Sept générations
Une citation biblique ?
Que nenni.
J’avoue avoir été piqué
D’une pointe de jalousie
Quand cette dame,
Fort sympathique,
Nous a embarqués,
Mon épouse et moi,
En direction
De Bormes-les-Mimosas.
Les services de bus
Étant aussi réguliers
Que les trains de la SNCF,
Nous avons été contraints
D’opter pour un autre mode
De transport.
Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître,
Comme disait Aznavour.
Bref,
Nous avons fait du stop.
La conductrice,
De notre génération,
Comprenant le code
Du pouce levé,
Chante les louanges
De son village,
Où sa famille vit
Depuis sept générations.
Sept générations !
Nouzôtres,
En sept générations,
Pour autant qu’on ait survécu,
Nous avons fait
Plusieurs fois
Le tour de la planète
Connaîtrons-nous un jour
Un ancrage ?
Le Juif errant,
On a déjà donné.
Jacques Frojmovics
Jacques Frojmovics, quelques lignes et tout un monde
Il lui suffit de quelques lignes. Un mot yiddish, un souvenir familial, une indignation, une absurdité de notre temps, et Jacques Frojmovics en fait un billet.
Depuis longtemps, il écrit ainsi : court, léger souvent, grave parfois, drôle presque toujours jusque dans la gravité. Une écriture à pas comptés, qui semble ne pas y toucher et touche pourtant juste.
Fils de survivants de la Shoah, engagé aujourd’hui dans la transmission de leur histoire auprès des jeunes générations, il sait mieux que beaucoup ce que les mots peuvent porter de mémoire. Mais il sait aussi qu’une mémoire vivante ne se récite pas : elle observe le présent, s’en amuse, s’en inquiète, le rappelle parfois à l’ordre.
Chez lui, un krekhts peut raconter le peuple juif, un Kaddish sauver une vie, et quelques lignes sur les réseaux sociaux devenir une leçon de dignité.
Habayta garde précieusement cette voix-là.
Le billet de Jacques Frojmovics : quelques lignes, chaque jour ou presque, pour sourire, se souvenir, s’agacer — et penser.



