Il combattait les fascistes dans les rues de l’Allemagne réunifiée. Aujourd’hui, inquiet de l’antisémitisme et du sort réservé à Israël, Marco s’apprête à voter pour l’AfD. Jacques Frojmovics raconte ce basculement sans l’approuver — et pose une question qui dépasse l’Allemagne : sommes-nous en train d’en voir les prémices en France ?
Terrible paradoxe
Mon ami Marco,
né en RDA,
étudiant
durant la réunification,
cassait naguère
Du facho,
lors des manifestations.
Car autant qu’il
abhorre le régime communiste,
il n’en pense pas moins
des fascistes
qui, d’emblée,
sortent leurs griffes.
C’est comme si,
habitué à une dictature,
on aimait vivre
sous une autre.
Dans cet État de Saxe-Anhalt,
Marco est farouchement
philosémite
et pro-israélien.
Il se lamente
qu’à Berlin,
porter une kippa
soit devenu un acte de bravoure,
avant de se la faire
jeter à terre.
Les années ont passé.
Il a étudié les programmes
de tous les partis traditionnels,
qu’il décrit comme clientélistes
à l’égard de la population
musulmane.
Et dès lors, affirme-t-il,
Il pratiquent
le laisser-faire
vis-à-vis des Juifs
et d’Israël.
Il m’a contacté avant-hier
pour me demander
mon approbation ?
Il a décidé de voter
pour l’AfD,
l’alter ego
du RN.
Prémices
des élections
en France ?
Quel désastre.
Jacques Frojmovics
Jacques Frojmovics, quelques lignes et tout un monde
Il lui suffit de quelques lignes. Un mot yiddish, un souvenir familial, une indignation, une absurdité de notre temps, et Jacques Frojmovics en fait un billet.
Depuis longtemps, il écrit ainsi : court, léger souvent, grave parfois, drôle presque toujours jusque dans la gravité. Une écriture à pas comptés, qui semble ne pas y toucher et touche pourtant juste.
Fils de survivants de la Shoah, engagé aujourd’hui dans la transmission de leur histoire auprès des jeunes générations, il sait mieux que beaucoup ce que les mots peuvent porter de mémoire. Mais il sait aussi qu’une mémoire vivante ne se récite pas : elle observe le présent, s’en amuse, s’en inquiète, le rappelle parfois à l’ordre.
Chez lui, un krekhts peut raconter le peuple juif, un Kaddish sauver une vie, et quelques lignes sur les réseaux sociaux devenir une leçon de dignité.
Habayta garde précieusement cette voix-là.
Le billet de Jacques Frojmovics : quelques lignes, chaque jour ou presque, pour sourire, se souvenir, s’agacer — et penser.



