Deux tribunes de Sidney Touati publiées dans HaBayta ont suscité cette réponse de Bat Ye’or. Revenant sur les relations euro-arabes nouées dans les années 1970, l’essayiste développe sa lecture des transformations politiques et culturelles de l’Europe et interroge l’avenir des communautés juives et chrétiennes sur le continent. Une contribution au débat engagé dans nos colonnes.
Dialogue d’Idées: Bat Ye’Or inaugure avec Sidney Touati la nouvelle Rubrique de HaBayta: “Dialogue d’Idées”: Une pensée en appelle une autre. Un texte suscite une réponse, une analyse ouvre une controverse, une question en fait naître d’autres.
Avec Dialogue d’idées, HaBayta entend faire vivre cette circulation intellectuelle, trop souvent absente du débat public : des auteurs qui se lisent, se répondent, se rejoignent ou se contredisent, sans renoncer à leur liberté de penser.
Ici, le désaccord n’interrompt pas la conversation. Il peut en être le commencement.
Les événements actuels qui cumulent le chaos, l’insécurité et les violences sociales et politiques, relèvent l’importance des textes des tribunes de Sydney Touati de septembre et octobre. En fait, ces tribunes se complètent, s’éclairent l’une l’autre et se confirment. Comme le dit Touati, il importe d’évoquer l’histoire. J’attribue au pacte entre la Communauté européenne et l’OLP (Copenhagen 14-15 dec.1973) l’origine des politiques qui transformèrent les sociétés européennes avec les conséquences que nous voyons aujourd’hui. Ce pacte initie deux dynamiques corrélées : 1) l’immigration islamique en Europe liée au renforcement des liens avec les pays arabes et musulmans dans tous les secteurs avec leurs corollaires idéologiques : multiculturalisme, déterritorialité des cultures et métissage des peuples méditerranéens par un mixage démographique ; et 2) la création au cœur d’Israël, d’un nouvel Etat appelé Palestine destiné à remplacer Israël. Dans la plupart des documents des symposiums euro-arabes, les délégués musulmans, soutenus par les forces européennes antisionistes ne manquent pas de souligner la corrélation de ces projets.
Si l’Europe – divisée quant à Israël – souscrivit aux exigences des pays arabes après leur défaite dans la guerre du Kippour en 1973, c’est qu’elle refusait encore le déploiement de l’Etat juif dans des frontières reconnues internationalement de la Méditerranée au Jourdain par le Traité de Versailles (1923). Elle avait déjà tenté d’obstruer sa réalisation en suscitant le 29 nov.1947, la Résolution 181 de la Déclaration de l’Assemblée Générale de l’ONU. Le refus du camp arabe fit échouer ce projet, qui d’ailleurs n’avait aucune valeur légale ni force exécutoire et violait le Traité de Versailles.
En 1967, Israël par une victoire éclair contre l’agression tripartite arabe, récupéra l’intégralité de son territoire, provoquant dans le mouvement antisioniste européen une explosion de rage. On est surpris par la virulence haineuse antisémite qui s’exprime dans la Seconde Conférence Internationale de Soutien aux peuples arabes (Le Caire, 25-28/1/1969). Ces faits peu connus expliquent l’adhésion des neuf pays de la Communauté européenne à la politique anti-israélienne des pays arabes et de l’Organisation de la Conférence/Coopération Islamique en décembre 1973.
Dans ce pacte euro-OLP, l’Europe ne s’engageait pas dans un processus anodin. Elle s’alliait à une force jihadiste, composée de mouvements arabes de provenances diverses, regroupés artificiellement en peuple palestinien. Ce peuple arabo-musulman, auquel elle se joignait se prévalait de l’idéologie du jihad, c’est-à-dire une guerre génocidaire contre les non-musulmans. Elle savait pertinemment que l’expression « Libération de la Palestine » logo de l’OLP signifiait la destruction d’Israël, but auquel elle souscrivait. Et la cible, Israël, n’était pas non plus anodine pour l’Europe.
