Publié le 7 octobre 2026, trois ans jour pour jour après les massacres commis par le Hamas en Israël, le douzième numéro de la revue Art&Facts rassemble écrivains, philosophes, chercheurs et artistes autour d’un mot devenu aussi essentiel que disputé : « Résister ». HaBayta a souhaité saluer ce travail collectif et partager avec ses lecteurs quelques-unes des réflexions qui l’ont particulièrement retenu.
Il est des dates qui donnent à une publication une résonance particulière.
Le 7 octobre 2026, la revue Art&Facts publiait son douzième numéro, intitulé « Résister », accompagné de trois verbes : « Témoigner, Protéger, Refuser ».
Le choix de cette date ne doit rien au hasard. Le numéro est dédié aux victimes israéliennes du 7 octobre 2023 et aux victimes iraniennes de la répression des mollahs.
Mais il serait réducteur de n’y voir qu’une publication commémorative.
Car ce numéro interroge le mot « résistance » dans ses dimensions historiques, philosophiques, politiques, littéraires et humaines. Que signifie résister ? À quoi résiste-t-on ? Et que devient ce mot lorsque ceux qui revendiquent son prestige en viennent parfois à justifier la violence ou la soumission ?
L’éditorial de Lise Haddad ouvre cette réflexion en rappelant que résister ne se mesure pas nécessairement à l’utilité ni au succès. Il peut s’agir, simplement et fondamentalement, de demeurer fidèle à ce que l’on estime juste.
Une pluralité de voix, une même exigence
Sous l’impulsion notamment de Gérard Rabinovitch, philosophe et sociologue, directeur de l’Institut européen Emmanuel Levinas, Art&Facts fait dialoguer des sensibilités et des disciplines différentes.
Dans « D’un trait Mosaïque », Gérard Rabinovitch nous conduit au Chambon-sur-Lignon, parmi celles et ceux qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, choisirent de protéger les Juifs pourchassés. Sa réflexion dépasse le récit historique : elle interroge la responsabilité, la gratitude et cette forme de civilisation qui se manifeste lorsqu’un être humain répond de la vie d’un autre.
André Laks, dans une étude consacrée à Primo Levi, Hermann Langbein et Simon Laks, pose une question autrement difficile : que peut-on véritablement appeler « résistance » dans l’univers concentrationnaire ? La correspondance qu’il présente oblige à se défaire des simplifications et à respecter la complexité des expériences vécues.
Guy Konopnicki, avec son ironie familière, s’intéresse quant à lui à l’étonnante extension contemporaine du mot « résistance », jusque dans les discours qui prétendent justifier les massacres du 7 octobre.
Gabriela Bădescu-Rabinovitch explore, à travers l’œuvre de Herta Müller, une autre forme de résistance : celle du réel face au langage du pouvoir, lorsque voir, nommer et se souvenir deviennent des actes de liberté.
Daniella Pinkstein nous ramène aux archives clandestines constituées par Emanuel Ringelblum dans le ghetto de Varsovie. Une entreprise de témoignage et de transmission menée au cœur même de la destruction. Elle soulève une interrogation qui ne cesse de nous poursuivre : la mémoire peut-elle, à elle seule, nous préserver du retour de la barbarie ?
Et puis il y a des récits plus intimes, comme « L’escalier et le doute » d’Alexandre Rifai, dans lequel le courage de remettre en question les certitudes reçues devient une forme de résistance à part entière.
Nous retrouvons également avec émotion Jean-Thomas Stern et son texte « Si quelqu’un vient… », que les lecteurs de HaBayta connaissent déjà.
D’autres contributions mériteraient tout autant d’être citées. C’est précisément la richesse de ce numéro : il ne propose pas une définition unique de la résistance, mais en explore les difficultés, les exigences et parfois les contradictions.
Deux espaces éditoriaux, deux temporalités
Art&Facts se situe à la rencontre de l’éthique et de l’esthétique. La revue accorde aux auteurs le temps et l’espace nécessaires pour développer leur réflexion, croiser les références, interroger l’histoire et la création.
HaBayta poursuit une vocation différente: notre média vit aussi au rythme de l’actualité, de ses urgences, de ses inquiétudes et des paroles qu’il nous semble nécessaire de faire entendre sans attendre.
Là où une revue peut s’arrêter longuement sur une question, un média comme le nôtre doit souvent la saisir au moment où elle surgit.
Ce ne sont pas deux niveaux d’exigence, mais deux manières de participer à la vie intellectuelle et au débat public: c’est précisément pour cela que leur rencontre nous paraît féconde, et que l’idée d’une passerelle entre Art&Facts et HaBayta nous a déjà permis de reprendre des contributions de ce numéro, accompagnées de présentations permettant à nos lecteurs de découvrir leurs auteurs et de retrouver la revue dans laquelle elles ont été initialement publiées.
Il ne s’agit ni de reproduire le numéro, ni de prétendre en proposer une synthèse exhaustive. Simplement de prolonger la circulation de textes qui nous semblent mériter d’autres lecteurs.
Une passerelle, en somme, entre le temps long de la réflexion et celui, plus immédiat, de notre conversation avec le monde.
À l’heure où les mots sont si souvent détournés, il n’est pas inutile de prendre le temps de leur rendre leur sens.
Et « résister » est sans doute l’un de ceux qui en ont le plus besoin.
La rédaction de HaBayta
À découvrir : Art&Facts, n° 12, « Résister », 7 octobre 2026.



