Voire au LFI.
Et bien sûr,
Chez nous,
Au PTB.
Les « réactionnaires »
Jettent leur dévolu
Sur l’AfD,
Le RN,
Chez nous,
Le Vlaams Belang.
Les amis,
Ce ne sont pas
De “choix”
Pour certains,
C’est simplement
Éviter le pire.
Parce que le pire,
Nous le connaissons.
On a déjà donné.
Alors parfois
On choisit
Non pas ce que l’on aime,
Mais ce que l’on croit
Pouvoir éviter.
Tournez manège.
Jacques Frojmovics
Jacques Frojmovics, quelques lignes et tout un monde
Il lui suffit de quelques lignes. Un mot yiddish, un souvenir familial, une indignation, une absurdité de notre temps, et Jacques Frojmovics en fait un billet.
Depuis longtemps, il écrit ainsi : court, léger souvent, grave parfois, drôle presque toujours jusque dans la gravité. Une écriture à pas comptés, qui semble ne pas y toucher et touche pourtant juste.
Fils de survivants de la Shoah, engagé aujourd’hui dans la transmission de leur histoire auprès des jeunes générations, il sait mieux que beaucoup ce que les mots peuvent porter de mémoire. Mais il sait aussi qu’une mémoire vivante ne se récite pas : elle observe le présent, s’en amuse, s’en inquiète, le rappelle parfois à l’ordre.
Chez lui, un krekhts peut raconter le peuple juif, un Kaddish sauver une vie, et quelques lignes sur les réseaux sociaux devenir une leçon de dignité.
Habayta garde précieusement cette voix-là.
Le billet de Jacques Frojmovics : quelques lignes, chaque jour ou presque, pour sourire, se souvenir, s’agacer — et penser.


