À Radio France, l’arrivée de Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs actuelles, comme éditorialiste politique sur France Inter a provoqué une grève de deux jours. Pour Pierre Saba, au-delà du cas d’un journaliste ou d’un hebdomadaire, une question de principe est posée : jusqu’où les personnels d’un service public peuvent-ils décider quelles opinions ont droit d’antenne ?
En France, un nouvel élément vient illustrer le délitement général de l’État.
Rappel des faits
L’hebdomadaire français Valeurs actuelles (VA) publiait en 2020 un « roman d’été » représentant notamment une députée LFI de Paris en esclave.
À l’issue d’une procédure judiciaire initiée par la députée, Valeurs actuelles était condamné définitivement pour « injure publique à caractère raciste ».
Récemment, la direction de France Inter, station du groupe public Radio France, a confié une courte intervention hebdomadaire au directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, Charles Sapin.
En réaction à cette décision, l’ensemble des organisations syndicales de Radio France a appelé à une grève de deux jours, les 13 et 14 septembre, ainsi qu’à un rassemblement devant le siège du groupe.
Rappels rectificatifs
1 — La condamnation de Valeurs actuelles pour injure publique à caractère raciste est, à l’examen du dossier, juridiquement contestable et, à mes yeux, difficilement compréhensible.
Sans qu’il soit nécessaire de détailler ici les éléments retenus par la justice, ceux-ci correspondent, selon moi, à des évocations politiques certes contestables, mais dont la qualification juridique d’injure raciste peut être discutée.
Ce n’est pas la première fois que des décisions de justice surprennent ou indignent des justiciables et des juristes français.
2 — La députée à l’origine de la procédure appartient à La France insoumise, parti dont plusieurs membres, sympathisants ou représentants ont eux-mêmes fait l’objet de controverses, de signalements ou de procédures concernant notamment des propos à caractère antisémite ou sexiste. Cette réalité n’efface évidemment en rien les faits jugés dans l’affaire Valeurs actuelles, mais elle interdit de transformer cette condamnation en brevet général de vertu politique.
3 — La réaction syndicale à Radio France dépasse, à mon sens, le cadre d’une revendication professionnelle. Elle vise à empêcher l’expression, pourtant brève et hebdomadaire, d’un journaliste dont les opinions sont supposées différentes de celles d’une partie importante des personnels du groupe.
4 — Radio France est un service public financé par l’État. À ce titre, il est soumis à des exigences particulières de pluralisme et d’impartialité. La direction du groupe invoque d’ailleurs elle-même le pluralisme pour justifier l’arrivée de Charles Sapin sur France Inter.
5 — Que des journalistes et des salariés contestent un choix éditorial relève de leur liberté. Qu’une mobilisation ait pour objet d’empêcher un journaliste d’accéder à l’antenne en raison du média auquel il appartient pose en revanche une question autrement plus grave : celle de la liberté d’expression et du pluralisme au sein même du service public.
6 — Au vu des éléments connus, l’Arcom, autorité de régulation de la communication audiovisuelle, devrait examiner cette situation au regard des obligations de pluralisme et d’impartialité qui s’imposent à l’audiovisuel public.
Car derrière le cas Charles Sapin se trouve une question beaucoup plus large : qui peut décider, dans le service public, quelles opinions sont recevables et lesquelles ne le sont pas ?



L intolerance crasse de pseudo intellectuels qui se croient des parangons de democratie ! La decheance de la democratie française est juste effrayante