Du discours de Renaissance de Marine Le Pen à la révolution anthropologique de l’intelligence artificielle : et si la véritable question de 2027 n’était plus de savoir comment gouverner la France pendant cinq ans, mais quelle société nous voulons construire pour les cinquante prochaines années ?
Présidentielle 2027 : comment faire entrer cinquante ans d’avenir dans cinq ans de mandat ?
Richard C. Abitbol • 27 octobre 2026
Du discours de Renaissance de Marine Le Pen à la révolution anthropologique de l’intelligence artificielle : et si la véritable question de 2027 n’était plus de savoir comment gouverner la France pendant cinq ans, mais quelle société nous voulons construire pour les cinquante prochaines années ?
Gouverner le présent ou concevoir l’avenir ?
Les campagnes présidentielles françaises sont devenues, au fil des décennies, des confrontations de programmes, de mesures correctives, de promesses budgétaires et de propositions institutionnelles dont l’horizon dépasse rarement celui d’une législature.
Chaque candidat présente ses solutions au chômage, à l’insécurité, à l’immigration, au pouvoir d’achat, à la dette, à l’école ou à la santé. Les programmes s’additionnent, les promesses se confrontent, mais la question fondamentale demeure presque toujours absente : quelle France voulons-nous transmettre à nos enfants et à nos petits-enfants dans cinquante ans ?
Pourtant, la Ve République a connu des présidents porteurs d’un véritable changement de paradigme national.
Charles de Gaulle a repensé l’État, ses institutions, l’exercice du pouvoir et la souveraineté nationale. Valéry Giscard d’Estaing a voulu inscrire la France dans la modernité, transformer ses mœurs et accompagner l’évolution de la société. François Mitterrand a porté un projet de transformation économique et sociale, une autre conception des rapports entre l’État, le capital et les citoyens.
Chacun a donné à son action une dimension qui dépassait la gestion quotidienne des affaires publiques.
Depuis, les campagnes ont certes connu des ambitions de rupture et de transformation. Mais elles ont été largement dominées par la volonté de réaménager le système existant plutôt que par celle d’en repenser simultanément tous les fondements.
Or, le monde qui vient ne nous demande plus seulement d’améliorer le système.
Il nous oblige à nous demander si ce système aura encore un sens dans cinquante ans.
Marine Le Pen : la première marche d’une prise de conscience
Le 25 octobre 2026, à Orléans, Marine Le Pen a donné à son entrée en campagne une dimension qui mérite d’être examinée au-delà des appartenances partisanes.
Elle ne s’est pas limitée à présenter une succession de réformes sectorielles. Elle a proposé une « Renaissance » de la France.
Une Renaissance qui embrasse la culture, l’éducation, la beauté, la civilité, la production, l’innovation, la souveraineté, la protection sociale, la sécurité, les institutions et la place de la France dans le monde.
Elle a surtout introduit une dimension prospective en évoquant les mutations historiques, technologiques et économiques qui transforment déjà notre environnement.
Son propos ne consiste plus simplement à restaurer ce qui aurait été perdu. Il consiste à concevoir la France de demain.
Cette inflexion est essentielle.
Car elle permet d’entrevoir une conception systémique de l’action politique : la société n’est pas une juxtaposition de secteurs administratifs indépendants, mais un ensemble de relations interdépendantes. Transformer l’économie modifie le travail. Transformer le travail modifie la famille, l’éducation, les revenus, la protection sociale, les rapports entre les générations et jusqu’à la place de l’individu dans la société.
Ce discours peut ainsi être compris comme une première marche dans la prise de conscience politique d’un changement de civilisation.
Il n’en constitue pas encore l’architecture complète. Il n’en mesure pas toutes les implications. Mais il ouvre une question dont les conséquences dépassent largement le programme d’un parti.
Pourquoi cette rupture est-elle si difficile à formuler explicitement ?
Parce qu’elle conduit à envisager une hypothèse que presque aucun responsable politique n’ose encore assumer : la fin possible du travail comme nécessité économique universelle.
La révolution industrielle a transformé les cols bleus. L’intelligence artificielle transforme les cols blancs.
