Les audiences des 11 et 12 octobre ont placé l’ancien procureur général Avichaï Mandelblit devant les questions de la défense de Benjamin Netanyahou. Ses réponses éclairent certaines irrégularités dans la conduite des enquêtes. Elles ne suffisent pas à invalider les poursuites, mais imposent de regarder autrement les conditions dans lesquelles ce procès a été construit.
Il y a des procès dont l’importance tient aux faits reprochés. D’autres dont l’importance finit par tenir aussi aux méthodes employées pour les établir.
Le procès de Benjamin Netanyahou appartient désormais aux deux catégories.
Depuis mai 2020, le Premier ministre israélien répond devant la justice de trois affaires distinctes, réunies dans une même procédure. L’affaire 1000 concerne des cadeaux reçus de riches hommes d’affaires. L’affaire 2000 porte sur des conversations avec le propriétaire du quotidien Yedioth Ahronoth, autour d’une éventuelle couverture médiatique favorable. L’affaire 4000, la plus lourde, concerne des avantages réglementaires présumés accordés au groupe Bezeq en contrepartie d’un traitement favorable sur le site Walla.
Fraude, abus de confiance et, dans la dernière affaire, corruption : les qualifications pénales sont sérieuses.
Encore faut-il que les faits soient établis.
Et encore faut-il que les enquêtes aient été conduites conformément aux exigences de la loi.
Celui qui avait autorisé les poursuites
Les 11 et 12 octobre, un témoin particulièrement attendu s’est présenté devant le tribunal de district de Jérusalem : Avichaï Mandelblit.
Ancien procureur général d’Israël, il est l’homme qui avait autorisé les investigations et décidé de poursuivre Benjamin Netanyahou.
Or, c’est à la demande de la défense qu’il est venu témoigner.
Son interrogatoire par Me Amit Hadad a porté notamment sur les autorisations données aux enquêteurs, sur les démarches entreprises à son insu et sur les relations entre les différents services chargés des investigations.
Mandelblit a reconnu que certaines initiatives, parfois importantes, avaient été prises sans son approbation.
Il a notamment évoqué une mise sur écoute visant Nathan Eshel, proche collaborateur de Netanyahou, qu’il avait demandé de faire cesser. Il a également reconnu avoir désapprouvé certaines pratiques des enquêteurs.
Ce sont des éléments sérieux.
Mais il a maintenu avoir autorisé les enquêtes dans leur ensemble et rappelé que son accord personnel n’était pas requis pour chaque acte d’investigation.
La distinction est essentielle. Une enquête comportant des irrégularités n’est pas nécessairement une enquête illégale dans son ensemble. Et une irrégularité, même avérée, n’entraîne pas automatiquement la disparition des charges.
C’est aux juges qu’il appartient d’en apprécier les conséquences.
Les questions embarrassantes de la défense
Lundi 12 octobre, l’interrogatoire s’est concentré sur l’affaire 4000.
Me Hadad a soutenu que des investigations concernant Netanyahou avaient commencé avant que les autorisations nécessaires aient été accordées. Il a également accusé certains membres du parquet d’avoir présenté à Mandelblit des informations trompeuses sur la chronologie des investigations.
L’ancien procureur général n’a pas validé cette accusation. Il a déclaré conserver sa confiance dans le parquet et ne pas être convaincu que des informations lui aient été volontairement dissimulées. Mais il a reconnu ne pas avoir eu connaissance de certaines démarches.
Plus troublant encore, Mandelblit a expliqué avoir modifié l’organisation de l’équipe chargée d’un volet du dossier parce qu’il désapprouvait certaines orientations et soupçonnait des fuites.
Ces soupçons ne constituent pas la preuve d’une manipulation. Ils posent néanmoins une question de méthode et de contrôle.
L’audience a été marquée par une vive confrontation entre l’avocat de Netanyahou et la procureure Yehudit Tirosh, conduisant la juge Rivka Feldman-Friedman à suspendre momentanément les débats.
Ce climat de tension ne tranche rien sur le fond. Il témoigne cependant de l’importance prise par la contestation des méthodes d’enquête.
L’affaire 4000 : une accusation déjà fragilisée
Il serait inexact de présenter les audiences d’octobre comme le premier moment où la solidité du dossier a été discutée.
En juin 2026, les juges avaient renouvelé leur recommandation au parquet d’abandonner le chef d’accusation de corruption dans l’affaire 4000, considérant qu’il serait difficile à établir.
Cette démarche ne valait ni acquittement ni abandon des autres accusations. Elle avait néanmoins une portée considérable.
Car l’affaire 4000 est celle dans laquelle Netanyahou encourt l’accusation la plus grave : celle d’avoir accordé des avantages réglementaires en échange d’une couverture médiatique favorable.
Il ne suffit pas, pour caractériser pénalement une corruption, de constater des relations entre un responsable politique et un propriétaire de média. Il faut établir les éléments constitutifs de l’infraction, notamment la contrepartie reprochée.
C’est précisément sur ce terrain que la démonstration du parquet est contestée.
Mandelblit, de son côté, continue de défendre la pertinence des poursuites.
Le débat reste donc ouvert.
Trois affaires, trois appréciations nécessaires
La tentation serait grande de considérer que les difficultés rencontrées par l’accusation dans l’affaire 4000 emportent avec elles les affaires 1000 et 2000. Ce serait aller trop vite.
Dans l’affaire 1000, il s’agit de déterminer la nature des cadeaux reçus, leur contexte et les éventuelles obligations qui en découlaient.
Dans l’affaire 2000, il faut apprécier la portée juridique de conversations portant sur une couverture médiatique et sur les intérêts économiques de deux journaux concurrents.
Dans l’affaire 4000, la question de la contrepartie et celle des décisions réglementaires occupent une place centrale.
Ces trois dossiers ne sont pas interchangeables. Et les difficultés probatoires de l’un ne dispensent pas d’examiner les éléments des deux autres.
À deux semaines des élections
Les élections législatives israéliennes sont prévues le 27 octobre. Cette proximité rend inévitable la lecture politique des audiences.
Pour les défenseurs de Netanyahou, les déclarations de Mandelblit viennent alimenter une contestation ancienne de la conduite des investigations.
Pour ceux qui considèrent que les poursuites étaient justifiées, elles ne changent pas la nécessité de juger les faits reprochés.
Mais la justice ne saurait être réduite à cette confrontation.
La présomption d’innocence n’est pas un privilège accordé à un Premier ministre. Elle est une garantie fondamentale. Et le droit de poursuivre un responsable politique, si élevé soit-il dans l’État, est tout aussi fondamental.
Ces deux exigences ne s’opposent pas. Elles se conditionnent mutuellement. Une justice indépendante doit pouvoir poursuivre sans intimidation. Elle doit également accepter que ses méthodes soient examinées avec la même rigueur que les actes qu’elle reproche.
C’est pourquoi les déclarations de Mandelblit méritent davantage qu’une exploitation partisane. Elles appellent un examen précis, dossier par dossier, pièce par pièce.
À ce stade, le procès Netanyahou n’est ni annulé ni terminé. Mais certaines questions sur la conduite des enquêtes sont désormais publiquement posées par celui-là même qui avait autorisé les poursuites.
Il appartient aux juges d’y répondre.
Et il appartient à la presse de ne pas confondre une accusation avec une preuve, une irrégularité avec une nullité, ni une conviction politique avec un jugement.
HaBayta poursuivra ce travail au fil des audiences.
Point d’étape n° 1 — À suivre.


