À Jérusalem, Souccot a réveillé chez Thierry Amouyal quelque chose qu’il croyait plus lointain : une mémoire, une filiation, une appartenance. Au milieu des familles, des hassidim, des jeunes en short et des têtes nues, il raconte ce moment où les pierres, la foule et l’histoire se rejoignent — jusqu’au sentiment très simple d’être enfin rentré chez lui.
Souccot à Jérusalem, hier j’ai plongé dans mon histoire
Pourquoi moi, pourquoi nous ?
Pourquoi un Juif français, d’origine algérienne, à peine traditionaliste, fraîchement monté en Israël, se retrouve-t-il à pèleriner un jour de Souccot à Jérusalem ?
Pourquoi sa femme, ashkénaze, guère plus proche de la tradition, a-t-elle absolument tenu à monter vers le Har HaBaït — le mont du Temple, en hébreu ?
Pourquoi nos jambes fatiguées nous ont-elles portés avec tant de vigueur lors de ce périple autour de nos lieux saints ? Pourquoi nos yeux restent-ils encore éblouis par ce maelström de foi partagé avec tant de nos frères et sœurs ? Et pourquoi nous sommes-nous sentis si proches de ces milliers de familles venues de tout Israël pour honorer notre Créateur ?
Peut-être parce qu’au fond du cœur de chaque Juif sommeillait depuis toujours le désir profond et inassouvi de renouer avec notre histoire nationale.
Peut-être qu’à travers les persécutions et les haines irrationnelles, chacun des nôtres, du fond de son ghetto, a lutté corps et âme pour maintenir une flamme de vie jamais éteinte, là où les flammes barbares des armées romaines avaient cru vaincre.
Les Hébreux d’antan prenaient soin de se plonger dans la « piscine de Siloé » pour assurer à leur corps le meilleur degré de pureté avant de pénétrer dans l’enceinte sacrée.
Nous, les Hébreux modernes, nous montons directement, en foulant les pavés millénaires sans plus de précautions. Mais leur esprit, hier, nous a touchés, tout simplement.
Celui qui vient se mêler à cette immense foule ne peut que partager ce mouvement.
J’ai marché hier avec tant de personnes différentes : des jeunes débraillés, des familles orthodoxes, des hassidim qui ne parlaient que yiddish, des Israéliens ordinaires en short et sandales, des streimels et des têtes nues.
Bref, une multitude mue par un élan irrésistible qui m’a porté vers mes racines enfouies sous ces pierres usées par le temps.
Moi, le Parisien sans attaches, j’ai raccordé le cours de ma vie au cours de la rivière Kidron, cette rivière aujourd’hui asséchée que mes pères ont traversée un jour lointain, bien avant moi.
Et je me suis enfin senti chez moi, ici, de retour, après tant d’années.
L’an prochain, je vous attends tous pour Souccot à Jérusalem.
Nous serons tous unis ici, dans la cité du vieux, jeune peuple hébreu.
Babaït chelanou.