Israël était ce peuple et cette civilisation dont le christianisme était issu, se nourrissant de sa sève spirituelle, de son histoire au point de s’attribuer son ascendance et de se proclamer le « Vrai Israël » qui remplaçait l’Israël déchu. Durant plus de cinq décennies les populations européennes versèrent des milliards pour entretenir un pseudo-peuple palestinien construit sur le pillage de l’histoire juive. Ils furent abreuvés d’une logorrhée démonisant l’Etat d’Israël, intégrée dans tous les rouages de l’UE. Mais cette alliance euro-jihadiste, contre-nature écrit Touati, déclencha un processus de désagrégation dans tous les secteurs européens. Les principes juridiques européens, totalement contraires aux valeurs prônées par la charia, ne permirent pas l’assimilation des immigrés. En effet, trois injonction majeures de la loi islamique prévalurent : l’inégalité entre sexes et religions ; refus de la séparation des pouvoirs politiques et religieux ; l’interdiction coranique d’obéir aux lois infidèles. Je ne parle ici que des mouvements jihadistes et non de l’ensemble des populations immigrées.
Sur le plan culturel, les paramètres rationnels qui régissent le savoir en Occident sont remplacés en Islam par les préceptes coraniques et juridiques des hadiths. Ces contradictions dénoncées depuis longtemps mais totalement ignorées par les responsables politiques ont désintégré les fondements des enseignements scolaires et universitaires. Ces commentaires confirment les analyses pertinentes et très claires des deux tribunes de Touati sur les désagrégations des organes institutionnels des pays européens obligés de renoncer à leurs propres principes pour adopter d’autres qui leur sont contraires. Quant à l’antisémitisme que l’Union européenne prétend combattre, elle est en fait une machinerie à le produire. Ce peuple palestinien qu’elle soutient n’exprime que le vol de l’histoire juive. Et son slogan absurde de « solution à deux Etats » qu’elle veut imposer à Israël dissimule la destruction de l’Etat hébreu par l’Etat pseudo-palestinien jihadiste qu’elle soutient précisément dans ce but. Son imprégnation culturelle, religieuse et politique par l’idéologie jihadiste qu’elle promeut contre Israël, se répercute et se diffuse dans ses institutions politiques et dans tous les éléments de sa civilisation chrétienne et ses fondements bibliques qui se dissolvent et croulent.
Et là nous en venons à la seconde Tribune de Touati qui s’interroge sur la possibilité d’une existence juive dans une Europe islamisée. Aujourd’hui les Juifs et les chrétiens originaires des pays musulmans, réfugiés en Europe, revivent les traumatismes qui les obligèrent à fuir leur pays d’origine. Les violences actuelles contre les femmes, les Blancs, les juifs et les chrétiens réveillent des souvenirs dramatiques. Aussi j’élargirai cette tribune de Touati pour y associer les chrétiens. Ces chrétiens d’Orient notamment au Liban que l’Europe sacrifiât à ses alliances jihadistes, OLP, Hamas, Hezhollah… et dont l’histoire fut totalement occultée. Quel espoir pour une existence juive et chrétienne dans une Europe islamisée qui ne soit celle de la dhimmitude ? ne la voit-on pas déjà imposée par les lois de la censure, les impératifs sécuritaires dans les écoles, les synagogues, les églises ? Les alliances nouées par l’Union européenne avec les mouvements jihadistes pour détruire Israël l’ont détruites elle-même.
Bat Ye’Or — 1er novembre 2026
Pour relire les textes de Sidney Touati:
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Dans les violences qui ont secoué la France en octobre 2026, Sidney Touati voit plus qu’une crise de l’ordre public : les signes d’un possible basculement historique. Avocat, il interroge la responsabilité de l’État, la vulnérabilité des citoyens et l’avenir des Juifs de France.