La révolution industrielle a bouleversé les sociétés en remplaçant progressivement une partie de la force musculaire humaine par la puissance des machines.
Elle a transformé l’agriculture, l’artisanat, l’industrie, les transports et l’organisation du travail. Des professions ont disparu, d’autres sont apparues, et les populations se sont déplacées vers de nouvelles activités.
Mais l’homme demeurait au centre du système productif.
La machine multipliait sa force ; elle ne remplaçait pas encore largement ses capacités intellectuelles.
La révolution de l’intelligence artificielle introduit une rupture de nature différente.
La révolution de l’IA est aux cols blancs ce que la révolution industrielle fut aux cols bleus.
Ce sont désormais les activités intellectuelles, administratives, scientifiques, juridiques, financières et techniques qui deviennent susceptibles d’être automatisées.
L’ingénieur, le développeur, le juriste, le comptable, le médecin, l’analyste ou le consultant ne sont plus protégés de cette transformation par le seul niveau de leur qualification.
Les recherches d’Anthropic illustrent cette évolution. Dans une étude publiée le 5 mars 2026, l’entreprise montre que les professions les plus exposées à l’IA sont souvent qualifiées, mieux rémunérées et fortement dépendantes du traitement de l’information. Elle n’observe pas encore de hausse systématique du chômage dans ces professions, mais relève des indices de ralentissement des recrutements des jeunes travailleurs.
Une étude publiée le 16 octobre 2026, consacrée à sa propre organisation, documente également la transformation des tâches et des profils techniques au sein d’une entreprise particulièrement avancée dans l’usage de l’IA. Ces observations ne suffisent pas à prévoir l’évolution de l’ensemble du marché de l’emploi, mais elles signalent une mutation déjà engagée.
Et nous n’en sommes qu’aux premières étapes.
Car la rencontre de l’intelligence artificielle et de la robotique pourrait réunir dans un même système l’automatisation de la force physique et celle d’une partie de l’intelligence opérationnelle.
Dès lors, une question historique apparaît.
Pendant deux siècles, nous avons pu considérer que les gains de productivité détruisaient certains emplois mais en créaient de nouveaux.
Que se passera-t-il si les nouveaux emplois deviennent, à leur tour, rapidement automatisables ?
La disparition générale du travail n’est pas scientifiquement démontrée. Mais sa nécessité économique pourrait diminuer profondément.
Et cette seule possibilité impose de repenser le contrat social.
Une rupture anthropologique avant d’être économique
Nous continuons à raisonner comme si le travail constituait une caractéristique immuable de l’organisation humaine.
L’homme travaille pour vivre. Son revenu dépend de son activité. Sa protection sociale dépend largement de son statut professionnel. Sa retraite prolonge les droits qu’il a acquis pendant sa vie active.
L’ensemble de notre architecture économique et sociale repose sur cette relation.
Mais cette relation n’est pas une loi de la nature.
C’est une construction historique.
Que devient-elle lorsque la production de richesse peut être assurée par des systèmes automatisés mobilisant une quantité décroissante de travail humain ?
La question n’est plus seulement celle du chômage.
Elle devient celle de la place de l’homme dans une société où sa contribution économique ne serait plus nécessairement mesurée par le temps qu’il vend sur le marché du travail.
C’est une révolution ontologique, parce qu’elle interroge la manière dont l’homme se définit et donne un sens à son existence.
C’est une révolution anthropologique, parce qu’elle transforme les relations entre l’individu, la communauté, la connaissance, la création et la nécessité.
Et c’est une révolution politique, parce qu’elle oblige à repenser les mécanismes par lesquels chacun accède à la richesse produite.
La question du XXIe siècle ne sera peut-être plus de savoir comment donner du travail à tous, mais comment permettre à chacun de vivre librement dans une société qui aura de moins en moins besoin de son travail.
Le Capitalisme social : passer de la prospective à un nouveau contrat social
C’est précisément à ce niveau que se situe la réflexion développée dans Le Capitalisme social.
