Pendant sept jours, HaBayta a habité Soukot avec Richard Kenigsman et ses « How do you Jew? ». Ce vendredi 2 octobre, Hochana Rabba marque le dernier jour de la fête. Avant que Chemini Atséret ne lui succède à la nuit tombée, un dernier dessin, un dernier sourire sous le sekhakh — et cette étrange leçon juive : habiter le fragile et recevoir malgré tout le commandement de se réjouir.
Après les jours redoutables, une cabane.
Après Roch Hachana et Kippour, après l’examen, le pardon, le jeûne et les longues heures de prière, le calendrier juif change soudainement de langue.
Il nous dit : sortez.
Sortez de vos maisons solides. Prenez des branchages. Construisez un toit qui ne soit pas tout à fait un toit. Asseyez-vous dessous, mangez, recevez des amis, regardez le ciel — et réjouissez-vous.
C’est Soukot.
La fête rappelle les quarante années du désert après la sortie d’Égypte. Mais elle ne célèbre ni la pierre ni la forteresse. Elle choisit précisément ce qui ne dure pas : la soukka, cette demeure provisoire dont le toit végétal, le sekhakh, nous sépare du ciel sans jamais complètement nous le cacher.
La tradition rabbinique elle-même a conservé une magnifique discussion : les « soukkot » du désert étaient-elles de véritables cabanes, ou ces « nuées de gloire » par lesquelles la présence divine protégeait Israël ?
Abri construit par les hommes ou protection venue d’ailleurs : peut-être Soukot tient-elle précisément entre les deux.
Et voici le plus étrange.
Cette fête de la précarité est appelée zman sim’haténou, le temps de notre joie.
Non pas : réjouissez-vous lorsque vous serez enfin à l’abri.
Mais presque l’inverse : entrez dans ce qui est fragile, et réjouissez-vous.
Alors arrivent le loulav, l’étrog, le myrte et le saule. Les repas. Les invités. Les oushpizin, ces hôtes symboliques que la tradition fait entrer chaque soir dans la soukka. Et cette très ancienne manière juive de répondre à l’incertitude : dresser malgré tout une table.
Richard Kenigsman raconte tout cela autrement.
Chez lui, on met une couronne, un père explique le désert à son fils, les Hébreux marchent quarante ans et, quelques cases plus tard, on se retrouve sous les feuillages. L’Histoire juive est immense ; Richard la fait tenir dans une conversation.
Et il lui rend ainsi quelque chose qui lui appartient depuis toujours : le sérieux sans l’esprit de sérieux.
Sa devise, au bas de l’une de ses planches, pourrait presque servir d’exergue à notre Soukot :
« Rien n’est plus futile que l’esprit de sérieux. »
Pendant sept jours, HaBayta est donc entrée dans la soukka avec Richard.
Pour se souvenir du désert.
Pour regarder un peu le ciel.
Pour rire aussi.
Et, puisque c’était également un commandement, pour se réjouir.
Aujourd’hui, avec Hochana Rabba, les sept jours de Soukot arrivent à leur terme.
Il restera les dessins de Richard. Et peut-être cette idée que la fête nous aura répétée pendant toute une semaine : ce qui nous abrite n’a pas besoin d’être éternel pour être précieux.
À la nuit tombée, une autre fête commence : Chemini Atséret.
Soukot s’achève. Merci, Richard, de l’avoir traversée avec nous.







