Religions, justice, réparation : toutes ouvrent, à leur manière, un chemin vers le pardon. Mais que reste-t-il de ce mot lorsque l’irréparable a eu lieu ? Rémi-Pierre Drai, avocat, part du droit et des textes sacrés pour aller jusqu’à cette question devant laquelle les certitudes se taisent : peut-on tout pardonner ?
𝐏𝐚𝐫𝐝𝐨𝐧.
Sur le plan religieux, le grand philosophe juif 𝐌𝐚ï𝐦𝐨𝐧𝐢𝐝𝐞 rappelle que tous ceux qui, par leurs actes, méritent d’être condamnés à mort ou encore à la flagellation par le Grand Tribunal ne seront pardonnés ni par la mort ni par la flagellation, mais bien par la contrition et le repentir.
Chez les chrétiens, 𝐉é𝐬𝐮𝐬 n’est-il pas le Maître du pardon ?
« 𝑃è𝑟𝑒, 𝑝𝑎𝑟𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒-𝑙𝑒𝑢𝑟, 𝑖𝑙𝑠 𝑛𝑒 𝑠𝑎𝑣𝑒𝑛𝑡 𝑝𝑎𝑠 𝑐𝑒 𝑞𝑢’𝑖𝑙𝑠 𝑓𝑜𝑛𝑡. »
Une sourate du 𝐂𝐨𝐫𝐚𝐧 (20, 82) ne dit-elle pas également :
« 𝐸𝑛 𝑣é𝑟𝑖𝑡é, 𝑗𝑒 𝑝𝑎𝑟𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒 𝑣𝑜𝑙𝑜𝑛𝑡𝑖𝑒𝑟𝑠 à 𝑞𝑢𝑖𝑐𝑜𝑛𝑞𝑢𝑒 𝑠𝑒 𝑟𝑒𝑝𝑒𝑛𝑡, 𝑝𝑟𝑎𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑒 𝑏𝑖𝑒𝑛 𝑒𝑡 𝑠𝑒 𝑚𝑒𝑡 𝑠𝑢𝑟 𝑙𝑎 𝑏𝑜𝑛𝑛𝑒 𝑑𝑖𝑟𝑒𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛. »
Et la Justice des hommes ?
Profiter d’une 𝐦é𝐝𝐢𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐣𝐮𝐝𝐢𝐜𝐢𝐚𝐢𝐫𝐞 pour faire le premier pas vers son adversaire.
Profiter d’une procédure de « 𝑝𝑙𝑎𝑖𝑑𝑒𝑟 𝑐𝑜𝑢𝑝𝑎𝑏𝑙𝑒 » pour reconnaître sa faute et obtenir une justice plus clémente.
Présenter ses excuses à la 𝐯𝐢𝐜𝐭𝐢𝐦𝐞 au cours d’un procès, ou les formuler pendant la période d’enfermement, au terme d’une réflexion personnelle et intime.
Amoureux de la Justice, qui connaît les dispositions de l’article 10-1 du code de procédure pénale ?
« À 𝑙’𝑜𝑐𝑐𝑎𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑡𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑐é𝑑𝑢𝑟𝑒 𝑝é𝑛𝑎𝑙𝑒 𝑒𝑡 à 𝑡𝑜𝑢𝑠 𝑙𝑒𝑠 𝑠𝑡𝑎𝑑𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑝𝑟𝑜𝑐é𝑑𝑢𝑟𝑒, 𝑦 𝑐𝑜𝑚𝑝𝑟𝑖𝑠 𝑙𝑜𝑟𝑠 𝑑𝑒 𝑙’𝑒𝑥é𝑐𝑢𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑝𝑒𝑖𝑛𝑒, 𝑙𝑎 𝑣𝑖𝑐𝑡𝑖𝑚𝑒 𝑒𝑡 𝑙’𝑎𝑢𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑑’𝑢𝑛𝑒 𝑖𝑛𝑓𝑟𝑎𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛, 𝑠𝑜𝑢𝑠 𝑟é𝑠𝑒𝑟𝑣𝑒 𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑒𝑠 𝑓𝑎𝑖𝑡𝑠 𝑎𝑖𝑒𝑛𝑡 é𝑡é 𝑟𝑒𝑐𝑜𝑛𝑛𝑢𝑠, 𝑝𝑒𝑢𝑣𝑒𝑛𝑡 𝑠𝑒 𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑜𝑠𝑒𝑟 𝑢𝑛𝑒 𝑚𝑒𝑠𝑢𝑟𝑒 𝑑𝑒 𝑗𝑢𝑠𝑡𝑖𝑐𝑒 𝑟𝑒𝑠𝑡𝑎𝑢𝑟𝑎𝑡𝑖𝑣𝑒… »
Concrètement, qui a déjà sollicité l’application de cette disposition ?
Moi, jamais.
Et pourtant, quoi de plus beau dans l’œ𝐮𝐯𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐉𝐮𝐬𝐭𝐢𝐜𝐞 que de tendre vers la réparation, vers l’apaisement, vers le pardon ?
De belles paroles, direz-vous…
Mais comment pardonner à celui qui a assassiné votre enfant ?
Comment pardonner à ceux qui, depuis 50 ans, ont fait de la France la honte de l’Europe ?
Comment pardonner le 7 octobre ?
Je suis trop faible pour répondre à ces questions.
𝐁𝐨𝐧 𝐝𝐢𝐦𝐚𝐧𝐜𝐡𝐞.
Rémi-Pierre Drai