Il ne s’agit pas de corriger les imperfections du capitalisme, ni de substituer une économie administrée à l’économie de marché.
Il s’agit de prendre acte de la transformation des facteurs de production et d’en tirer les conséquences institutionnelles, économiques et sociales.
Pendant deux siècles, nous avons organisé la redistribution de la richesse autour du travail et de ses prolongements : salaires, cotisations, assurance chômage, retraite et prestations sociales.
Or, lorsque le travail humain cesse progressivement d’être le principal facteur de production, pourquoi devrait-il demeurer le fondement quasi exclusif de la distribution des revenus ?
Le capital, l’intelligence artificielle, les robots, les infrastructures et les systèmes automatisés participeront à une part croissante de la création de richesse.
La question ne sera plus seulement de partager la valeur entre le capital et le travail, mais de déterminer comment chaque citoyen pourra bénéficier de cette production, indépendamment de son utilité économique immédiate.
C’est le fondement du Revenu de Base Garanti, le RBG, tel que je le propose dans Le Capitalisme social.
Un revenu individuel, garanti, constituant un socle de sécurité économique qui ne dépend plus de l’obligation d’exercer une activité professionnelle.
Dans le modèle proposé, ce revenu débute à 2 200 euros mensuels, dans le cadre d’une transition économique et sociale progressive. Les droits à retraite déjà acquis sont préservés par un mécanisme spécifique de compensation, tandis que chacun conserve la liberté de travailler, d’entreprendre, d’investir et de constituer son propre complément de patrimoine.
Le RBG n’est donc pas conçu comme une assistance destinée à ceux qui ne travaillent pas.
Il devient le fondement économique d’une liberté nouvelle : celle de ne plus être obligé de vendre son temps pour avoir le droit de vivre.
Encore faut-il assurer le financement de cette transition, organiser le transfert des engagements sociaux et démontrer que la richesse produite permet de soutenir durablement ce nouveau système. La mutation technologique crée une possibilité historique ; elle ne dispense nullement de l’équation économique.
Mais l’ambition dépasse la question budgétaire.
C’est la place même de l’homme dans la société qui change.
Et si nous devenions tous les gentilshommes des Lumières ?
L’histoire offre une métaphore saisissante de ce qui pourrait nous attendre.
Au XVIIIe siècle, une partie de l’aristocratie et de la bourgeoisie cultivée disposait d’un privilège considérable : celui du temps.
Le temps de lire, de penser, de débattre, d’expérimenter, de voyager, de philosopher, d’inventer.
Dans les salons, les académies et les sociétés savantes, des hommes et des femmes contribuèrent à une extraordinaire effervescence intellectuelle qui allait marquer durablement la civilisation occidentale.
Certes, ces conditions matérielles reposaient sur une société profondément inégalitaire. Tous les penseurs des Lumières n’étaient d’ailleurs pas des rentiers ou des gentilshommes. Mais cette liberté de disposer de son temps représentait un privilège déterminant.
Et si la révolution sociale qui nous attend consistait précisément à universaliser ce privilège ?
Faire de chaque citoyen un gentilhomme des Lumières, non par la naissance, la fortune ou l’héritage, mais par l’émancipation de la nécessité économique.
La révolution industrielle a permis d’accroître considérablement la production grâce aux machines.
La révolution de l’intelligence artificielle et de la robotique pourrait permettre à chacun de consacrer une part beaucoup plus importante de son existence à des activités librement choisies.
Apprendre, créer, transmettre, chercher, entreprendre, éduquer, découvrir, participer à la vie collective.
Non plus parce que ces activités procurent nécessairement un revenu, mais parce qu’elles donnent un sens à l’existence.
Ce serait une transformation autrement plus profonde que la seule diminution du temps de travail.
Pendant des siècles, nous avons organisé la société pour que l’homme travaille et produise.
Nous pourrions désormais envisager d’organiser la production pour que l’homme dispose enfin de la liberté de choisir ce qu’il souhaite devenir.
Le progrès ne consisterait plus seulement à libérer l’homme dans son travail, mais à le libérer de l’obligation économique de travailler.
