Il est des mots dont le déplacement finit par donner le vertige. À propos de la représentation du 7-Octobre dans Fauda, Jacques Frojmovics entend invoquer la « pudeur ». Il pousse alors le raisonnement jusqu’à l’absurde — et son ironie devient noire. Très noire.
Stupeur
C’est ce mot
Qui décrit au mieux
Mon ressenti
À l’écoute
De Miri Maman
Récemment passé
Sur i24.
Elle y relate
Qu’un « journaliste »
A estimé que les massacres
Du 7 octobre
Étaient montrés
Dans un épisode
Récent de Fawda
« Sans pudeur »
My God !
Où reste donc
La bienséance
Qui va de pair
Avec la pudeur ?
Les femmes violées
Avant d’être égorgées,
Ont-elles bien déclamé
Auparavant :
« Quand je dis non, c’est non » ?
Ont-elles consciencieusement
Offert leur droit
À l’image,
Avant d’être sauvagement
Achevées ?
Tout se perd.
Tiens, mes grands-parents
Et leurs enfants
Ont eu cette terrible
Outrecuidance
De rentrer tout nus
Dans les chambres
À gaz.
Ah, ces Juifs !
Ils ne savent pas
Se tenir
En société.
Jacques Frojmovics
Jacques Frojmovics, quelques lignes et tout un monde
Il lui suffit de quelques lignes. Un mot yiddish, un souvenir familial, une indignation, une absurdité de notre temps, et Jacques Frojmovics en fait un billet.
Depuis longtemps, il écrit ainsi : court, léger souvent, grave parfois, drôle presque toujours jusque dans la gravité. Une écriture à pas comptés, qui semble ne pas y toucher et touche pourtant juste.
Fils de survivants de la Shoah, engagé aujourd’hui dans la transmission de leur histoire auprès des jeunes générations, il sait mieux que beaucoup ce que les mots peuvent porter de mémoire. Mais il sait aussi qu’une mémoire vivante ne se récite pas : elle observe le présent, s’en amuse, s’en inquiète, le rappelle parfois à l’ordre.
Chez lui, un krekhts peut raconter le peuple juif, un Kaddish sauver une vie, et quelques lignes sur les réseaux sociaux devenir une leçon de dignité.
Habayta garde précieusement cette voix-là.
Le billet de Jacques Frojmovics : quelques lignes, chaque jour ou presque, pour sourire, se souvenir, s’agacer — et penser.


