À l’approche du 11 novembre, Marc Hellebroeck rend hommage aux Poilus de la Grande Guerre. Aux morts, aux disparus, aux survivants, aux corps mutilés et aux vies qui ne se sont jamais véritablement relevées. Un poème grave et rythmé, traversé par la colère contre ceux qui décident des guerres sans en payer le prix. Et par cette question, terrible : que devient un pays lorsqu’il oublie ceux qui sont morts pour lui ?
Chemin des Dames, Verdun, la Somme ;
tombeaux des âmes, destin des hommes.
Le temps des armes s’est enfin tu ;
les camps désarment, la mort reflue,
le temps des larmes est advenu.
Ceux qui tombèrent sont devenus
noms sur la pierre ou noms de rue.
Et tous les autres, les disparus,
ceux que la terre n’a pas rendus,
ces militaires pas inconnus,
ils étaient pères, fils, maris, frères :
où est-ce qu’ils errent, os et poussière ?
Chemin des Dames, Verdun, la Somme ;
tombeaux des âmes, destin des hommes.
Et pour ceux qui ont survécu,
dire à des mères leur fils perdu,
et surtout taire ce qu’ils ont vu,
le sang, la chair, éclats d’obus ;
le ventre ouvert, les tripes à nu.
Et pour ceux qui sont revenus,
mentir aux pères devient vertu :
A-t-il souffert ? Il n’a pas pu !
Un bruit dans l’air, une balle reçue,
une mort-éclair, inaperçue…
Chemin des Dames, Verdun, la Somme ;
tombeaux des âmes, destin des hommes.
Les peaux brûlées, les mains tranchées ;
pour eux, la guerre elle continue.
Les corps brisés, les Gueules Cassées ;
pour eux, la guerre n’en finit plus.
Même revenus, des revenants ;
visages fondus, esprits déments.
Après l’enfer, demi-vivants,
une vie-désert qui les attend.
Est-ce la gloire, faire peur aux gens,
craindre un miroir, hurler devant ?
Chemin des Dames, Verdun, la Somme ;
tombeaux des âmes, destin des hommes.
Les grandes guerres, les petites gens
meurent de les faire, pas les puissants.
Au cimetière, les corps rompus ;
au ministère, les corrompus.
Michel et Pierre, Henri et Jean
partirent en guerre, ça fait longtemps.
La « der des der », on n’y pense plus ;
c’est loin derrière, tous ces Poilus.
On les oublie, tout doucement…
et le pays devient néant.
Marc Hellebroeck
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