Cela ne signifierait pas la fin de l’activité humaine.
Bien au contraire.
Cela pourrait ouvrir une période d’intense créativité intellectuelle, scientifique, artistique et entrepreneuriale, dans laquelle l’initiative ne serait plus nécessairement conditionnée par la recherche immédiate d’un revenu.
L’IA elle-même deviendrait alors un instrument d’émancipation intellectuelle : ce qui nécessitait autrefois des années d’apprentissage spécialisé ou le concours de collaborateurs coûteux pourrait devenir accessible à un nombre croissant de citoyens.
Le véritable enjeu serait moins la disparition du travail que la démocratisation du temps et de la connaissance.
Pourquoi les responsables politiques hésitent-ils à annoncer cette révolution ?
Il existe pourtant un paradoxe considérable.
Les responsables politiques célèbrent les gains de productivité, la robotisation, l’intelligence artificielle et la modernisation des entreprises.
Mais ils continuent simultanément à présenter le plein emploi comme l’horizon indépassable de l’organisation sociale.
Comment concilier ces deux perspectives si la production devient progressivement moins dépendante du travail humain ?
La contradiction n’est pas nécessairement immédiate : l’automatisation peut encore créer de nouvelles activités. Mais à long terme, elle pourrait devenir structurelle.
La difficulté est évidemment politique.
Annoncer la possibilité d’une société dans laquelle le travail ne serait plus une nécessité économique peut susciter l’espérance d’une liberté nouvelle.
Mais cela peut également être compris comme la promesse d’un chômage massif, d’une disparition des métiers, d’un déclassement des qualifications et d’une perte d’identité sociale.
Car le travail n’est pas seulement un moyen de gagner sa vie.
Il est devenu, au fil des générations, une valeur morale, un statut, un instrument d’intégration et parfois même le fondement de la dignité sociale.
Remettre en question sa centralité revient donc à bouleverser une représentation profondément enracinée dans nos sociétés.
Pour un candidat à l’élection présidentielle, cette perspective comporte un risque évident : celui de devoir expliquer une liberté future à des citoyens préoccupés par leur sécurité économique présente.
Il est politiquement plus simple de promettre des emplois que d’expliquer pourquoi, demain, l’emploi pourrait ne plus constituer le principal fondement du revenu.
Plus simple de parler de productivité que de transformation anthropologique.
Plus simple de promettre une modernisation progressive que d’annoncer une rupture civilisationnelle.
C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre la prudence du discours de Marine Le Pen à Orléans.
Elle évoque la Renaissance, les mutations technologiques, la modernisation de la production et la transformation de la société.
Mais elle n’aborde pas encore frontalement les conséquences ultimes d’une production qui pourrait se passer d’une part croissante du travail humain.
Ce silence ne permet pas de conclure qu’elle aurait déjà identifié cette issue et choisi de la taire. Il marque néanmoins une limite entre la transformation qu’elle annonce et celle que la révolution technologique pourrait rendre nécessaire.
Marine Le Pen et Le Capitalisme social : deux niveaux d’une même interrogation historique
Le rapprochement entre le discours d’Orléans et Le Capitalisme social ne repose ni sur une identité programmatique ni sur une appartenance partisane commune.
Il repose sur une interrogation fondamentale : sommes-nous encore en train d’adapter la France au monde existant, ou devons-nous commencer à concevoir la société qui succédera à celle que nous connaissons ?
Marine Le Pen dessine les contours d’une Renaissance nationale dans laquelle l’État, la culture, l’économie, les institutions et la souveraineté doivent être pensés conjointement.
Le Capitalisme social pousse cette interrogation jusqu’à sa conséquence économique et anthropologique : si les moyens de production changent radicalement, les mécanismes de distribution de la richesse et les fondements du contrat social doivent pouvoir changer eux aussi.
La première approche affirme la nécessité de reconstruire un ensemble national cohérent.
La seconde propose de repenser l’architecture même des relations entre l’homme, le capital, le travail et la société.
La convergence se situe dans la nécessité d’une pensée globale et prospective.
La différence se situe dans la profondeur de la transformation envisagée du rapport entre production et revenu.
