Une semaine après Kippour, le judaïsme accomplit l’un de ses plus beaux renversements : il nous fait quitter nos maisons pour une cabane, nous rappelle la traversée du désert et nous commande… de nous réjouir. Pour Soukot, HaBayta ouvre la soukka avec Richard Kenigsman et ses « How do you Jew? » : un autre chemin, par le dessin et le sourire, vers une fête qui dit beaucoup plus que sa fragilité.
Puis le texte :
Après les jours redoutables, une cabane.
Après Roch Hachana et Kippour, après l’examen, le pardon, le jeûne et les longues heures de prière, le calendrier juif change soudainement de langue.
Il nous dit : sortez.
Sortez de vos maisons solides. Prenez des branchages. Construisez un toit qui ne soit pas tout à fait un toit. Asseyez-vous dessous, mangez, recevez des amis, regardez le ciel — et réjouissez-vous.
C’est Soukot.
La fête rappelle les quarante années du désert après la sortie d’Égypte. Mais elle ne célèbre ni la pierre ni la forteresse. Elle choisit précisément ce qui ne dure pas : la soukka, cette demeure provisoire dont le toit végétal, le sekhakh, nous sépare du ciel sans jamais complètement nous le cacher.
La tradition rabbinique elle-même a conservé une magnifique discussion : les « soukkot » du désert étaient-elles de véritables cabanes, ou ces « nuées de gloire » par lesquelles la présence divine protégeait Israël ?
Abri construit par les hommes ou protection venue d’ailleurs : peut-être Soukot tient-elle précisément entre les deux.
Et voici le plus étrange.
Cette fête de la précarité est appelée zman sim’haténou, le temps de notre joie.
Non pas : réjouissez-vous lorsque vous serez enfin à l’abri.
Mais presque l’inverse : entrez dans ce qui est fragile, et réjouissez-vous.
Alors arrivent le loulav, l’étrog, le myrte et le saule. Les repas. Les invités. Les oushpizin, ces hôtes symboliques que la tradition fait entrer chaque soir dans la soukka. Et cette très ancienne manière juive de répondre à l’incertitude : dresser malgré tout une table.
Richard Kenigsman raconte tout cela autrement.
Chez lui, on met une couronne, un père explique le désert à son fils, les Hébreux marchent quarante ans et, quelques cases plus tard, on se retrouve sous les feuillages. L’Histoire juive est immense ; Richard la fait tenir dans une conversation.
Et il lui rend ainsi quelque chose qui lui appartient depuis toujours : le sérieux sans l’esprit de sérieux.
Sa devise, au bas de l’une de ses planches, pourrait presque servir d’exergue à notre Soukot :
« Rien n’est plus futile que l’esprit de sérieux. »
Alors cette année, HaBayta entrera dans la soukka avec Richard.
Pour se souvenir du désert.
Pour regarder un peu le ciel.
Et, puisque c’est aussi un commandement, pour se réjouir.
Hag Soukot Sameah.
Entrée de Soukot : vendredi soir 25 septembre 2026, au coucher du soleil. À Paris, allumage vers 19 h 24.
1er jour : samedi 26 septembre
2e jour en diaspora : dimanche 27 septembre
Hol Hamoed : du lundi 28 septembre au jeudi 1er octobre
Hochana Rabba : vendredi 2 octobre
Puis Chemini Atséret et Sim’hat Torah : du vendredi soir 2 au dimanche soir 4 octobre en diaspora.




