Schwartze Timme
Jacques Frojmovics — Le billet quotidien
Dans les Carpates de son enfance, le père de Jacques Frojmovics évoquait à voix basse une mystérieuse bâtisse que les enfants juifs devaient éviter. Des décennies plus tard, Jacques retrouve les lieux et découvre ce qui se cachait derrière ce nom inquiétant. Entre mémoire familiale, vieux tabous et humour yiddish, une promenade qui réserve une rencontre… plutôt subcarpathique !
Il ne fallait surtout pas
S’approcher de cette bâtisse
Située à l’écart du village
Au cœur des Carpates
Le berceau de ma famille.
Les enfants juifs faisaient
Un grand détour
Pour qu’à Dieu ne plaise
L’envie leur prenne
De la contempler.
Elle se nommait
« Schwartze Timme »
Ou, en traduction approximative
Du yiddish
La “noire impureté”.
Tout un programme !
Mon papa en parlait régulièrement
D’un air mystérieux
Mais toujours
Dans un climat de réel tabou.
Un peu comme une maison hantée
Du genre Baba Yaga.
Des années plus tard
Me promenant sur les collines
Dénudées et désolées
Qui entouraient le village
Autrefois, semble-t-il,
Recouvert de champs
De vignes et de forêts,
Voilà que surgit
Un splendide monastère
D’un blanc éclatant.
Des coupoles dorées
D’églises et de chapelles
Se dressaient fièrement
Vers le ciel.
J’essaie de franchir
La porte monumentale.
Une moniale accourt
Mi-effrayée, mi-courroucée
Et me chasse sans ménagement
Dans un baragouin
Peu amène.
Pas très sympathique
Plutôt subcarpathique !
C’est peut être pour cela
Qu’on l’avait nommé
La schwartze timme.