Là où la Renaissance nationale entend notamment restaurer la puissance productive française, Le Capitalisme social interroge ce que cette puissance nouvelle permettrait de transformer dans l’existence de chaque citoyen.
Car produire davantage ne constitue pas, à lui seul, un projet de civilisation.
Il faut encore savoir à quoi cette production doit servir.
À accroître indéfiniment la consommation ? À renforcer la puissance des entreprises ? À financer des mécanismes sociaux conçus pour une économie industrielle désormais dépassée ?
Ou à permettre une émancipation individuelle que l’humanité n’a encore jamais pu généraliser ?
C’est là que se situe le véritable choix de société.
Une vision systémique exige de penser les relations, pas seulement les réformes
Un changement de paradigme ne consiste pas à additionner des transformations sectorielles.
L’économie, l’éducation, la culture, les institutions, la famille, le travail, les revenus et la connaissance ne sont pas des systèmes indépendants.
Ils forment un réseau complexe de relations.
Modifier l’un de ces éléments revient à modifier les conditions de fonctionnement de tous les autres.
Si l’IA transforme l’accès à la connaissance, elle modifie la fonction de l’école et de l’université.
Si la robotique transforme la production, elle modifie la demande de travail.
Si la demande de travail se transforme, elle modifie la structure des revenus.
Si les revenus cessent de dépendre principalement de l’emploi, elle modifie les mécanismes de protection sociale, les rapports familiaux, les trajectoires individuelles et la place du capital.
Et si chaque citoyen dispose d’une plus grande liberté de temps et d’activité, c’est la structure même de ses relations sociales, intellectuelles et économiques qui peut être transformée.
Voilà pourquoi une vision simplement sectorielle de l’avenir devient insuffisante.
Il ne s’agit plus de modifier séparément les composantes du système, mais de comprendre comment leurs transformations simultanées peuvent produire une organisation sociale nouvelle.
Dans cette perspective, le changement technologique n’est pas seulement un facteur extérieur auquel la société doit s’adapter.
Il devient une transformation de la topologie même des relations humaines.
Le changement de paradigme ne réside pas dans le remplacement de certaines activités par des machines, mais dans la reconfiguration de l’ensemble des relations entre l’homme, la production, le savoir et la société.
Cinquante ans d’avenir dans cinq ans de mandat : l’impossible équation démocratique ?
Nous voici revenus à la question centrale de la présidentielle de 2027.
Comment un système politique organisé autour de mandats de cinq ans peut-il concevoir, engager et garantir une transformation dont les conséquences se déploieront sur plusieurs décennies ?
Nos institutions favorisent les décisions à court terme.
L’élection impose des résultats visibles. La compétition partisane privilégie les mesures immédiatement compréhensibles. L’alternance peut remettre en cause les orientations précédentes.
Mais les transformations technologiques, économiques et démographiques ne se soumettent pas au calendrier électoral.
Une mutation anthropologique ne se décrète pas pour cinq ans.
Elle exige une continuité de conception et d’action qui dépasse les gouvernements successifs.
C’est pourquoi le véritable projet présidentiel de 2027 ne devrait pas seulement déterminer ce qui sera réalisé avant 2032.
Il devrait définir ce que la France pourrait devenir en 2050, 2060 ou 2077, et les premières étapes nécessaires pour y parvenir.
Cela n’implique pas qu’un président puisse connaître l’avenir avec certitude.
Cela implique qu’il soit capable de concevoir plusieurs trajectoires, d’en évaluer les conséquences, d’en mesurer les interdépendances et de mettre en place les mécanismes institutionnels permettant de les accompagner.
La prospective doit alors cesser d’être un exercice intellectuel périphérique pour devenir une composante centrale de la décision publique.
Et les programmes politiques devraient progressivement passer de l’accumulation de promesses à la confrontation de modèles cohérents, dont les hypothèses, les paramètres, les contraintes économiques et les résultats attendus puissent être explicités et discutés.
Car la démocratie ne devrait pas seulement permettre aux citoyens de choisir ceux qui administreront leur présent.
