Arrivé en Israël le 31 octobre, Boy George a retrouvé Tel-Aviv, rencontré des survivants du massacre de Nova et chanté devant quelque 10 000 spectateurs. Le 7 novembre, un second concert sera dédié à la communauté Nova, avec 1 500 places offertes aux survivants et aux familles endeuillées. Derrière les couleurs, la musique et l’extravagance du chanteur britannique, une conviction toute simple : l’amitié n’a pas à demander la permission.
Il y a des présences qui disent beaucoup. Celle de Boy George en Israël appartient à cette catégorie. Un artiste choisit de venir, de rencontrer son public et de partager avec lui ce qui fait depuis toujours son métier : la musique.
Et quel artiste ! L’ancien chanteur de Culture Club, figure flamboyante de la pop britannique, avec ses chapeaux, son maquillage, ses tenues extravagantes et cette liberté d’allure qui le rend immédiatement reconnaissable.
Boy George n’est pas venu en Israël pour s’effacer derrière un discours solennel. Il est venu avec ses couleurs, ses chansons, sa fantaisie. Et une fidélité à ses amis juifs qu’il ne songe pas à présenter comme une vertu exceptionnelle.
Arrivé le 31 octobre, il s’est produit le 4 novembre à la Menora Mivtachim Arena de Tel-Aviv, avec le chanteur israélien Ivri Lider. Quelque 10 000 spectateurs étaient au rendez-vous. Le 7 novembre, il doit retrouver la scène pour une seconde soirée, aux côtés du DJ Ofer Nissim, cette fois dédiée à la communauté Nova.
Entre ces deux concerts, il y a une histoire d’amitié, une chanson née de la douleur et une question qui dépasse largement le monde de la musique : depuis quand faut-il du courage pour venir chanter en Israël ?
Des amis juifs, tout simplement
Lorsqu’on lui demande pourquoi il a choisi de prendre publiquement position, Boy George ne commence ni par la géopolitique ni par les grandes déclarations.
Il parle de ses amis.
Des amis juifs britanniques qu’il connaît, pour certains, depuis l’âge de quinze ans. Des personnes avec lesquelles il a grandi, qu’il aime, et dont il a découvert, après le 7 octobre 2023, l’inquiétude et le sentiment d’insécurité.
Il les a entendus raconter leur peur. Leur difficulté à se sentir en sécurité dans leur propre pays. Leur désarroi devant l’hostilité qui les entourait.
Pourquoi devaient-ils vivre ainsi ? Pourquoi ces hommes et ces femmes, qui n’avaient aucune responsabilité dans les événements du Proche-Orient, se retrouvaient-ils personnellement exposés ?
Boy George dit avoir ressenti le besoin de parler.
Il n’est pas juif et ne présente pas son engagement comme une démarche de conversion. Son attachement est d’abord celui d’un homme à des personnes qu’il connaît et qu’il aime.
Il y a quelque chose de désarmant dans cette simplicité. Là où tant de personnalités publiques mesurent leurs déclarations à l’aune des réactions qu’elles pourraient susciter, Boy George part de ses amitiés.
Il ne leur demande pas de justifier leur identité. Il refuse simplement de les abandonner.
Une chanson née de Nova
À Londres, Boy George a visité l’exposition consacrée au massacre du festival Nova. Il y a découvert des témoignages de survivants et de familles, et entendu ce qu’avait signifié l’attaque du 7 octobre 2023 contre ces jeunes réunis pour écouter de la musique et danser.
De cette rencontre est née une chanson : We Will Dance Again, publiée en juillet 2026.
« Nous danserons à nouveau. »
Les mots avaient déjà été adoptés par les survivants de Nova. Dans la bouche d’un chanteur dont toute une partie de la carrière s’est construite autour de la fête, de la danse et de la liberté d’être soi-même, ils prennent une résonance particulière.
Car les terroristes du Hamas n’ont pas seulement attaqué des personnes. Ils ont attaqué un rassemblement où la musique et la danse étaient au centre de la fête.
À cette destruction, Boy George répond par ce qu’il connaît le mieux : une chanson.
Non pour effacer la douleur. Non pour prétendre que la musique réparerait l’irréparable. Mais pour rappeler que les survivants ont aussi le droit de retrouver ce qui leur a été arraché.
[INSÉRER ICI LA VIDÉO DE WE WILL DANCE AGAIN]
À Jérusalem, une rencontre avec ceux qui sont revenus
Le 2 novembre, Isaac Herzog et son épouse Michal ont reçu Boy George à la résidence présidentielle, à Jérusalem.
Le chanteur y a évoqué le prix personnel de son engagement. Certaines amitiés se sont interrompues. Des personnes ont cessé de lui parler, parfois sans même lui donner d’explication.
Il en a été blessé. Mais il n’a pas changé de position.
Le président israélien l’a remercié pour son soutien aux Juifs et à Israël, dénonçant notamment les discriminations dont les Israéliens et les Juifs peuvent faire l’objet dans les milieux artistiques et culturels.
À cette rencontre participait Elkana Bohbot, ancien otage enlevé au festival Nova.
Pour lui, We Will Dance Again n’est pas seulement le titre d’une chanson. Ces mots renvoient à sa propre histoire : il était venu à Nova pour célébrer la vie et la musique avant d’être emporté en captivité.
