Pourquoi Israël occupe-t-il une place aussi démesurée dans les préoccupations européennes ? Pourquoi tant de causes, de revendications et de crises semblent-elles désormais se cristalliser autour de l’État juif ? Sidney Touati interroge cette centralité singulière d’Israël, les permanences de l’antisémitisme et ses mutations politiques contemporaines. Une réflexion sans concessions sur les fractures idéologiques de l’Europe.
Plusieurs villes d’Europe manifestent contre Israël. L’Angleterre, l’Espagne, les Pays-Bas sont à la manœuvre, faisant ainsi « halte dans la boue » de l’antisémitisme, s’alignant sur les injonctions d’un islam politique aux abois, afin de détourner l’attention des peuples des responsabilités de leurs dirigeants dans la grave crise qui secoue l’Union européenne.
Israël est dans le collimateur des « soumis », tandis qu’il se passe des choses abominables au Soudan : des dizaines de milliers de morts, douze millions de déplacés, l’une des plus grandes catastrophes sanitaires depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans de nombreux autres pays africains ou d’Amérique latine, la violence est endémique. En Amérique latine, près de 3 800 femmes ont été victimes de féminicides en 2024.
Face à ces immenses drames, silence radio chez les spécialistes de l’antisionisme compulsif.
Parmi eux, nul ne songerait à mettre en cause l’existence même de ces pays, où les meurtres de masse sont parfois la règle, et encore moins celle de leurs ressortissants, où qu’ils se trouvent dans le monde.
Israël, au centre du monde
Israël occupe une position unique sur l’échiquier mondial.
Chaque Juif est rendu comptable de la totalité des faits et gestes du gouvernement israélien. Réciproquement, chacune des décisions prises par ce dernier, jusque dans la poussière des faits du quotidien — la délivrance de permis de construire, par exemple — semble remettre en question non seulement la survie de cet État, l’existence de chaque Juif, mais également celle de toutes les nations.
L’ONU a les yeux rivés sur l’État hébreu, comme si le sort de l’univers était en jeu dans chacun de ses pas, dans chacune des paroles prononcées par ses dirigeants.
Netanyahou parle, et l’onde de choc de ses propos bouleverse la planète.
Si l’on prend pour critère le nombre d’articles, de livres, d’émissions, de prises de position individuelles, collectives, étatiques ou onusiennes consacrés à ce minuscule pays, force est de conclure, sans aucune exagération, que, dans le récit dominant, cet État occupe le centre du monde ; que le sort de l’univers semble lié aux agissements du peuple juif.
Comment interpréter ce phénomène ? Comment expliquer la centralité d’Israël ?
Pourquoi nul n’est-il indifférent à ce qu’il fait ou ne fait pas ?
Pourquoi des lycéens, des étudiants, des syndicalistes, des responsables politiques, des universitaires, des musiciens, des artistes, des comédiens, des sportifs lient-ils leurs revendications catégorielles à la politique de cet État ?
En quoi Israël est-il responsable de leur mal-être, des problèmes que la construction antidémocratique de l’Union européenne a générés ?
Pourquoi les pays européens sont-ils reliés en temps réel à Israël, comme si leur propre survie en dépendait ?
La permanence de la mécanique accusatoire
Israël est systématiquement cloué au pilori pour des crimes imaginaires.
Quoi ! Rien n’aurait donc changé dans les mentalités des dirigeants européens et onusiens depuis des centaines d’années ?
La mécanique accusatoire actuelle reposerait-elle sur les mêmes fondements que ceux qui, jadis, rendaient le Juif responsable des épidémies, des crises économiques, de toutes les calamités réelles ou imaginaires ?
Il semblerait que nous soyons enfermés dans les continuités historiques de l’antisémitisme, que l’accusation délirante de « génocide » soit la version palestinienne de celle de peuple déicide.
La grande mutation droite-gauche
Pourtant, quelque chose de fondamental a changé par rapport au « temps du mépris » qui frappait indistinctement les Juifs.
Charles Maurras distinguait l’antisémitisme de raison, celui des élites, de l’antisémitisme de « peau », réservé à la « populace ».
Aujourd’hui, l’antisémitisme de raison a disparu. Ne reste que l’antisémitisme vulgaire, primaire, de peau, véhiculé principalement par une partie des « élites » dirigeantes : hommes politiques, syndicalistes, universitaires, comédiens, artistes…
Hier, l’antisémitisme était à droite. Aujourd’hui, il est à gauche.
Pourquoi cette mutation ?
Depuis 1968, puis 1981, à travers le récit politique de la gauche, le peuple français, délégitimé, est remplacé par le sous-prolétariat international, incarné dans la figure du Palestinien et, par extension, dans celle des populations des banlieues.
Pour la droite qualifiée d’extrême droite, le peuple de France se rattache à son histoire, de Clovis à Charles de Gaulle, avec ses drames et ses grandeurs. Pour elle, en paraphrasant Clemenceau, « l’histoire de France est un bloc ».
À l’inverse, la gauche politique enfantée par la « génération Mitterrand » mutile, censure, saccage l’histoire de France, dont elle charge les grands noms de tous les crimes.
Sous couvert de pratiquer l’inclusion, cette gauche a mis en marche une redoutable machinerie idéologique qui exclut d’abord les Juifs, puis le peuple français lui-même, sommé, pour être acceptable, de disparaître dans le chaudron purificateur de la « créolisation ».
Deux idées de la France se font face. Deux futurs, deux passés des Français s’opposent frontalement.
Les élections de 2027, si elles ont lieu, trancheront.
Deux choses sont claires.
Premièrement, la majorité des Français n’adhère pas à l’antisémitisme de peau que la gauche veut lui inoculer sous couvert de propalestinisme et d’antisionisme.
Deuxièmement, dans les soubassements du récit politique de la gauche actuelle, aligné en dernière instance sur les choix du Hamas et des Frères musulmans, il n’y a pas de place pour le Juif, qu’il soit israélien, français, espagnol…
Celui-ci est sommé de se fondre « racialement » dans le processus de créolisation et, idéologiquement, dans l’oumma islamique.
Face à la menace, écouter ce que disent les ennemis des Juifs
Face à la menace existentielle qui pèse sur eux, il est urgent que les Juifs écoutent avec beaucoup d’attention ce que disent leurs ennemis actuels, qui gravitent autour de la mouvance islamiste.
Il faut qu’ils gardent à l’esprit que, lorsqu’ils en ont eu les moyens, les antisémites ont toujours mis leurs menaces à exécution.
L’antisémite possède un marqueur qui le distingue des autres : il dit ce qu’il veut faire et fait ce qu’il a promis de faire.
En atteste le massacre du 7 octobre 2023.
En clair, il ne faut pas dénoncer le crime imaginaire de génocide imputé à Israël en invoquant l’antisémitisme du passé, celui qui a fleuri dans les années 1930, lors de l’affaire Dreyfus ou sous l’antijudaïsme chrétien, même si des filiations souterraines existent entre ces différentes versions de la diabolisation des Juifs.
Aujourd’hui, ce sont les hordes d’islamistes et le cercle de leurs affidés, élargi à l’Union européenne, qui appellent implicitement ou explicitement à rayer Israël de la carte et donc au massacre des Juifs, notamment à travers le slogan « From the river to the sea ».
P.-S. : J’ai emprunté au populaire général Lamarque l’expression « halte dans la boue ».
Sidney Touati