Elle devrait leur permettre de participer aux choix qui détermineront leur avenir.
La Renaissance sera-t-elle une restauration ou une refondation ?
Le mot Renaissance possède une profondeur historique qui dépasse largement sa dimension électorale.
La Renaissance européenne ne fut pas seulement un renouvellement des arts et des idées.
Elle transforma le rapport de l’homme à la connaissance, au monde, à l’autorité et progressivement à lui-même.
Elle contribua à ouvrir un mouvement intellectuel dont les Lumières allaient prolonger certaines ambitions.
Aujourd’hui, une autre transformation pourrait nous conduire à repenser la place de l’homme dans le monde.
Mais contrairement aux grandes mutations précédentes, nous disposons désormais d’instruments scientifiques et technologiques permettant d’entrevoir une partie de leurs conséquences avant même qu’elles ne se réalisent pleinement.
C’est une responsabilité nouvelle.
Marine Le Pen a ouvert sa campagne en proposant une Renaissance française et en inscrivant cette ambition dans une période de mutation historique.
Ce discours peut être considéré comme une première marche vers la reconnaissance politique d’un enjeu qui dépasse le temps habituel des législatures.
Mais la véritable Renaissance ne pourra se limiter à restaurer la souveraineté nationale, moderniser la production, réformer les institutions ou réaffirmer un héritage culturel.
Elle devra aussi répondre à cette question fondamentale :
Quelle place voulons-nous donner à l’homme dans une société où l’intelligence artificielle et les machines pourraient accomplir une part considérable de ce que nous appelons aujourd’hui le travail ?
Le Capitalisme social propose d’y répondre en faisant de la liberté économique individuelle, et non plus de l’obligation de travailler, le fondement du nouveau contrat social.
Ce n’est pas la promesse d’un monde sans effort, sans ambition ou sans responsabilité.
C’est la perspective d’une société dans laquelle chacun pourrait choisir ses activités, développer ses connaissances, exprimer sa créativité et construire sa propre existence sans être entièrement soumis à la nécessité économique.
Une société qui pourrait offrir à tous ce que les gentilshommes et les esprits éclairés du XVIIIe siècle ne pouvaient réserver qu’à quelques-uns : le temps et les moyens d’exercer librement leurs facultés.
La révolution industrielle a transformé ce que l’homme pouvait produire. La révolution de l’intelligence artificielle pourrait transformer ce que l’homme peut devenir.
Voilà pourquoi le défi de 2027 dépasse les partis, les candidats et les alternances.
Il ne s’agit plus seulement de savoir qui gouvernera la France pendant cinq ans.
Il s’agit de décider si nous voulons continuer à aménager une société héritée du XIXe siècle ou commencer à concevoir celle du XXIe et du XXIIe siècle.
Car, pour la première fois peut-être à cette échelle, le progrès technologique nous oblige à nous poser une question que la nécessité économique avait jusqu’ici reléguée au second plan :
Si l’homme n’est plus obligé de travailler pour vivre, que choisira-t-il de faire de sa liberté ?
Et c’est peut-être dans la réponse à cette question que se trouve la véritable Renaissance.
Une dernière interrogation s’impose alors : le discours du 25 octobre 2026 est-il la première étape qui ouvre enfin une confrontation prospective entre visions politiques de la révolution civilisationnelle qui s’annonce, plutôt qu’un débat dépassé autour de réformettes programmatiques ?
Si tel est le cas, l’enjeu de la présidentielle de 2027 ne serait plus simplement de choisir une équipe pour cinq ans, mais d’ouvrir collectivement la réflexion sur la société que nous voulons bâtir pour les cinquante années à venir.
Repères documentaires
Discours de Marine Le Pen à Orléans, 25 octobre 2026 : https://www.polyfact.com/videos/3jM21BgsATw
Anthropic, recherches sur l’exposition des métiers à l’IA (5 mars 2026) : https://www.anthropic.com/research/labor-market-impacts
Anthropic, étude sur les transformations internes de l’emploi (16 octobre 2026) : https://www.anthropic.com/research/employment-at-anthropic
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