Le voilà revenu, libre, devant un artiste qui a choisi de faire de cette promesse une chanson.
La scène possède une force que nul discours promotionnel ne pourrait fabriquer.
Plus tard, Boy George s’est rendu au Mur occidental. Il y a déposé un message et évoqué ses proches, ses parents, la gratitude et son désir de paix.
On le voit sur les photographies, coiffé de son éternel chapeau noir, recueilli devant les pierres de Jérusalem.
Le personnage demeure lui-même, jusque dans ce moment de silence.
À Nova, la promesse de danser à nouveau
Le 3 novembre, Boy George s’est rendu sur le site du festival Nova, près du kibboutz Re’im.
Il y a rencontré des survivants et des familles endeuillées, notamment l’ancien otage Omer Shem Tov.
La visite avait une portée particulière. Le chanteur avait découvert leur histoire à travers l’exposition de Londres. Il se trouvait désormais sur les lieux mêmes où tant de jeunes avaient été assassinés.
Il a écouté, échangé, pris le temps de rencontrer ceux pour lesquels sa chanson avait été écrite.
Et il a formulé une observation qui mérite que l’on s’y arrête : malgré ce qu’ils ont traversé, les personnes rencontrées aspiraient à retrouver le bonheur.
C’est peut-être là que se situe le sens le plus profond de sa visite.
Boy George n’est pas venu demander à ces hommes et à ces femmes de demeurer enfermés dans leur tragédie. Il est venu leur dire, à sa manière, qu’ils avaient encore le droit de danser.
Mille cinq cents invitations pour retrouver la musique
Le concert du 7 novembre, dédié à la communauté Nova, donnera une dimension concrète à cette promesse.
À la demande de Boy George, 1 500 billets ont été offerts dans le cadre d’une initiative portée par Sylvan Adams, en partenariat avec le Musée de la tolérance de Jérusalem et Live Nation Israel. Leur distribution aux survivants du festival et aux familles endeuillées a été confiée à l’association de la communauté Nova.
Il ne s’agit pas d’un simple geste promotionnel.
Ces invitations permettront à des personnes frappées par le massacre de retrouver une salle de concert, des musiciens, un public, et peut-être, pour quelques heures, le plaisir d’être ensemble.
La musique ne ressuscite personne. Elle n’abolit ni l’absence ni le traumatisme.
Mais elle peut rendre à la vie une place que la terreur avait voulu lui retirer.
Et pour un artiste comme Boy George, dont l’univers a toujours été fait de rythmes, de métamorphoses et de couleurs, cette soirée possède une cohérence singulière.
De Leonard Cohen à Boy George, deux manières d’être présent
On pense, devant cette visite, à Leonard Cohen.
En 1973, pendant la guerre du Kippour, le poète et chanteur canadien était venu en Israël. Il avait chanté devant des soldats, parfois à proximité du front.
Les époques, les personnalités et les circonstances ne sont évidemment pas comparables.
Leonard Cohen entretenait avec Israël un lien nourri de son histoire juive, de sa spiritualité et de ses interrogations personnelles.
Boy George vient d’un tout autre univers. Son rapport à Israël passe d’abord par ses amis, par les rencontres et par la musique.
Mais il existe entre ces deux présences un point commun : la décision de venir.
De ne pas se contenter de déclarations prononcées à distance. De rencontrer des personnes, de partager un moment avec elles et de leur offrir ce qu’un artiste possède de plus personnel : sa voix.
Aujourd’hui, alors que les appels au boycott culturel d’Israël se multiplient et que plusieurs artistes renoncent à s’y produire, cette décision prend une signification particulière.
Encore faut-il ne pas se tromper sur sa portée.
Boy George n’est pas venu demander qu’on le célèbre pour son courage. Il paraît même surpris que son geste suscite tant de gratitude.
Le droit d’être heureux
Il serait dommage de transformer cette visite en une nouvelle histoire exclusivement consacrée à l’hostilité envers Israël.
Car il y a aussi, dans cette semaine israélienne de Boy George, des sourires, des chansons, des retrouvailles, des paillettes, des spectateurs qui reprennent des refrains qu’ils connaissent depuis quarante ans.
Il y a ce personnage singulier, libre de ses apparences, qui arrive avec ses chapeaux, son maquillage et sa musique, et qui refuse de considérer ses amitiés comme un problème politique.
Il y a un pays qui accueille un artiste international, une salle qui chante, et des survivants qui se préparent à retrouver la danse.
Israël n’est pas seulement le pays dont on commente les guerres, les élections, les divisions et les blessures.
C’est aussi un pays où l’on va au concert.
Et il n’y a rien de secondaire à le rappeler.
Au cours de sa visite, Boy George a prononcé une phrase dont la simplicité laisse songeur :
« Je trouve étrange qu’on me remercie de faire quelque chose qui est simplement normal. »
La Rédaction de HaBayta
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Il aurait pu se taire. Il aurait même été tellement plus simple de se taire. Boy George a choisi autre chose : rappeler le 7-Octobre, dire son soutien aux Juifs et à Israël, et chanter que ceux de Nova danseront encore. Dans un monde culturel où certaines causes sont devenues signes d’appartenance, cette liberté-là porte aujourd’hui un nom presque embar…






