Au lendemain des élections israéliennes, Joanne Sarah Ankri revient sur son vote, ses hésitations et ce que les premiers résultats lui inspirent. Au-delà des calculs électoraux et des rivalités partisanes, elle s’interroge : les grandes formations politiques sauront-elles trouver le chemin d’une coopération au service du pays ? Entre convictions personnelles et aspiration à l’unité, une réflexion sensible sur cette diversité que les Israéliens vivent chaque jour, mais que leurs dirigeants peinent à traduire dans l’exercice du pouvoir.
Voilà, j’ai voté. Non sans hésitation.
Le temps était doux. Un jour férié, un air de fête. J’ai ressenti l’attachement des gens à ce pays, à son avenir. Puis je me suis retrouvée derrière le rideau, devant deux bulletins : Am’ha Israël ou מחל, le Likoud de Netanyahou.
Am’ha Israël me touche. Un ancien commandant de la brigade Givati, Yossef Haddad, des femmes qui ont perdu un fils au combat, un mari à Be’eri. Des héros, chacun à sa façon. Une équipe à laquelle j’avais envie de donner une chance.
Mais ma voix personnelle engage aussi le collectif. Avec des sondages aussi serrés, je n’ai pas osé soutenir un parti qui risquait de ne donner aucun siège. J’ai donc glissé d’une main crispée le bulletin du Likoud dans l’enveloppe puis dans l’urne. Avec une prière dans le cœur…
J’ai choisi ce qui me semblait le plus sûr. Ce choix ne garantit rien. Et mon envie de renouvellement demeure.
Ce matin, les premiers résultats arrivent. Le dépouillement est loin d’être terminé. Les chiffres bougent encore. Le bloc de Netanyahou est devant, mais au pointage que je consulte, il reste sous les soixante et un sièges. Les partis arabes pourraient peser dans les négociations : la logique démographique est à l’œuvre ici comme en France.
Je ne souhaite pas que la formation du gouvernement dépende de concessions à des partis dont les orientations me paraissent incompatibles avec les exigences de sécurité d’Israël.
La question que je pose s’adresse donc d’abord aux grands partis : qu’êtes-vous prêts à construire ensemble ?
Hier déjà, après avoir voté, je sentais que mon bulletin ne disait pas tout de ce que je souhaite pour Israël. Je voudrais un gouvernement où plusieurs sensibilités puissent travailler avec un même objectif : la sécurité du pays, son avenir, la qualité de vie de ses habitants. Sans que les postes et les intérêts de camp prennent toute la place.
Cette unité existe déjà, imparfaitement, dans nos journées, hors de l’arène politique, et du rabattage des slogans. Au travail, dans les familles, sur les bases militaires etc, des personnes qui votent différemment mais qui avancent – tout de même – ensemble. Une collègue arabe, un ami homosexuel, une famille religieuse : je peux comprendre ce qui guide leur choix sans le partager. Demain, nous aurons encore besoin les uns des autres.
Pourquoi cette conscience aurait-elle si peu de place au sommet de l’État ?
Je souhaiterais que les grands partis cherchent sérieusement la voie de la coopération. Plus qu’une coalition, une coopération : des responsables capables de travailler ensemble pour la sécurité et l’avenir d’Israël, malgré leurs désaccords. Avec des objectifs communs et des limites claires.
Cette coopération entre les grands partis devrait permettre de gouverner sans dépendre des partis arabes qui refusent de reconnaître Israël comme État juif et démocratique ou le Hamas comme organisation terroriste.
Je voudrais que notre sécurité commune pèse davantage que leurs rivalités. Nous sommes un peuple divers dans un pays fragile. Cette fragilité devrait nous rendre plus attentifs les uns aux autres. Elle appelle de la nuance, mais aussi des décisions.
Mon petit bulletin est dans l’urne. Ma prière, elle, reste ouverte : que nos dirigeants trouvent la force de gouverner ensemble, sans nous demander de devenir tous semblables.
Joanne Sarah Ankri,
Écrivain
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