À l’approche de la Toussaint et des commémorations du 11 Novembre, Gilles Falavigna interroge notre rapport aux morts, à la mémoire et à la transmission. De Renan aux patriarches bibliques, de la terre des ancêtres à la poésie de Novalis, une réflexion sur ce qui relie les générations et fonde la continuité d’une civilisation.
Le philologue Ernest Renan, un des principaux intellectuels du XIXe siècle, avait défini ce qu’était une nation, du latin natio, qui signifie « naître ».
Renan utilisait le chant spartiate « Nous sommes ce que vous fûtes. Nous serons ce que vous êtes » pour dire qu’une nation est la volonté de construire ensemble par la transmission.
Nous honorons nos morts. Nous honorons particulièrement ceux qui sont morts pour que nous soyons ce que nous sommes.
Il est intéressant de noter qu’à Saint-Jean-de-Boiseau, des élus de gauche ont fait adopter un vœu demandant l’abrogation de la cérémonie commémorative du 11 Novembre dans les établissements scolaires, en hommage aux morts pour la France.
Sous quel prétexte ? Ce serait au nom de la paix et de l’amitié entre les peuples.
Il y a un siècle, les grandes figures du pacifisme se retrouveront à collaborer avec l’Allemagne nazie. Les grands esprits se rencontrent, dit-on.
De manière plus profonde, parfois inconsciente, parfois entièrement dissimulée, parfois dissimulée derrière une noble cause comme pour le pacifisme, ne pas honorer nos morts, c’est combattre le patriarcat.
Ce sont, bien sûr, les fondamentaux de la société qui sont attaqués.
Plus encore, c’est qu’il y ait le mot judaïsme dans judéo-chrétien qui les insupporte.
Le patriarcat se réfère aux patriarches. Ce sont Abraham, Isaac, Jacob et leurs épouses.
Le tombeau des Patriarches se trouve à Hébron. À la mort de Sarah, Abraham achète un caveau pour y ensevelir sa femme. Son fils y est également enterré avec son épouse et son petit-fils avec la sienne.
Nous venons de la poussière et nous retournons à la poussière. Il n’y a d’humanité, pourrait-on dire, que depuis que nous nous préoccupons de nos morts.
Plus encore, nous faisons corps avec la terre. Il n’y a de nation que par la patrie, la terre de nos anciens.
Il y a donc une logique universaliste et profondément individualiste à ne pas vouloir honorer nos morts. A contrario, prendre soin des morts n’a de sens qu’en prenant soin des vivants.
Le monde est désormais à l’envers et c’est sur cet état que nous devons lire le poème de Novalis, traduit par Marcel Camus :
Lorsque nombres et figures ne seront plus
La clef de toutes créatures,
Lorsque tous ceux qui s’embrassent et chantent
En sauront plus que les savants profonds,
Lorsque le monde reprendra sa liberté
Et reviendra au monde se donner,
Lorsqu’en une clarté pure et sereine alors
Ombre et lumière de nouveau s’épouseront,
Et lorsque dans les contes et les poésies
On apprendra l’histoire des cosmogonies,
C’est là que s’enfuira devant un mot secret
Le contresens entier de la réalité.
Pour aller plus loin
Sur la dimension spirituelle du patriarcat, un article que j’écrivais pour Perditions idéologiques :
https://perditions-ideologiques.com/2024/05/29/systeme-patriarcal-comme-pretexte-a-lantisemitisme/



