Il connaît le bruit de l’antisémitisme. Mais dans les écoles de Belgique où il vient transmettre l’histoire de sa famille et de la Shoah, Jacques Frojmovics entend autre chose : des enseignants, des directeurs, des élèves qui, sans nécessairement prononcer les mots, semblent lui dire : « Pas en mon nom. » Dans un ciel bien sombre, il choisit de regarder aussi les petites lumières.
Pas en mon nom
C’est ce que je lis
Ou entends,
En filigrane,
Lors de contacts
Avec des instituteurs,
Professeurs,
Directeurs,
D’écoles qui se trouvent
Aux quatre coins de la Belgique,
Voire au cœur de notre
Chère capitale,
Parfois bien chahutée.
Nous leurs proposons
Nos ateliers dédiés
Au combat contre
L’antisemitisme,
Par le biais de nos récits familiaux,
Relatant la déportation
Et la shoah.
De manière surprenante,
Vu l’environnement souvent
Hostile que nous subissons
Dans la rue,
Dans la presse,
Par le silence de nos gouvernants.
Les paroles qui nous sont adressées
Lors de nos échanges préliminaires,
Lors de nos visites dans les classes,
Reflètent
Une réalité bien différente.
Le message qu’on nous adresse
Silencieusement
Est :
“Pas en mon nom”
Car ces échanges sont empreints
De sensibilité,
D’intelligence,
Et de réelle humanité.
Ces petites lumières
Brillent dans notre firmament,
Plutôt obscurci
Par les temps qui courent.
Jacques Frojmovics
Jacques Frojmovics, quelques lignes et tout un monde
Il lui suffit de quelques lignes. Un mot yiddish, un souvenir familial, une indignation, une absurdité de notre temps, et Jacques Frojmovics en fait un billet.
Depuis longtemps, il écrit ainsi : court, léger souvent, grave parfois, drôle presque toujours jusque dans la gravité. Une écriture à pas comptés, qui semble ne pas y toucher et touche pourtant juste.
Fils de survivants de la Shoah, engagé aujourd’hui dans la transmission de leur histoire auprès des jeunes générations, il sait mieux que beaucoup ce que les mots peuvent porter de mémoire. Mais il sait aussi qu’une mémoire vivante ne se récite pas : elle observe le présent, s’en amuse, s’en inquiète, le rappelle parfois à l’ordre.
Chez lui, un krekhts peut raconter le peuple juif, un Kaddish sauver une vie, et quelques lignes sur les réseaux sociaux devenir une leçon de dignité.
Habayta garde précieusement cette voix-là.
Le billet de Jacques Frojmovics : quelques lignes, chaque jour ou presque, pour sourire, se souvenir, s’agacer — et penser.


